Ce n’est plus une tendance mais une véritable révolution : en quelques années, le nombre de réseaux professionnels féminins a explosé. Il en existerait aujourd’hui plus de 400 en France, réunissant des professionnelles de tout âge autour de leur diplôme, leur entreprise, leur métier, leur région ou leur secteur d’activité. Quels sont donc les atouts et les leitmotivs de ces communautés en pleine éclosion ?

 

Frédérique Clavel © François Guichard

Frédérique Clavel © François Guichard

 

La mixité : un concept encore loin de la réalité…
Selon les intéressées, cette explosion est une réponse à la non-mixité patente des réseaux dits « mixtes » qui, malgré les apparences, restent majoritairement masculins. Face aux difficultés à intégrer ces réseaux et faire porter leur parole, les femmes n’hésitent plus à créer leurs propres cercles afin d’exercer les mêmes responsabilités et influences que les hommes sur le monde économique et/ou politique.

 

Réseaux transgénérationnels, nouveau fer de lance ?
Aujourd’hui, la tendance gagne l’univers des grandes écoles qui commencent à tisser leurs propres communautés sous l’impulsion d’alumni âgées entre 30 et 45 ans, soucieuses d’agir et d’exister ensemble. Mais loin de phosphorer en vase clos,  elles y intègrent les étudiantes afin de les sensibiliser aux réalités de l’entreprise pour mieux les y préparer et leur donner les meilleures chances pour débuter et optimiser leur carrière.Celles-ci sont en effet souvent peu conscientes des barrières existantes. Beaucoup confondent encore égalité de droit et égalité de fait. Et la question de l’égalité passe souvent pour un combat d’arrière-garde ! Suite au succès de l’ouvrage de Claire Lhéost « Le rêve brisé des working girls », dans lequel elle fait acte de l’absence de conscience de cette question parmi les jeunes femmes, il devient ainsi essentiel que les étudiantes intègrent de plus en plus les réseaux féminins pour apprendre à s’imposer dans le monde professionnel avant même d’y entrer et « réseauter » avant même d’être diplômées. Ces communautés sont souvent des espaces de discussion, de débats et de formation qui leur permettent de développer leurs talents, leur assertivité, leur leadership et leur carnet d’adresses ! Séances de coaching, conseils pour la négociation de salaires, rencontres avec des professionnelles, ateliers d’entraînement à la prise de parole, conférences : « Elles apprennent les règles du jeu en entreprise », résume tout simplement Clarisse Reille, présidente de Grandes Ecoles au Féminin.

 

L’homme, une femme comme les autres…
Faut-il pour autant fermer la porte à la gente masculine ? La réponse est non ! Un réseau efficace ne peut se passer ni des talents féminins ni des talents masculins si tant est que chacun soit conscient et convaincu de la valeur ajoutée que peut apporter la mixité en entreprise. Il s’agit également d’une opportunité pour les hommes de sortir de la vision réductrice et enfermante d’une certaine idée de la réussite masculine, axée exclusivement sur la carrière professionnelle. « Tout ce qui concourt à faciliter l’épanouissement professionnel des femmes concourt aussi à favoriser l’épanouissement personnel et familial des hommes […] ; l’égalité professionnelle vise à valoriser tous les talents tout en donnant à chacun le temps personnel ou familial dont il a besoin » souligne Antoine de Gabrielli, fondateur de l’association Happymen.
In fine, il faudrait tendre vers des communautés d’un « genre » nouveau au sein desquels hommes et femmes, étudiants et diplômés, occuperaient une place à part entière et contribueraient à ce que l’équité et le bien-être deviennent une réalité en entreprise. Créé en 2014 par l’association des diplômés de l’EM Normandie, le réseau  EquiLibre s’inscrit exactement dans cette philosophie.  Mobilisé autour de vraies valeurs d’échange et de partage, il privilégie l’axe de la mixité afin de permettre aux étudiants et aux diplômés, femmes et hommes, de prendre conscience qu’il existe des inégalités et qu’il est essentiel d’agir ensemble à travers l’animation de divers dispositifs d’accompagnement (coaching, ateliers, conférences et mise en liens, mentorats) afin que chacun, enfin, ose être soi. Souhaitons que le développement de ce type de réseau aboutisse à terme à une véritable mixité de nos sociétés.

 

Par Frédérique Clavel,
Diplômée du Programme Grande Ecole EM Normandie, (1981), présidente fondatrice de Fédération Pionnières, présidente fondatrice de Fincoach Le Hub etvice-présidente du Réseau EM Normandie
et Sabrina Tanquerel,
enseignant-chercheur en gestion des ressources humaines à l’EM Normandie et chargée de mission diversité