Le 23 janvier dernier, pour célébrer les 50 ans du traité de l’Elysée, ESCP Europe et Tribunes se sont associés à l’initiative « Je veux l’Europe » (1) rassemblant diverses organisations pro-européennes issues de la société civile et parrainée, entre autres, par Jacques Delors, Simone Veil et Jacques Barrot. L’ensemble des acteurs a ainsi été accueilli par Tribunes pour une grande conférence en mémoire de cet événement historique.

Ce cinquantenaire du traité de l’Elysée est d’abord une opportunité. L’opportunité d’une prise de recul. En ces temps troublés où les médias pressent notre attention sur l’infime instant présent au rythme des sommets « de la dernière chance » qui se sont succédés pour « sauver l’Euro » ; affirmer « Je veux l’Europe », c’est d’abord mesurer l’étendue du chemin parcouru progrès accomplis depuis 50 ans. L’Europe connaît une période de paix sans précédent depuis la Pax Romana. Presque 70 ans viennent de s’écouler sans que la France, l’Angleterre, l’Espagne, les territoires Allemands ou Italiens ne se retrouvent, une nouvelle fois, déchirés par la guerre.
Mieux, l’Europe possède depuis sa création un véritable pouvoir d’attraction démocratique. De l’Espagne franquiste en passant par la Grèce des Colonels et l’absorption des anciens satellites de l’URSS, l’Europe fait germer la démocratie au milieu des dictatures à sa périphérie. Elle est le principal espoir des républiques balkaniques traumatisées par les conflits ethniques qui firent suite à l’éclatement de la Yougoslavie. La Slovénie a déjà franchi le cap, la Croatie s’apprête à lui emboiter le pas. Quand on se souvient que l’Europe s’est suicidée au sommet de sa puissance un 28 août 1914 à Sarajevo, on comprend que l’aboutissement de ce processus lui permettra de clore un chapitre de son Histoire. Le Prix Nobel de la paix est venu rappeler cet exploit, mais aussi que cette paix n’est jamais un acquis. L’avènement de l’Europe, c’est aussi l’abolition de la frontière. Pour un continent qui compte le plus de pays au kilomètre carré au monde, cela constitue une formidable opportunité de diffusion culturelle et d’avènement d’une société cosmopolite. Effectuer une partie de ses études à l’étranger est devenue la norme, non seulement pour les écoles de commerce dont ESCP Europe, mais aussi pour l’ensemble de la jeunesse grâce à des programmes de type Erasmus. De plus en plus d’étudiants ont maintenant la liberté de bâtir leur propre parcours d’études incluant des expériences professionnelles qui rendent chaque profil plus riche et plus atypique que ceux de nos aînés. Encore une fois, la baisse annoncée des budgets alloués à Erasmus montre que ceci n’est pas un acquis.Depuis le traité de l’Elysée scellé il y a 50 ans entre le général De Gaulle et le chancelier Adenauer, aucun couple d’états indépendants n’est aussi fortement lié que la France et l’Allemagne. Pas même les Etats-Unis et le Royaume-Uni comme certains aiment le soutenir. Chacun possède des fonctionnaires permanents au sein du ministère des affaires étrangères du second, ce qui est une exception mondiale. Le couple francoallemand reste le moteur principal de l’Europe et des notables progrès dont elle est à l’origine. Bien évidemment, tout ceci ne doit pas occulter les difficultés actuelles et les nécessaires réformes des institutions qui s’essoufflent. Le processus est long, difficile, parfois douloureux, mais le jeu en vaut la chandelle. Replacée dans le temps long de l’Histoire, l’Europe telle que nous la connaissons a rempli ses fonctions.

L’Europe telle que nous la voulons, reste à construire.

Oui je veux l’Europe. Nous voulons l’Europe.

Vive l’amitié franco-allemande. Es lebe die deutsch-französische Freundschaft.

 

(1) Pour tout savoir sur cette initiative, rendez-vous sur http://www.jeveuxleurope.fr/

 

Nicolas Duplan

 

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