Ces derniers mois, les dirigeants s’affichent volontiers dans l’espace public. Certains portent des messages de rénovation du contexte fiscal et administratif des affaires, d’autres se regroupent  échanger et palier la solitude du dirigeant, d’autres encore militent pour le progrès managérial.

Nicolas Doucerain, fondateur de « Entreprendre pour la France », président du cabinet ACMEN

Nicolas Doucerain, fondateur de « Entreprendre pour la France », président du cabinet ACMEN

Cette volonté de faire des propositions n’étonne pas Hervé Baculard, président de Syntec conseil en management. Pour lui les chefs d’entreprises « sont des gens fondamentalement optimistes (sinon ils plient boutique !) et désireux d’agir au profit de la société. Ils savent se mobiliser. Lorsque nous avons lancé un appel pour notre livre sur le pacte France-Entreprise, nous avions immédiatement reçu 150 contributions ! Les entreprises et les entrepreneurs recèlent de forces pour l’avenir du pays et entendent le faire savoir. » Au mois de novembre, la CGPME (confédération des patrons des PME) appelait ses membres à « investir l’espace public pour cesser de subir » en se présentant aux élections municipales. L’objectif est là aussi de peser sur les décisions publiques en matière fiscale. La frontière entre le mouvement d’idées et le mouvement politique est mince. « Les réactions des dirigeants sont politiques à partir du moment où ils s’expriment sur la manière dont l’Etat entend répartir les richesses, confirme le professeur de stratégie à ESCP Europe Frédéric Fréry. Cela dit, il n’y a pas que les dirigeants qui ont le sentiment que nos fondamentaux ne tiennent plus. Notre système, qui prélève une part croissante des richesses pour préserver la paix sociale en les redistribuant, a atteint un niveau qui décourage la création de richesses et gêne la création d’emplois. »

 

Optimisme et confiance
Guillaume Cairou est le président du club des entrepreneurs. Ce groupement rassemble 18 500 membres d’entreprises de toutes tailles qui « ont en commun la passion d’entreprendre. » Le dirigeant a fondé Didaxis « en me fiant à mon intuition, alors que de nombreuses personnes m’en dissuadaient. » 10 ans après, il emploie 5 000 personnes et se développe à l’international. C’est cet esprit qu’il promeut  au sein du Club.« L’entrepreneur a un devoir d’afficher sa confiance en l’économie qui lui permet ainsi qu’à ses salariés de réussir. L’optimisme et la confiance sont deux clés de la compétitivité de nos entreprises. » A ce message d’optimisme se couple un autre message, « réaliste celuici, sur la nécessité d’une réforme structurelle.  La France stigmatise ses entrepreneurs, qu’ilsréussissent ou échouent, la fiscalité actuelle renforce cette image. Cela décourage les velléités d’entreprendre. La vocation du Club est de promouvoir l’esprit d’entreprise, de faire entendre les entrepreneurs, de faire du lobbying auprès des pouvoirs publics pour la simplification administrative ; et rappeler que l’entreprise est la seule à créer des emplois en France ! » www.clubdesentrepreneurs.org

 

Refus du fatalisme
Rénover l’environnement des affaires est aussi au coeur de l’action du président du cabinet du mouvement Entreprendre pour la France. Il est aussi bloggeur de la plateforme Nos PME ont du talent et l’auteur en 2011 de Ma petite entreprise a connu la crise. A partir de son blog, il recueille les propositions des patrons de PME « pour faire évoluer la structure administrative et fiscale française car les lois sont bien souvent faites pour les  groupes ! Mon entreprise a été directement frappée par la crise et nous avons su rebondir. Fort de mon expérience, j’ai décidé d’aller au Doucerain entend élargir son discours à la société civile et le porter sur un plan politique à court terme. Début janvier il a présenté son projet de société et économique. « Nous voulons réunir ceux qui refusent le fatalisme. Notre mouvement réformateur se veut social pour l’homme, libéral pour l’entreprise. » http://entreprendrepourlafrance.fr/

 

Se regrouper pour échanger
Au-delà de la formation, les patrons qui suivent programme « Métier : Dirigeant » de TBS depuis 40 ans viennent chercher un réseau. Il est formalisé au travers d’une association d’anciens www.reseau-dirigeants.net « Ils cassent la solitude, partagent leurs idées, solutions et réflexions pendant la formation et ensuite, constate son directeur Marc-André Meyer. Chaque entreprise a besoin d’un pilote décisionnaire et pour maintenir le cap. D’où l’isolement du pilote. Or, qui le comprend mieux qu’un autre pilote ? »

 

Echanger pour progresser
Alors que la majeure partie des entreprises est en régions, leurs patrons peuvent se ressourcer dans l’un des 320 clubs de l’Association Progrès du Management (APM). Le club de réflexions militant du progrès social dans l’entreprise compte 6 000 adhérents et fait appel à 350 experts dont Maurice Thévenet, professeur de management à l’ESSEC. « Les adhérents font le choix d’un expert et d’un thème pour leurs réunions. Ils mènent un travail collectif de partage afin de trouver des idées nouvelles. Ils mettent en perspective leurs expériences, ce qu’ils vivent au quotidien. » On compte 18 000 dirigeants APM depuis sa création en 1987 et plus de 3 000 rencontres par an. « APM n’est pas un réseau d’affaires ni un réseau politique ; notre projet est de faire progresser le dirigeant pour qu’il fasse progresser son entreprise, explique son président Xavier Ouvrard. Notre philosophie est que l’entreprise est un lieu d’épanouissement, d’aventure. Le développement des entreprises passant aussi par le développement personnel de leurs collaborateurs. » Le nombre croissant d’adhérents témoigne d’un besoin de se retrouver. Plus qu’à la crise, Xavier Ouvrard attribue ce besoin à une évolution sociologique des dirigeants plus habitués à fonctionner en réseau, à l’international, conscients de la nécessité de partager voire s’entraider pour progresser.

 

Parole s de dirigeante
Qu’apporte l’appartenance à un club ?
Marie Ducastel, présidente de la société de formation continue Abilways fait partie du réseau international YPO (Young president organisation).
« J ’apprécie de pouvoir échanger en confidentialité, sans jugement, en confiance, de pouvoir aborder des problématiques techniques comme personnelles, et de puiser une inspiration pour mon entreprise. Echanger sur des problématiques similaires, nourrir nos réflexions, est enrichissant et porteur de sens. »

 

Quels sont les sujets de discussions entre dirigeants à l’APM ?
– La complexité
– Le digital au service du développement de l’entreprise
– La gouvernance : organisation, rapports avec les actionnaires, créer une entreprise à plusieurs
– Avoir une lecture géopolitique du monde pour repérer des opportunités de business
– Fort intérêt philosophique et psychologique sur le développement personnel, la compréhension de soi, de ses rapports avec ses collaborateurs
– Découvrir de nouvelles modalités de collaboration pour répondre aux attentes managériales,  jeunes collaborateurs (philosophie et démarche du dirigeant, valeurs et projet, vivre une aventure qui mobilise, respect et motivation, état d’esprit entre collègues, modalités de collaboration qui ne sont pas que hiérarchiques)
– Comment avoir un coup d’avance par rapport aux grandes tendances sociétales.

 

A. D-F