Emmanuel Schneider, X 2012, est sorti major de sa promo. Il a logiquement intégré le corps des Mines et souhaite œuvrer pour son pays. Fils d’ouvrier, il incarne un bel exemple d’ascenseur social et a beaucoup à dire sur les inégalités géographiques et sociales. – Par Ariane Despierres-Féry

 

Que signifie réussir pour vous ?

Ce qui m’importe c’est d’être heureux de ce que je fais, d’être utile et de croire en ce que je fais. Depuis mon enfance je m’intéresse à la chose publique, l’économie, la politique et j’ai l’ambition de contribuer à la réussite de mon pays.

Ma première réussite a été d’entrer à Polytechnique. Cela a représenté un accomplissement personnel.

La dimension sociale de votre réussite vous importe beaucoup ?

Il y a un goût de revanche dans mon parcours. Je venais d’une « petite » prépa de province. Je suis entré moins bien classé que certains qui aiment mettre les autres dans des « cases », et qui m’avaient dit que ce serait impossible d’intégrer un corps. Intégrer l’X et en sortir major est une sorte de revanche géographique et sociale ! Il est important de casser le discours démobilisateur qui dit que seules les prépas d’élite de ville ouvrent aux meilleures écoles.

Il faut transmettre les codes, expliquer comment fonctionne le système à ceux qui n’ont pas de proches pour leur décrypter. Mes parents n’étaient pas en mesure de m’aider pour mes cours ; en revanche, il était essentiel pour eux que je m’implique à l’école. Cet encouragement a été clé pour réussir. Réussir à se faire une place lorsqu’on fait partie d’une minorité oblige à la remise en question, à une certaine abnégation et rend plus fort.

Aujourd’hui plus rien ne me parait insurmontable !

Sortir major de l’X, vous en aviez rêvé ?

Je ne connaissais pas les grandes écoles. Personne dans ma famille n’a fait d’études longues. Mon cursus résulte plus d’opportunités que d’une réelle réflexion. J’étais en classe germanophone car mes parents sont d’origine allemande et ma prof de français m‘avait incité à faire du latin. Mais sans cela j’étais inconscient des cours qui sont un plus pour envisager un cursus sélectif. J’ai opté pour la prépa au dernier semestre de la terminale car j’ai eu l’information à ce moment. J’ai pris conscience de que ce représente Polytechnique une fois en prépa. Mon objectif était d’intégrer un corps de l’Etat, il fallait donc que je sois bien classé.

Le secret est plus un travail régulier que massif

Quel est votre secret de major ?

Le travail bien sûr ! Se donner les moyens de son ambition par un travail régulier et organisé tout au long de l’année. Avant d’aller en classe je préparais chacun des cours. Je ne travaillais jamais en dernière minute.

Ma seconde réussite a été une forme d’aboutissement : intégrer le corps des Mines.

Et maintenant le corps des Mines ?

J’ai atteint ce à quoi j’aspire, servir mon pays. J’ai bénéficié de bourses, je veux rendre ce que j’ai reçu. Je suis très bon en maths, mais plus qu’un cursus scientifique ce que je veux c’est intégrer la haute fonction publique. On m’a donc conseillé de faire l’X puis un corps plutôt que l’ENA. Aujourd’hui je me projette dans un métier, un parcours professionnel. C’est le début de quelque chose mais je garde les pieds sur terre car j’ai été élevé comme ça. Mon frère se moque gentiment de mon embourgeoisement !