I am what I am. Telle pourrait être la devise de Laetitia Avia, députée de Paris et porte-parole de La République en Marche. Malgré les attaques violentes dont elle a pu faire l’objet au cours de sa carrière publique, cette « citoyenne engagée » croit au renouvellement de la vie politique… et de ses acteurs. Rencontre.

 

« Avoir de l’ambition, ce n’est pas un gros mot ! »

Après son enfance en banlieue parisienne, Laetitia Avia a quitté la Seine Saint Denis pour étudier en plein Quartier Latin. « Je suis entrée à Sciences Po via les Conventions d’Education Prioritaires initiées par son directeur Richard Descoings, afin de changer la manière dont l’école cherchait ses talents et  définissait les élites. Moi la jeune femme introvertie, j’y ai appris à être plus assurée, à prendre la parole et j’ai même créé l’association Le Relais pour accompagner l’intégration des étudiants ». Mais c’est lors de sa 3e année passée au Canada que tout a vraiment changé. « Je me suis découverte, j’ai admis que je n’entrais pas dans le moule et en rentrant, j’étais plus forte. » De retour à Paris en 4e année, elle est repérée par Jean-Michel Darrois, grand avocat d’affaires et professeur à Sciences Po, qui l’encourage à rejoindre la profession. « Sciences Po, le Barreau, mon élection : autant de moments d’accomplissement, de moments où j’ai ressenti la fierté de mon entourage. »

La société civile en politique : la marque de fabrique de LaRem. Facile de se faire une place quand on n’est pas du sérail ?

Aujourd’hui, je sais qui je suis et j’essaye de ne pas me travestir. J’ai rejoint En Marche avec mon bagage de femme et de citoyenne engagée depuis 15 ans dans la lutte contre les discriminations, l’émancipation de l’Afrique… J’ai aimé ce mouvement car il nous laissait chacun être qui nous étions. Quand on m’a nommé responsable de la mobilisation pour le Val de Marne, je me suis retrouvée à animer des réunions politiques alors même que je n’avais jamais assisté à aucune réunion de ce genre.  Et pourtant, ça a fonctionné !

Vous attendiez-vous à tant de violence en politique ? 

J’arrivais du monde des avocats d’affaires, un milieu professionnel qui repose encore sur une vision patriarcale des choses. Quand j’ai créé mon cabinet, j’ai quand même croisé des gens qui se demandaient si j’étais avocate ou réceptionniste lorsque j’ouvrais la porte. Cette violence en politique, j’aurais dû m’en méfier mais jusque-là, j’avais été assez protégée par le collectif : nous étions tous en train de porter un projet et un candidat. Les choses ont changé quand j’ai été élue, mais surtout lorsque j’ai été nommée porte-parole en janvier 2018. J’ai commencé à dire « moi Laetitia Avia, femme, noire, banlieusarde je représente la République et je le fais publiquement ». Ca a dérangé et engendré des messages de haine et des menaces de mort (9 plaintes pour menaces sérieuses ont été déposées à ce jour ndlr). Mais en parallèle, j’ai reçu énormément de messages de soutien de personnes qui me disaient « vous nous donnez espoir en la politique parce que vous nous ressemblez. »

Vous voyez-vous comme un rôle modèle ?

En tout cas je me donne cette responsabilité et j’espère être un modèle pour de nombreuses petites filles qui n’ont pas conscience de leur potentiel. Je crois aux vertus de la sororité et à la puissance de l’image. C’est comme cela qu’on peut porter le renouvellement de la vie politique et générer des ambitions… et ce n’est pas un gros mot ! Avec notre groupe parlementaire paritaire, nous avons transformé l’image de l’Assemblée. Ce mouvement est enclenché, il ne peut plus y avoir de régression.

Votre message à une jeune femme qui n’oserait pas assumer ses ambitions ?

Arrêtez de demander la permission. Pendant que vous hésitez, que vous attendez d’être adoubée, les hommes préemptent tous les postes. Mais j’ai surtout un message pour les femmes qui ont réussi : allez sur le terrain pour repérer et encourager les talents.

Vous avez dit féministe ? Je crois en l’équité plus qu’en l’égalité. Et pour l’atteindre il faut parfois faire preuve de discrimination positive. Si lors des dernières élections législatives, quasiment tous les partis ont présentés un nombre paritaire de candidats, on ne comptait pourtant en 2012 que 26 % de femmes à l’Assemblée. Pourquoi ? Parce qu’on envoyait des courageuses sur des circonscriptions ingagnables ! Nous, nous avons investi 50 % de femmes dans les circonscriptions gagnables. Au-delà des tests et des incantations il faut une vraie volonté politique pour faire changer les choses.

Femme et politique : logique ?

Je pourrais vous citer une dizaine de femmes politiques françaises de premier plan, mais le fait est que seules deux femmes ont atteint le 2nd tour de la Présidentielle. L’analyse des discours politiques fait encore beaucoup appel à des décodeurs masculins. On admet alors la place de la femme, soit comme une caution (c’est bien d’avoir des femmes mais pas trop), soit comme ce soutien bienveillant ou cette manipulatrice qui sommeille derrière chaque homme de pouvoir. Il faut changer cette image. C’est pour ça que je suis favorable à aller plus loin dans la lutte pour la parité lors des élections municipales, même dans les toutes petites communes.