Nicolas François

Nicolas François

Qui n’a jamais souhaité être uniquement évalué et recruté sur ses compétences ? Vous en rêviez, l’Apec l’a fait. Nicolas François, Responsable de marché b to b et porteur de ce projet innovant, nous présente le recrutement sans CV.

Quand l’offre d’emploi rencontre une offre de compétences

Quelles réflexions ont conduit l’Apec à proposer le recrutement sans CV ?
Alors que l’Apec réalisait une étude sur les discriminations au recrutement, notre directeur général a souhaité aller plus loin et demandé ce que nous pourrions faire concrètement pour les éviter. Nous avons donc monté un groupe de travail sur comment faire pour que l’offre d’emploi rencontre une offre de compétences. Cela nous a conduit à imaginer comment démocratiser l’offre d’emploi, la rendre transparente au plus grand nombre.

Qu’avez-vous identifié qui pourrait provoquer une autocensure de candidats dans l’offre d’emploi ?
Le profil formel fondé sur des critères factuels crée une auto-censure de certains candidats induisant par là-même un certain clonage des profils qui postulent. Nous souhaitions éliminer ce biais et permettre à l’entreprise de recruter sur ce qui rend apte à la réussite dans un poste. Cela supposait de cibler les compétences que l’individu peut mettre en oeuvre, développer et acquérir, et donc lui permettre de les exprimer au travers d’un questionnaire dédié par poste et non plus via un CV.

Vous avez d’abord testé ce dispositif sur un de vos propres recrutement ?
Nous avons en effet ciblé un de nos postes, chargé d’études, et établi un questionnaire qui permettrait de faire ressortir les compétences nécessaires à sa bonne tenue. Le questionnaire comportant une trentaine de questions a été élaboré avec un dépositaire actuel du poste, un manager et un RH. Nous avons publié une offre classique avec envoi de CV, et une autre pour laquelle les candidats répondaient au questionnaire du profil de compétences. Nous avons reçu six fois plus de candidatures que d’habitude et les profils étaient beaucoup plus variés. Nous avons aussi constaté que le manager a mené le processus de recrutement plus rapidement et efficacement, puisqu’il connaissait déjà les compétences qu’il ciblait et beaucoup sur les candidats grâce à leurs réponses. Les candidats savaient eux aussi déjà ce qui était important pour le recruteur et avaient testé leur motivation en répondant au questionnaire.

Comment avez-vous élargi le processus à vos clients entreprises ?
Nous avons débuté avec un important client, Auchan, qui peinait à recruter des chefs de rayon. Nous avons travaillé ensemble à l’établissement du questionnaire. 3 400 personnes ont postulé contre 120 habituellement ! Une expression plus ouverte a donné envie à des candidats de tenter leur chance sur des compétences dans lesquelles ils se reconnaissaient. A l’inverse certains ont réalisé qu’ils n’étaient pas faits pour ce métier, ce qu’ils pensaient initialement. Le questionnaire place l’entreprise comme le candidat face à la réalité du poste. Le succès est au rendez-vous avec déjà 18 entreprises auxquelles nous proposons une prestation sur-mesure.

Le recrutement sans CV donne lieu à d’autres innovations ?
Nous avons souhaité en faire un outil pour maximiser la visibilité sur le net. Nous avons ainsi proposé à un client de mettre une bannière sur notre page home (4 M de visites par mois), faisant une belle promesse : « Vous êtes bien plus qu’un CV ». En cliquant dessus le candidat était orienté vers le questionnaire. Nous proposons aussi une prestation de marketing direct des questionnaires auprès de cadres inscrits à l’Apec.

 

A. D-F