La parité Hommes/Femmes, enjeu majeur dans les Grandes Ecoles et dans les Grandes Entreprises

 

 

Nicole NOTAT

Nicole NOTAT

Dans nos évaluations, nous constatons qu’en regardant 15 ans en arrière, le mouvement va plutôt dans le bon sens. Si l’encadrement législatif apparaît suffisant, se pose la question de la culture, des convictions et des engagements qui devraient guider les responsables politiques et les dirigeants, tous ceux qui sont en situation de passer du droit dans la loi à la réalité dans les faits. »

 

« On trouve plus de femmes dirigeantes dans les petites entreprises que dans les grandes. »
Si l’on constate que le nombre de femmes dans l’encadrement et les postes à responsabilités augmente, il y a encore énormément de chemin à parcourir. Dans le CAC 40, il n’y en avait qu’une, Anne Lauvergeon ! Nombre de conseils d’administration et de comités exécutifs d’entreprise ne comptent toujours aucune femme. Pour que les choses avancent, la volonté est essentielle. C’est un cercle vicieux car ces dirigeants sont recrutés dans des filières largement masculines et s’il n’y a pas la volonté de se démarquer de ces filières traditionnelles de recrutement, cela entraîne la reproduction en termes de genre et d’itinéraire de formation.

 

Le pourcentage
de femmes dans
les syndicats est
de 42,6 % environ.

Ouverture et fermeture !
Le pourcentage de femmes ouvriers et employés au travail en France est important au regard d’autres pays européens. Certaines professions sont particulièrement féminisées comme l’enseignement primaire et secondaire. Si les directions de communication et RH onttendance à se féminiser, il ne faut pas que certaines portes s’ouvrent automatiquement aux femmes tandis que d’autres restent totalement fermées. Par exemple, dans les entreprises, la direction financière est très largement occupée par des hommes.

 

Pourquoi pas la prison ?
Je pense que si l’arsenal législatif est relativement complet, le vrai sujet repose sur son application. Si, malgré les lois, on ressent des freins dans leur application, se pose alors la question des sanctions. En cas de non respect des règles sur la parité, la sanction financière est un bâton qui peut mettre des gens en  prendre le coup de bâton sans rien changer. Dans ce cas, la sanction pénale est un autre levier que l’on peut faire fonctionner dans le cadre des discriminations. En effet, avec la HALDE, l’attention et la vigilance augmentent, ce qui fait réfléchir les chefs d’entreprises quicraignent pour leur réputation. Les tabous tombent et les femmes osent dire qu’elles sont victimes de discrimination du fait qu’elles sont femmes ou qu’elles attendent un enfant. Les médias qui mettent en lumière ces situations, jouent un rôle positif.

 

Les syndicats ne traînent-ils pas les pieds en matière de parité ?
Si les syndicats ont des moyens d’agir, ils sont diversement sensibilisés à la question de la parité hommes/femmes. Certains ont pris ces sujets en compte, notamment la CGT et la CFDT dans la composition de leurs structures et de leurs instances. Cependant, étant la seule femme à avoir dirigé un syndicat, je représente l’exception plutôt que la règle !

 

A l’attention des Grandes écoles !
Ces dernières années, davantage de filles ont intégré les écoles d’ingénieurs et de commerce. Le mouvement est incontestable mais loin d’atteindre la parité. Les grandes écoles devraient élargir leur recrutement afin de présenter sur le marché du travail un personnel mixte car le grand alibi des entreprises est de prétendre qu’elles ne trouvent pas suffisamment de femmes sur le marché du travail.

 

« La parité n’est jamais un acquis définitif. »
Il s’agit d’une action de longue haleine qui demande vigilance, persévérance car même l’accès à la féminisation de certains emplois n’engendre pas une reproduction naturelle. Dans notre culture, les représentations de l’homme et la femme constituent des freins aussi bien que les systèmes de reproduction à travers les filières qui conduisent au haut niveau, créant ainsi des stéréotypes. Ainsi, dans les processus de recrutement, un homme recruteur a tendance à chercher des personnes qui lui ressemblent. Les directions RH devraient mettre en place des dispositifs dans lesquels l’action garantissant la non discrimination soit présente de telle manière que le processus de recrutement le garantisse.

 

Politiquement insuffisant !
« Pour le Parlement et malgré les lois sur la parité, la France ne compte que 19 % de femmes à l’Assemblée Nationale alors que la moyenne de l’UE est à 25 % ».

 

Encore plus loin

La parité absolue n’est-elle pas un leurre de l’égalitarisme ?
La parité mathématique n’est pas mon rêve ; l’enjeu consiste à procurer une ouverture égale aux hommes et aux femmes à tous les métiers et à tous les postes de responsabilité.

 

Féministe ?
Le féminisme étant l’acte qui consiste à porter la cause des femmes, a permis de faire évoluer cette question et continue à faire pression dans notre société.

 

Expérience personnelle ?
« Passer 20 ans à la direction de la CFDT ne constitue pas un métier mais un engagement ! » En 1981, les hommes placés à la tête de la CFDT avaient fait de la question de la mixité un véritable objectif politique et stratégique. J’ai évolué dans un monde d’hommes et il est évident qu’une femme dans ce milieu est particulièrement observée pour savoir si elle est à la hauteur de la fonction. Dans cette situation, les femmes sont obligées de plus travailler, d’être exemplaires et de faire constamment la démonstration de leur efficacité. Une fois la reconnaissance acquise, le courant s’inverse et les hommes se disent fiers d’avoir à leur tête une femme compétente. Par contre, en 1995, j’ai vécu aussi des moments de tension et en tant que femme, j’ai été victime de propos grossiers, sexistes.

 

A l’adresse des filles des grandes écoles
Aux filles, je dirai de faire attention, d’être vigilantes pour qu’elles aient effectivement à la sortie de l’école les mêmes chances et les mêmes conditions d’accès à l’emploi.

 

Le Siècle
Depuis le 1er janvier 2011, Nicole Notat préside ce Club de réflexion qui compte 500 membres cooptés et 200 invités. Chaque mois, les membres les plus influents de la classe dirigeante française (dirigeants, universitaires, journalistes) se réunissent à l’Automobile Club de France, place de la Concorde. VIGEO « Cette agence de mesure de la responsabilité sociale, environnementale et sociétale des entreprises, a pour but d’identifier les conditions dans lesquelles ces entreprises prennent en compte les objectifs sociétaux et de gouvernance dans leur stratégie et dans leurs opérations ». Nicole Notat, P-DG de Vigeo Son activité est orientée en direction d’investisseurs et de gérants d’actifs intéressés à connaître la performance des entreprises et la maîtrise des risques associées à ces facteurs pour compléter leurs analyses financières classiques. Une deuxième branche travaille en direction des entreprises, des organisations et des collectivités qui souhaitent pratiquer des diagnostics et engager des démarches de progrès.

 

Patrick Simon