La Chine, pays où Facebook et Twitter sont toujours très réprimés (le danger qu’ils peuvent représenter n’ayant pas échappé aux autorités), ne manque pourtant pas d’inventivité en matière de réseaux sociaux. Pleins feux sur Weixin, une application dont le succès est tel qu’elle menace Whatsapp, son concurrent direct.

Weixin (rebaptisée WeChat, sa traduction littérale, en avril 2012), est une application pour smartphones lancée en 2011 par le géant des réseaux sociaux chinois, la compagnie Tencent. Le concept est simple : on communique instantanément avec ses amis par des messages vocaux, on peut également leur envoyer des messages textes ou encore des photos. On peut également leur indiquer le lieu où l’on se trouve, ou démarrer une conversation de groupe. A l’instar de Whatsapp, pionnière en la matière, l’application est totalement gratuite et très facilement téléchargeable. En Chine, suite à l’encadrement très restrictif de Facebook, des réseaux sociaux concurrents se sont développés et connaissent une popularité phénoménale — d’autant plus impressionnante qu’ils sont presque inconnus dès que l’on dépasse les frontières du pays. 200 millions de membres actifs pour Weixin, et un bond de 228 % en un an : voilà qui a de quoi faire pâlir les leaders occidentaux que sont Whatsapp, ou même Twitter. Il faut dire que le marché high-tech chinois est jeune et en plein boom : le nombre de smartphones sur le territoire devrait s’élever à 1,5 milliard d’ici 2015.
WeChat n’envisage pas de stopper son développement à l’Asie du Sud-Est : Tencent désire lancer l’application, désormais disponible en 8 langues différentes, au États- Unis ainsi que dans le monde arabe. Seul problème : les réseaux sociaux en Chine sont extrêmement contrôlés par le gouvernement ; une censure à laquelle participent allègrement les compagnies privées. Pour faire ses débuts à l’étranger, WeChat devra assurer la protection formelle des données privées des utilisateurs (l’affaire Snowden ayant notamment échauffé l’opinion publique sur la question).
L’étude menée par un professeur de Harvard, est par ailleurs assez alarmante : pour tenter de comprendre le système de censure chinois, ou comment les fournisseurs d’accès internet se rendent complices du gouvernement, Gary King a voulu créer son propre réseau social. Son parcours, ses interactions avec les fournisseurs de logiciels en ligne ont démontré que la censure chinoise reposait énormément sur des entreprises privées, en concurrence les unes avec les autres, offrant différents services de filtrage. On parle de « great firewall » (grande muraille pare-feu). Internet représente en effet un enjeu énorme pour les autorités chinoises : pas moins de 2 000 personnes sont employées par le ministère chinois de « la Propagande et des sites internet » (on peut difficilement faire plus vendeur) pour analyser l’opinion exprimée sur le web.
Concernant son développement à l’étranger, WeChat peut néanmoins compter sur la très étendue diaspora chinoise, ainsi que sur un important budget marketing, ciblant principalement les marques occidentales. Si Weixin semble bien s’en sortir, et a ses chances de réussir son exportation, c’est en partie car ce n’est pas un clone de Facebook – contrairement à ces réseaux alternatifs promus par les régimes autoritaires, très méfiants à l’égard du leader américain, beaucoup plus difficilement contrôlable : on trouve Vkontacte en Russie, QQ ou encore Renren en Chine.
Une chose est sûre : en France où la plupart des opérateurs téléphoniques proposent des sms gratuits, il est peu probable que Weixin décolle dans les années à venir. Mais aux États-Unis d’où est partie l’idée de départ de Whatsapp, le succès pourrait bien être au rendez-vous.

 

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