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Rapport final ADEME « Un mix électrique 100% renouvelable ? » Octobre 2015

Rapport final ADEME « Un mix électrique 100% renouvelable ? » Octobre 2015

 

Une transition a priori difficile vers le 100 % renouvelable
Il est légitime de se demander si un mix énergétique 100 % renouvelable constitue un scénario envisageable en France, c’est à dire si une électricité produite uniquement à l’aide d’énergie verte est techniquement envisageable, économiquement viable et socialement acceptable. Il faut bien noter que la France constitue un cas particulier dans le paysage mondial. Le développement des énergies propres est bien sûr source d’effervescence mondiale pour remplacer les énergies fossiles, principales causes du réchauffement climatique. Nombreux sont ceux qui prônent que le nucléaire, énergie durable mais non renouvelable, doit faire partie du paysage énergétique du demain.

 

En France, le parc nucléaire représente actuellement plus de 70 % du mix électrique
Si le coût technologique des EnR est aujourd’hui un frein à leur développement massif, le nucléaire offre en revanche à court terme une électricité peu chère, malgré les coûts faramineux d’entretien et d’amélioration continue de la sûreté. Certains voient ainsi dans l’atome, technologie faiblement émettrice de CO2, une solution au casse-tête énergétique et à la lutte contre les dérèglements climatiques, en omettant peut-être les nombreux déchets radioactifs laissés aux générations futures. À l’indispensable contribution du nucléaire dans l’univers énergétique français s’ajouteraient certaines lacunes technologiques pour stocker l’énergie. Si les EnR semblent répondre au défi énergétique, il faut rappeler que les deux principales ressources d’énergies vertes (solaire et éolien) restent intermittentes, alors qu’il est nécessaire de répondre, en permanence, aux besoins en électricité. Pour garder cet équilibre entre production et consommation, le développement des technologies de stockage (à l’image des batteries Lithium-ion) est donc un élément sine qua non de la transition verte.

 

Une transition pourtant techniquement possible et économiquement viable
En Octobre 2015, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie publiait le rapport d’une étude à caractère prospectif, relative à l’exploration technique, économique et sociale du déploiement des EnR au sein du mix électrique français. Cette étude démontre que, contrairement à la croyance largement répandue, l’hypothèse d’une électricité 100 % verte à l’horizon 2050 est non seulement techniquement envisageable, mais aussi économiquement soutenable. L’argument majoritaire des autorités selon lequel seul l’atome permettrait de garder une électricité peu chère, est alors très nettement contestable, la filière nucléaire étant déjà fragilisée par la faillite d’Areva ou les nombreux problèmes de l’EPR.

 

Outre l’exceptionnel potentiel de la France en terme de production renouvelable
(estimé à 1268 TWh, soit trois fois la demande énergétique actuelle !), le rapport stipule qu’une France 100 % renouvelable est possible. Si plusieurs mix électriques 100 % verts sont proposés pour rendre compte des incertitudes techniques, sociétales et climatiques, on peut citer le mix optimal économiquement, dont la production se décomposerait entre ‘‘ 63 % d’éolien, 17 % de solaire, 13 % d’hydraulique et 7 % de thermique renouvelable ‘‘. Pour cette prévision de référence, le prix du MWh serait de 119€, contre 117€ pour un parc énergétique à seulement 40 % renouvelable, n’en déplaise aux nucléocrates ! Au-delà des idées reçues, un système électrique 100 % renouvelable apporte d’immenses avantages. La mixité des technologies de production et un réseau électrique flexible permettent une bonne gestion de l’offre et de la demande, une indépendance énergétique ainsi qu’une maîtrise du coût de l’électricité. Par ailleurs, l’étude met en avant l’innovation en matière de technologie de stockage, notamment l’intérêt de développer des solutions à plusieurs échelles (infra-journalière, hebdomadaire et inter-saisonnier) pour palier à d’éventuelles perturbations météorologiques et aux productions intermittentes d’énergies.

Une France 100 % renouvelable est donc théoriquement possible, tant d’un point de vue économique que technique. La transition énergétique devra néanmoins se bâtir à partir de politiques ambitieuses pour la croissance verte et d’innovations portées par l’ingénieur de demain.

 

Par Antoine Dizier,
trésorier du BDS Centrale Marseille
antoine.dizier@centrale-marseille.fr