Il  y a deux ans, Motawakil Ali, 28 ans, foulait pour la première fois le sol français. Sommé de quitter le Soudan à cause de ses activités politiques, ce réfugié est bien décidé à créer sa propre entreprise dans son pays d’accueil. Ses ambitions entrepreneuriales se sont concrétisées en 2018 grâce au programme Tremplin de l’université Paris-Dauphine. Portrait d’un homme résilient.

 

Du Soudan à l’Hexagone

En 2016, Motawakil arrivait seul en France. « Je ne voulais pas quitter mon pays mais malheureusement j’ai été forcé de partir à cause de la guerre et de la dictature », s’attriste le jeune homme originaire de la capitale du Soudan, Khartoum. Pendant ses études en informatique, le soudanais s’était engagé dans des causes controversées. Il dirigeait une association de soutien aux ethnies des Monts Nouba, victimes de répression politique, et un parti laïc en faveur de la séparation de la religion et de l’Etat. Mais ses mouvements réactionnaires l’ont obligé à s’exiler. Motawakil s’est alors installé en Egypte durant deux ans. « J’ai d’abord choisi d’aller en Egypte parce que ce n’est pas loin de chez moi mais la situation était très difficile là-bas. Je n’ai pas été très bien accueilli … Tout ce que je cherchais c’était la paix et le respect. En France, c’est ce que j’ai réussi à trouver », se contente-t-il.

L’entrepreneuriat, un tremplin pour les réfugiés

Barrière de la langue, diplômes sans équivalence, stéréotypes, l’insertion professionnelle relève souvent du parcours du combattant pour les réfugiés. Monter sa propre entreprise, une bonne alternative. C’est pourquoi, l’université Paris-Dauphine lance Tremplin en partenariat avec Wintegreat, une association qui a pour mission de redonner vie aux projets professionnels des réfugiés. Ce programme de formation et d’intégration par l’entrepreneuriat voit le jour au début de l’année 2018. Motawakil fait partie de cette première promotion.

« C’est un de mes amis à l’association Wintegreat qui m’a fait découvrir Tremplin. Il savait que j’avais un projet et ce programme était parfait pour m’aider à le réussir », raconte-t-il. Durant un semestre, 22 réfugiés de Syrie, du Soudan, du Bangladesh, d’Afghanistan ou encore du Sri Lanka, sélectionnés sur dossier, ont ainsi été accompagnés dans leur création d’entreprise. « J’aimerais ouvrir un centre culturel pour que les écrivains, les auteurs, les traducteurs et autres professionnels de l’édition puissent rencontrer les lecteurs, les passionnés et ceux qui veulent se lancer dans l’écriture. Un lieu d’échange d’expériences et de bons conseils », présente le jeune homme, lui-même écrivain amateur.

Sur les bancs de Paris-Dauphine

De janvier à mai 2018, les réfugiés se sont donc fondus dans la masse des élèves de l’université parisienne. Analyse de la viabilité des projets, aide dans les démarches administratives ou encore partage de contacts, la formation à l’entrepreneuriat constitue la facette la plus originale du cursus. Mais ils ont également suivi une mise à niveau en français, en anglais et des cours de « Vivre en France » (économie, droit social, politique, histoire de la France). « Ces cours sont ceux que je préférais. C’est très utile. Cela nous aide à comprendre la société française pour mieux nous intégrer », témoigne Motawakil.

« Le plus sympa c’était d’avoir une équipe qui nous accompagnait : deux étudiants dauphinois étaient là pour m’aider à mieux parler français et me faire rencontrer d’autres étudiants. Les profs, tous bénévoles, étaient aussi très présents pour nous. » Chaque participant est en effet soutenu par un coach étudiant, un mentor alumni ou enseignant et un « buddy » étudiant. « C’était une très bonne expérience. J’ai beaucoup appris et aujourd’hui j’ai l’impression d’être une nouvelle personne », conclut-il.

 

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