Ils sont venus attirés par la langue, par la diversité des programmes, par le climat méditerranéen… Mais surtout, pour vérifier par eux-mêmes le célèbre mythe de l’art de vivre à l’espagnole. Résultat ? Quelques mois plus tard, ils sont bien peu à vouloir repartir : Français, Italiens, Allemands, Anglo-Saxons ou Latino-Américains, ils sont 35 000 étudiants à avoir choisi l’Espagne, destination la plus prisée parmi les Erasmus. Reporter à Madrid pour Grandes Écoles et universités MAGAZINE, j’ai moi-même testé pour vous, chers étudiants, l’attrait inégalable de cette capitale espagnole…

Mercredi, 10h du soir : Madrid s’éveille…
Les rues s’animent, les bars se remplissent, les serveurs se faufilent entre les groupes bruyants, portant à bout de bras bières, tinto de verano et plateaux de tapas. Six heures plus tard, on se promène encore dans les rues bondées comme en plein jour; les premiers à sortir de discothèques sont bien vite remplacés par d’autres éternels insomniaques. « Ce qui est fou, ici, c’est que ça ne s’arrête jamais », commente Amine, grand sourire. Pour cause, le faible coût de la vie permet en effet aux étudiants Erasmus de profiter amplement de la vie nocturne madrilène : « Je sors quasiment tous les soirs, mais je ne pourrais pas avoir le même train de vie à Paris ! », nous confirme d’ailleurs notre étudiant français… Cependant, il serait erroné de croire que l’intérêt de la capitale espagnole tient uniquement à ses soirées festives : c’est aussi en plein jour que l’on s’imprègne de cette atmosphère particulière, où se mêlent à la fois énergie, convivialité, douceur de vivre et valeur de l’instant présent. « Ce qui m’a frappé en arrivant ici, c’est l’attitude beaucoup plus ouverte des gens pour engager la conversation, commente Nicolas, étudiant à Madrid depuis début janvier. Tout paraît aussi beaucoup plus simple, que ce soit pour organiser un rendez-vous, trouver un logement, lancer des démarches administratives… On a le sentiment que tout est pris à la légère, que rien n’est un souci. » Rien de tel que le bain de foule du marché du Rastro, véritable rendez-vous des madrilènes, pour s’immerger soi-même dans cette ambiance désordonnée, bruyante et chaleureuse. Dans ce gigantesque marché aux puces, toutes les générations et nationalités se retrouvent tous les dimanche matin, à la recherche de la dernière braderie ou tout simplement venues pour le plaisir des yeux. Climat aidant, la configuration de la ville, très ouverte sur l’extérieur, incite en effet à passer beaucoup de temps dehors, même en plein hiver… Un peu plus tard, en fin d’après-midi, on peut voir les familles, les groupes d’amis, les lecteurs solitaires, venus profiter des derniers rayons du soleil au Parc del Este, offrant une vue imprenable sur le Palais Real et ses environs. Le jour se couche ; espagnols et étudiants Erasmus rentrent tranquillement chez eux : ces-derniers savent qu’ils doivent reprendre des forces pour les prochains soirs de la semaine !

 

Pour Nicolas, l’échange Erasmus présente un double intérêt : « Cela te permet d’apprécier
à la fois le pays, mais aussi ton pays d’origine, explique-t-il. Partir à l’étranger m’a permis de faire le point, de prendre mon indépendance, et aussi de réaliser la valeur
de certaines choses en France… »

Le joyeux désordre de l’auberge espagnole
Le mythe créé par le film de Cédric Klapisch n’a rien d’imaginaire : à Madrid, les collocations de quatre, six, voire dix étudiants se trouvent en effet à la pelle. Offrant un joyeux mélange de toutes les nationalités, on y retrouve Italiens, Français, Latino- Américains… Les étudiants espagnols répondent aussi à l’appel, souvent à la recherche du loyer le plus économique en ces temps de crise. « A Madrid, je me sens moi-même un peu Erasmus, confie Fran, étudiant en journalisme originaire d’Alicante. C’est une ville qui attire tant d’étudiants des quatre coins de l’Espagne qu’on finit par avoir un peu le même état d’esprit que les étudiants étrangers. Tout le monde est très ouvert, je suis moi-même le seul espagnol dans une colocation de six… » Pour Nicolas et Amine, cette mixité culturelle est bien l’une des expériences les plus enrichissantes de leur échange à Madrid. « L’univers international te permet de découvrir des traits de personnalité des différentes cultures, de t’habituer à des comportements différents, explique Nicolas. Tu vas aussi beaucoup plus facilement vers les autres, car tu ne connais quasiment personne en arrivant… » Pour Omar, étudiant américain d’origine mexicaine, partir vivre un an en Europe était tout un rêve : « J’ai pu visiter la France, l’Italie, Londres, le Portugal… Mais à chaque fois que je revenais à Madrid, je me disais que c’était vraiment le meilleur endroit en Europe pour être étudiant ! » Quant au moment du retour, chacun l’appréhende avec plus ou moins d’anxiété : « Je préfère ma vie ici à celle de Paris : je travaille beaucoup moins ! confie Amine en riant. Je redoute un peu mon retour en France, car je devrai rattraper tous le retard que je prends en ce moment… »

 

Et la crise ?
Car l’Espagne, ne l’oublions pas, souffre encore davantage du marasme économique et du chômage, notamment chez les jeunes. Un fléau que l’on ne remarque parfois pas immédiatement : « A première vue, quand tu sors le soir, tu ne t’en rends pas compte, raconte Amine. Tout le monde fait la fête, tout le monde consomme… Mais quand tu discutes un peu plus, on finit toujours par te parler de la crise. Par exemple, ma colocataire est largement sous-payée, et quand un autre de mes amis a finalement trouvé un travail, il était fou de joie : leur but, ce n’est pas de trouver un travail qu’ils aiment, c’est simplement d’en trouver un. Et là, on sent qu’il y a la crise… » Il est pourtant vrai que le moral des espagnols semble moins érodé par la récession que dans d’autres pays d’Europe. « La culture espagnole, tournée vers le divertissement, donne la sensation que ça les aide à mieux surmonter la crise, estime Nicolas : de toutes leurs activités, on a le sentiment que c’est dans la fête qu’ils réduisent le moins. » Les étudiants Erasmus, eux aussi, semblent peu touchés par la crise de ce côté-là. Toutes les nuits, leur participation active à la vie nocturne madrilène fait aussi vivre à sa manière l’économie locale. Peu d’entre eux se verraient cependant rester travailler en Espagne : « Madrid est plus une ville de loisirs, confie Omar. Ici, il serait difficile de se concentrer et de faire face aux responsabilités de son travail… » La nuit touche à sa fin, les étudiants rentrent chez eux… Et quand enfin Madrid s’endort, la Chine, à l’autre bout du monde, s’éveille.

 

Texte et photos : Alizée Gau-Tchekov