Comment concilier ces apparentes contradictions dans notre université, prendre en compte les évolutions technologiques récentes, et repenser l’université et le métier d’enseignant ?

 

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De profondes mutations
Il y a eu un changement important dans notre société avec l’avènement d’internet et la multiplication des téléphones, tablettes et ordinateurs portables. Aujourd’hui, lorsqu’un professeur d’université commence un cours, il peut partir du postulat que les étudiants ont déjà lu sur internet des choses concernant le sujet du cours, ou sont en mesure de le faire pendant le cours. Il n’est donc plus le seul dépositaire de la connaissance. Il y a eu en parallèle un développement important de cours en ligne, certains accessibles à un très grand nombre de personnes, et souvent gratuitement. Ces deux phénomènes ont révolutionné l’enseignement supérieur, et obligent à repenser l’université et le métier d’enseignant.

 

Des difficultés importantes
Par ailleurs, on peut faire le constat d’un certain nombre de difficultés au sein de l’université : un effectif d’étudiants souvent beaucoup trop important par rapport à la capacité d’accueil des bâtiments et au nombre d’enseignants, surtout pendant les premières années de licence ; la réduction progressive et continue des budgets de fonctionnement des universités ; l’autonomisation des universités et le risque que cela crée de grandes disparités entre les universités ; le manque de formations pédagogiques des enseignants de l’université, etc.

 

L’éducation pour tous
En même temps, il ne faut pas oublier que le modèle français, sur le papier au moins, porte en lui un idéal d’égalité d’accès à l’éducation supérieure, et que cet idéal mérite d’être protégé le plus possible.

 

Le rôle de l’enseignant
La première piste concerne le rôle de l’enseignant et sa place dans le dispositif pédagogique. Il me semble que l’enseignant n’a plus pour mission principale de dispenser une connaissance. Ce modèle me paraît aujourd’hui archaïque. En revanche, l’enseignant joue à mon avis un rôle fondamental dans la transmission d’un savoir faire, ou mieux encore, d’un savoir être. Je crois fermement que l’on transmet essentiellement ce qu’on est, pas ce qu’on sait.

 

La relation avec les étudiants
D’autre part, il me parait essentiel pour un enseignant de prendre le temps de faire connaissance avec les étudiants. En effet, pour pouvoir transmettre un savoir faire et un savoir être, il me semble indispensable de pouvoir s’ancrer sur la réalité des étudiants, sur ce qu’ils vivent, sur ce qu’ils sont. Et cela nécessite de prendre le temps de tisser des liens avec eux, de les connaître, de se mettre au service de leur épanouissement et de leur développement. Sans cette phase d’adaptation aux étudiants, l’enseignement dispensé sera générique, uniforme, et sans réel ancrage dans la vie des étudiants, et donc sans réel impact. Il me paraît important, en entrant dans une salle de classe, de chercher d’abord à savoir quelles personnes se trouvent en face de nous, puis d’adapter notre pédagogie à ces personnes. C’est à cette condition que la pédagogie peut avoir prise.

 

Pédagogie participative et implication du corps
Enfin, il me semble primordial d’aller vers des pédagogies participatives et impliquant la mise en mouvement du corps. Participatives en rendant les étudiants davantage responsables de l’acquisition de leurs connaissances, comme cela se pratique dans les pédagogies anglo-saxonnes. Et impliquant le plus possible la mise en mouvement du corps, ce qui semble favoriser l’activité cognitive, au vu des récentes découvertes dans le domaine des sciences cognitives.

 

Par Ivan Magrin-Chagnolleau,
artiste chercheur, CNRS

 

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