Quand on parle de technologie dans les écoles de commerce, on pense souvent à de complexes simulations ou aux dernières modes de Réalité Augmentée ou Réalité Virtuelle. Pourtant, il y a plus d’un siècle, Harvard Business School inventait une façon de mettre l’étudiant dans la peau d’un décideur avec uniquement du texte couché sur le papier : les études de cas étaient nées. Marcos Lima, auteur de cette tribune est responsable de la filière Marketing and Digital Sales à l’EMLV (École de Management Léonard de Vinci)…

 

C’est quoi, un cas ?

La méthode de cas est une approche d’apprentissage active basée sur des analyses rationnelles de situations de terrain. Elle permet aux intéressés d’analyser et de débattre de situations en utilisant des informations disponibles dans le texte. Dans leur livre « Art and craft of case writing » William et Margareth Naumes expliquent ainsi que :

Les études de cas fournissent un moyen par lequel les lecteurs peuvent apprendre à travers le débat de réelles situations et circonstances, en suivant les actions et en analysant leurs réflexions et les processus de décision, en les confrontant aux problèmes authentiques, avec de vrais outils… Avec les cas, la compréhension sur la façon d’évaluer une situation pour prendre une décision est souvent aussi importante pour l’apprentissage de l’étudiant que le débat avec ses collègues. Avec l’analyse des cas, nos étudiants peuvent développer leur compréhension du concept, de son utilité pour demain, l’extrapoler aux situations qu’ils rencontreront dans le futur.

Derrière le terme « cas » on peut retrouver deux types majeurs : la méthode de cas type Harvard (plusieurs pages, très complexe et détaillé) ou les mini-cas (un cas court et spécifique, souvent basé sur des extraits de cas complets ou des reportages parus dans la presse spécialisée). Les cas de type Harvard favorisent la discussion en profondeur d’une situation managériale. Les mini-cas eux sont moins complexes et offrent moins de réalisme et de complexité. Ils sont en revanche plus rapides à mettre en œuvre et peuvent être plus efficaces pour illustrer certains points clés.

 

 

À quoi ça sert ?

Les cas sont connus pour stimuler le comportement managérial dans le monde réel ; les étudiants sont encouragés à chercher des alternatives de scenarii, en développant leur autonomie, en favorisant un raisonnement et une attitude résolument collectifs. La méthode encourage les enseignants à se retirer de leur pupitre, en abandonnant le rôle de « puits de connaissances », pour assumer un rôle, plus pertinent, de provocateur, lanceur d’idées, animateur d’intelligence collective. Parmi les autres bénéfices pédagogiques des cas, les experts citent les compétences suivantes :

  • Convertir la connaissance en décisions et plans d’action.
  • Acquérir un sens d’auto-détermination de l’apprentissage.
  • Tester différentes situations avec le même contexte ou, inversement, le même contexte dans différentes situations.
  • Développer l’habitude d’une lecture approfondie sur une situation ou une problématique.
  • Adopter une approche d’apprentissage plus dynamique, plus interactive.
  • Challenger les hypothèses de ses collègues étudiants.
  • Développer une communication intergroupe efficace et le savoir-faire pour assurer une bonne présentation de ses idées en public.
  • Réduire le fossé entre théorie et pratique.
  • Utiliser des données qualitatives et quantitatives pour crédibiliser les scénarios.
  • S’exercer à la prise de décision collective.
  • Développer la confiance envers autrui et la notion de responsabilité.
  • Travailler son écoute.
  • Maîtriser des hypothèses et des déductions pour améliorer l’analyse.
  • Se construire une caisse à outils intégrative de stratégie.

 

À l’EMLV (École de Management Léonard de Vinci), nous créons souvent des études de cas à partir des expériences des nos propres étudiants entrepreneurs. C’est ainsi que nous avons publié, dans l’ouvrage « Réussir mes Études de Cas » (chez DUNOD), les cas « Léo et Violette » sur une campagne de crowdfunding pour innover dans la maroquinerie de luxe et « Monsieur Moustache », sur le lancement des chaussures citadines avec une forte stratégie de branding très originale. Des cas sur la réussite des anciens élèves de l’EMLV incitent nos nouveaux étudiants à se mettre dans leur peau et les inspirent afin d’innover eux-mêmes dans leurs décisions managériales.

Selon Abraham Maslow, un des plus grands théoriciens du management, « si tout ce que vous avez dans la tête est un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou ». Les études de cas fournissent un univers virtuel pour tester différents outils et méthodes de décision et faire des erreurs de jugement sans pour autant faire couler une entreprise. C’est de la réalité virtuelle sans ordinateur.

 

Paru aussi dans GEM 78…

L’utilisation de la méthode des cas dans l’enseignement de la gestion : Retour d’expérience de l’ESSEC