« Saurons-nous faire évoluer nos organisations et nos managers vers plus d’ouverture, d’agilité, d’attention et de coopération ? » s’interroge Philippe Détrie, fondateur de la Maison du Management dans « Manager au XXIe siècle » paru en janvier 2015. Il nous éclaire sur les qualités humaines et professionnelles utiles pour diriger.

 

1. Les fondamentales. L’ouverture et l’agilité sont des qualités intemporelles du dirigeant. « Elles s’associent avec celles du discernement, de la rigueur, de l’intégrité, de l’exemplarité, du courage et la capacité à entraîner. »
2. Les contemporaines à contre-courant. « La patience pour contrebalancer l’exigence toujours plus forte de réactivité. La modération alors que l’on parle volontiers d’audace, d’aller de l’avant, de prendre le pouvoir. Je suis également peu persuadé que l’humilité soit si utile. Cela ne correspond pas à ce que l’on attend d’un dirigeant. En interne un leader ne sera jamais humble, il occupe l’espace. A l’extérieur, il doit capter l’attention, intéresser. »
3. Les nouvelles qualités. « L’ouverture à soi, aux autres. Il faut savoir écouter gérer et maîtriser les émotions ; inclure cette dimension dans le management. C’est un ingrédient d’un management participatif et collaboratif. L’agilité et l‘aisance sont nécessaires pour s’adapter à l’accélération, à l’accès à l’information de tous. Le manager doit développer un nouvel ascendant. Le management se personnalise et se contextualise. Il demande plus d’attention. »

Frank Pacard © École polytechnique, J. Barande

Frank Pacard © École polytechnique, J. Barande

3 questions à Frank Pacard,
directeur de l’enseignement et de la recherche de l’Ecole polytechnique
Polytechnique a formé de nombreux dirigeants, y-a-t-il un secret à cette réussite ?
Pas de secret non mais plusieurs éléments qui permettent de préparer à haut niveau des jeunes gens sélectionnés parmi les meilleurs. Ils bénéficient d’enseignements de qualité, interagissent avec des professeurs et chercheurs de référence. Ces derniers les mettent au défi, les poussent à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils leur ouvrent les portes des dernières connaissances scientifiques. Ils reçoivent aussi une formation aux humanités et sciences sociales.
Quelles qualités développent les X durant leur cursus ?
Confrontés à plusieurs disciplines, ils apprennent qu’il y a différentes manières d’aborder un même problème. Ils développent ainsi une grande capacité d’adaptation. Ils travaillent avec des chercheurs en laboratoire. Ils apprennent à se remettre en question, le doute, à ne pas avoir de certitude absolue. La recherche est aussi un vecteur d’ouverture d’esprit à d’autres manières de penser. Le stage de formation humaine et militaire les place très jeunes en situation de responsabilité. Ils apprennent à manager des hommes. La formation humaine se poursuit à l’Ecole pour développer le sens du collectif. Les X se caractérisent aussi par leur sens de l’intérêt général, une valeur phare de l’Ecole.
En quoi sont-elles utiles pour diriger ?
Leur formation en mathématiques et physique leur donne une capacité d’abstraction, une structuration de la pensée. Ils savent décrypter les systèmes complexes. Cette forme de pensée est très utile dans le monde contemporain. Ils ont aussi développé des qualités propres aux dirigeants comme la responsabilité et la capacité de travail.

 

Christian Streiff, ancien dirigeant de PSA, a livré un témoignage sur son AVC lors du forum « Osons la France » de décembre 2014.
« La vie est belle ! »
« J’ai fait partie de ces gens qui sont incapables de savoir ce que signifie un AVC. Le mien est survenu au bureau. Mon chauffeur et mon assistante m’ont sauvé. En tant que patron, je dormais 4/5 heures par nuit. Après l’AVC, je dormais 15 heures d’affilée ! Je restais convaincu d’être en possession de tous mes moyens alors que je souffrais d’aphasie amnésique. J’ai d’abord repris la tête de PSA avant de quitter mon poste, en accord avec le board. C’était la bonne décision. Il m’a fallu 3 ans pour réapprendre à lire, écrire, compter. Le plus difficile est de retrouver la mémoire. Je me suis retrouvé seul, c’est étrange pour un patron toujours au contact de tant de personnes. J’ai reçu des soutiens et attentions qui sont des cadeaux merveilleux. J’ai redécouvert ma famille et ce que c’est que de prendre le temps. Comme patron je n’avais que le travail en tête. Depuis, j’ai gagné 5 à 10 fois en capacité d’écoute ! Je suis simplement heureux de vivre. »
Christian Streiff vient de publier, « J’étais un homme pressé » au Cherche midi.

 

A. D-F