Sont-ils assis sur un amoncellement de pièces d’or, tel Picsou régnant sur son trésor, les jeunes diplômés de finance ? Possèdent-ils déjà l’argent nécessaire pour payer les études de leurs enfants – pas encore nés – et leur retraite – pas encore entamée – ? Ou sont-ils balayés par le vent de la crise, tenant à la main un porte-monnaie, vide, faible et fébrile qui fait triste mine ?

La réponse, c’est le cabinet de recrutement Hays qui la donne, dans la seconde édition de son étude de rémunération nationale, réalisée en partenariat avec Cadremploi, parue début 2012.
Et cette réponse, elle est mitigée. Il n’est certes pas question de drastique baisse de salaire, mais pas question non plus de nette augmentation. La situation dépend en réalité beaucoup du type de personnes concernées. « Avec la hausse générale du taux de chômage, les entreprises sont conscientes que de nombreux profils intéressants sont disponibles rapidement sur le marché et donc moins exigeants. Nous assistons donc de plus en plus à des négociations au niveau de la rémunération entre candidats et clients », déclare l’étude Hays, avant de préciser toutefois qu’en revanche, les experts, eux, « dont la compétence était reconnue et rare, ont pu obtenir des évolutions de salaire. » Ce constat d’une disparité des politiques de rémunération suivant la fonction dont on parle, le cabinet Robert Half le fait également pour sa division Finance et Comptabilité, dans son étude de rémunération 2011-2012 : « Après 2 années de stagnation relative, les rémunérations repartent légèrement à la hausse. Elles peuvent augmenter de 5 à 10 % par rapport à l’année dernière sur des métiers en vogue comme le contrôle de gestion, le contrôle financier mais également sur des métiers pour lesquels la demande était en berne pendant la crise, l’audit interne en tête. Néanmoins, quelques entreprises ont parfois du mal à prendre conscience de l’amélioration des conditions du marché et manquent de flexibilité quant à la négociation salariale, sans toutefois mettre en péril leurs grilles de rémunérations, au risque de voir le candidat choisi décliner la proposition qui lui est faite. »
Ces différences de salaires s’expliquent. En début de carrière, par la formation académique suivie. Puis on l’oublie, et c’est tout autre chose qui détermine le salaire. « Au tout départ, on rémunère le diplôme, mais plus vous avancez dans votre carrière, plus ce delta est lissé » explique Bruno Fadda, Associate Director de Robert Half (International France). « Progressivement, l’expérience et les compétences acquises ainsi que les qualités personnelles prennent vraiment le pas sur la formation initiale ». Et de fait, l’étude menée par Hays ne fait pas mention du niveau académique lorsqu’elle évoque les critères qui rentrent en compte dans le calcul de la rémunération. « Les grandes entreprises ont pour la plupart leur propre barème interne et sont moins flexibles sur les salaires proposés. Ce schéma de rémunération se base sur quatre leviers : le nombre d’années d’expérience, l’expertise technique, la compétence et la rareté des profils. »

 

Quelles sont les valeurs, les messages que doit porter la finance ?
La réponse de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express :
Il y a un message tout à fait possible et il y a un message tout à fait impossible. Il y a un message tout à fait possible, c’est l’éthique, c’est-à-dire la fin des voraces. Et ça, c’est un message qui a besoin d’être aidé par la loi, c’est-à-dire que les bonus doivent être encadrés, les professions doivent être beaucoup plus régulées, il faut qu’elles aient le droit de faire moins de choses que ce qu’elles font actuellement, qu’éventuellement on ait aussi une régulation technologique, moins d’ordinateurs qui vont moins vite, qu’on fasse sortir la finance de l’air du dopage. On ne sait plus ce que l’on fait, c’est de l’argent pour l’argent, on ne sait plus à quelle économie c’est branché, on ne sait plus comment ça marche. Il faut repenser complètement une finance qui ne soit plus mathématique, informatique et beaucoup plus éthique. Ça, c’est un combat qui peut être porté, il l’est déjà puisque maintenant il y a des fonds d’investissement qui ont une logique éthique. Simplement, il y a tellement d’argent à faire que la mutation va se faire lentement. Mais cela, cela pourra se faire peut-être par une révolution politique, c’est-à- dire si des règles mondiales arrivent et si d’elle-même une jeune génération se dit : « On ne va plus travailler de la même façon ». En revanche, il y a une autre dimension qui à mon avis est inaccessible, c’est celle qui conduirait la finance à se tourner entièrement vers ce qui aujourd’hui est le but du micro-crédit, c’est-à-dire l’idée de mettre fin à la pauvreté, de sortir les pauvres de leur état. Un objectif qui consiste à dire : voilà on se fixe un seuil minimum de revenus pour la planète entière et toute l’activité financière de la terre sera mise à contribution pour monter jusqu’à ce niveau minimum la part de l’humanité qui n’y est pas. Et ça, ça ne me semble pas possible parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui, à un moment donné, aura intérêt à ne pas le faire pour gagner un peu plus d’argent.

 

 

(Source : étude nationale de rémunération 2012, Hays France)

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau