L’entreprise au cœur de la stratégie des Universités. Comment les universités organisent-t-elles les relations avec les entreprises ?

 

Mélina Mercier est directrice de la Fondation partenariale de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC). Issue d’une formation en neurosciences, Mélina Mercier a appris le métier de « Fundraiser » à Londres où elle a travaillé pendant 5 ans au sein de deux  fondations reconnues d’utilité publique dans le domaine de la  recherche médicale. Elle a rejoint l’UPMC en novembre 2008.

 

Mélina Mercier,  directrice de la Fondation partenariale  de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC)

Mélina Mercier, directrice de la Fondation partenariale de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC)

La Fondation partenariale UPMC existe officiellement depuis août 2009. Dotée d’une personnalité morale et créée pour une durée de 20 ans, son objectif est de collecter des fonds pour accompagner l’université dans toutes ses missions, de la recherche à la formation, et de renforcer les liens entre l’université et le monde socio-économique.  La Fondation est gouvernée par Conseil d’Administration composé de 11 membres répartis en 3 collèges et au sein duquel l’UPMC est statutairement majoritaire. L’équipe de la Fondation est composée de la Directrice Générale et d’une Directrice administrative et financière.  La démarche de levée de fonds, débutée en janvier 2010, a permis de récolter 12 millions d’euros auprès de nos mécènes. La Fondation compte aujourd’hui un peu plus de 1 000 donateurs dont 82 % d’entreprises, 12 % de Fondations et Associations et 6 % de particuliers.  Les fonds collectés ont servi à financer une quinzaine de projets, en sciences et en médecine (chaires, équipements,  fonds dédiés, Bourses d’étude etc…).

Les chaires à l’université : késako ?
Les chaires sont particulièrement séduisantes pour les entreprises. C’est un dispositif très souple, à tiroirs et protéiforme. Contrairement à la définition anglo-saxone du terme chaire, qui signifie souvent le financement permanent ou temporaire d’un poste de professeur des universités, en France une chaire peut recouvrir des réalités très différentes. Il peut s’agir de soutenir une équipe de recherche, de créer un cursus innovant, de retenir ou d’attirer un chercheur de haut niveau ou même de créer un lieu de rencontre entre universitaires et industriels pour échanger sur des thématiques stratégiques. Dans tous les cas, il s’agit d’un engagement pluriannuel (3 à 5 ans) pour des montants significatifs (entre 1 et 3 millions d’euros) le tout passant dans la plupart des cas par le régime fiscal du mécénat.
A ce jour, la Fondation a permis la création de 5 chaires sur des thématiques très variées :
– deux chaires en robotique sur les mini-drones et les systèmes robotiques d’intervention en milieux contraints financées par la société Réseau Transport d’Electricité
– une chaire en Education Thérapeutique du Patient financée par le groupe de pharmacien PHR
– Une chaire sur la maladie d’Alzheimer
– Une chaire sur la voiture connectée financée par les sociétés Atos et Renault. Cette chaire sur la voiture de demain est originale en ce sens qu’elle réunit des partenaires de différents secteurs industriels avec un intérêt commun autour de cette thématique.

Les chaires : la panacée ?
La chaire permet de développer et de consolider les interactions déjà fortes que l’UPMC entretient avec les entreprises et d’être au plus près de leurs problématiques. D’une manière générale, l’introduction de ce dispositif participe à la volonté qu’a l’université de s’ouvrir sur l’extérieur pour aborder des questions complexes qui nécessitent d’être à l’interface de plusieurs domaines d’activités.  Le financement se faisant dans le cadre du mécénat, les mécènes ne peuvent prétendre à aucune contre partie. Le retour sur investissement se fait donc surtout en termes d’image et de communication pour les  entreprises.  La chaire permet par exemple à l’entreprise de communiquer différemment auprès des étudiants et ainsi de faire face à leurs problèmes de recrutement,  de participer aux actions de communication et de  diffusion des résultats de la recherche, d’accéder aux réseaux académiques et professionnels en France et à l’étranger. A un niveau international, s’associer à une université de renommée mondiale est un véritable atout pour les partenaires.  Côté UPMC, la chaire offre un cadre plus souple,  permettant une recherche moins ciblée que les dispositifs classiques de financement du type ANR. Le financement est également assuré pour une durée plus longue ce qui offre aux chercheurs une plus grande disponibilité. Les chaires ont  également l’avantage de financer des domaines de recherche qui n’auraient peut-être pas été financés par ailleurs.

Les alumni : forces vives de l’université,  piliers de la Fondation
La Fondation a également fortement participé à la  réflexion sur la constitution et l’animation du réseau des diplômés UPMC (les alumni). Dés 2009, un travail de fond a été effectué permettant de reconstituer une base de données de 200 000 anciens dont 80 000 contacts qualifiés.  L’objectif principal était de renouer avec ces alumni qui n’avaient plus entendu parler  de leur université depuis l’obtention de leur diplôme. Une campagne d’emailing a permis de recontacter ces diplômés, de les informer de la création de la  Fondation et surtout de leur présenter les projets de développement de leur université.

Les trois premières années d’existence de la Fondation ont permis de poser les bases des actions de levées de fonds.  Il s’agit maintenant de préparer l’avenir  et le soutien des alumni, mécènes et partenaires sera essentiel pour nous accompagner dans cette aventure unique qui permettra enfin de mettre l’université  française à la place qui est la sienne dans le reste  du monde.

 

Par Mélina Mercier,
directrice de la Fondation partenariale  de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC)