Afin de bénéficier du foisonnement de start-up et de recherche académique qui se concentrent dans la baie de San Francisco, le constructeur automobile a posé ses valises en Californie depuis 2011. Serge Passolunghi, diplômé de l’ENS, dirige ce laboratoire dans une démarche d’open innovation.

Serge Passolunghi (ENS 87), Directeur RENAULT Innovation Silicon Valley

Serge Passolunghi (ENS 87), Directeur RENAULT Innovation Silicon Valley

Pourquoi s’être implanté dans la Silicon Valley ?
Renault avait lancé une campagne de publicité pleine d’autodérision, dont la signature « Ça ne marchera jamais » s’opposait à tous les grands succès du groupe. La marque n’a pourtant jamais ployé car l’innovation et la prise de risques font partie de son ADN. De la volonté de rester précurseur dans l’industrie automobile est née, en 1997, la conviction que le groupe devait être présent dans la Silicon Valley afin de capter à la source les nouvelles idées. J’ai rejoint en 2013, les deux collaborateurs Renault-Nissan qui faisaient de la veille depuis 2 ans, afin de diriger le laboratoire sur un périmètre d’action bien défini, à savoir : la voiture autonome et la voiture connectée. Nous nous concentrons particulièrement sur amélioration, grâce aux softwares, de l’interaction du conducteur avec le véhicule pour la rendre la plus fluide et la plus intuitive possible. Aujourd’hui l’équipe compte 50 collaborateurs issus de Renault et Nissan qui oeuvrent main dans la main, concrétisant l’Alliance sur le terrain.

 

« La recherche c’est transformer de l’argent en idée, l’innovation c’est transformer des idées en argent »

Quelle organisation avez-vous mise en place pour bénéficier de cet écosystème ?
Elle s’articule autour de l’open innovation. Nous nous appuyons sur les grandes écoles de la Côte Ouest, comme Stanford et Berkeley, qui disposent des meilleurs laboratoires en robotique, en mécanique ou software, en les finançant par du mécénat ou des contrats de recherche. De la même manière, nous pistons les startup dont le projet pourrait s’appliquer à l’industrie automobile afin de les incuber et cela dans un laps de temps très court. Il faut accepter d’investir quitte à échouer. Notre mode de fonctionnement consiste à maintenir une veille perpétuelle et aller au devant des projets qui naissent chaque jour dans cette fourmilière de l’entreprenariat. Moins mes équipes passent de temps à nos bureaux, mieux je me porte ! Ici il n’y a pas d’horaire pour travailler. Le soir autour d’un verre les gens parlent librement de leurs projets, même avec des concurrents. Le partage donne naissance à de nouvelles idées dans une compétition saine et tout l’écosystème profite de cette « cross-pollinisation. »

 

Que souhaiteriez-vous transposer du modèle de la Silicon Valley à la France ?
En premier lieu, le décloisonnement des tâches et des fonctions. Ici tous les jeunes ont lancé un projet avant même d’avoir terminé leur études et la plupart des professeurs gèrent une start-up, alors qu’en France on sanctuarise l’enseignement, qui ne peut être associé au business. Ici j’ai découvert que sur un sujet donné : tout cerveau est le bienvenu. On peut être professeur et ingénieur. De même, ce n’est pas parce qu’on fait du marketing qu’on ne peut avoir l’idée d’une innovation technique. En second lieu, la prise de risque de l’investissement. En France, il y a des formations d’excellence, des idées, des jeunes qui veulent entreprendre et même de l’argent. Le Sentier à Paris foisonne en start-up, accélérateurs et incubateurs. Plus de la moitié de celles avec qui je travaille sont européennes, mais viennent s’implanter dans la Silicon Valley, qui concentre une capacité d’investissement phénoménale… Il suffirait simplement que le capital-risque français leur donne la capacité de débloquer des fonds pour tenter des choses.

 

CONSEIL aux jeunes
S’il manque un souffle d’entreprenariat dans nos écoles, nous avons des formations solides. Un ingénieur français avec la fibre entrepreneuriale fait fureur aux Etats-Unis. Là-bas, on donne de la valeur au CV d’un jeune qui a lancé une start-up et a échoué. Car le secret de l’innovation tient à cette capacité à prendre des risques et se relever vite pour se renouveler en apprenant de ses erreurs.

 

AM.

 

Contact : serge.passolunghi@renault.com