Dis-moi quelle équipe tu supportes, je te dirai ce que tu manges ? Voilà l’idée. Une récente enquête de l’INSEAD a démontré l’impact des résultats sportifs sur notre alimentation. En un mot, un supporter déçu sera enclin à accroître  sa consommation de calories et de graisses saturées. Un dénouement riche en lipides qui n’est pas irrémédiable : les experts en marketing de l’INSEAD ont mis le doigt sur une solution.

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Assis devant votre télé, une tension à son comble, vous gardez les yeux rivés sur ce score défavorable à votre équipe. Coup de sifflet final. Le retournement de situation ne s’est pas produit et la défaite a un goût amer. Selon Pierre Chandon et Yann Cornil, professeur de marketing et doctorant à l’INSEAD, ce scénario a toutes les chances de se solder en pizzas, burgers, barres chocolatées et  autres gourmandises qui font d’avantage de bien au moral qu’à la balance. Si des études avaient déjà analysé les résultats du sport sur la conduite, les accidents cardiaques et les violences domestiques, les conclusions de ce volet statistique de l’été 2013 sont un pas dans le marketing alimentaire.

 

Perdre au score, gagner en poids
Le résultat est surprenant : au lendemain d’un match important, les supporters de l’équipe tenue en échec absorbent 10 % de  calories supplémentaires par rapport à leur consommation  ordinaire. Le surplus de graisses saturées atteint les 16 %. A l’inverse, la consommation des supporteurs de l’équipe victorieuse compte 5 % de calories en moins et se veut 9 % moins grasse. Compensons-nous dans l’assiette un plaisir inassouvi ? C’est  la théorie des deux chercheurs. Une défaite sportive fait l’objet  d’un report émotionnel individuel et provoque une forme de crise identitaire. Le trouble est d’autant plus fort si la défaite est serrée ou contre une équipe de même niveau. Mécaniquement, le  malheureux supporter noie son chagrin et ses incertitudes  dans des aliments plaisirs, à haute teneur en graisse ou en sucre. Au contraire, la victoire contribue à gonfler l’égo et la confiance en soi, deux aides précieuses quand il s’agit de dominer la tentation alimentaire.

 

Des tendances similaires de part et d’autre de l’Atlantique
L’étude a d’abord été menée en rapprochant les consommations alimentaires d’Américains et les résultats de deux saisons de matchs de la National Football League (NFL). Certains sujets provenaient de villes qui ne possédaient pas d’équipe à la NFL et ont pu, en conséquence, servir d’échantillons témoins. Par souci d’élargissement de leurs conclusions, Pierre Chandon et Yann Cornil se sont aussi penchés sur le cas de la France. Certains de nos compatriotes  ont visionné des vidéos de victoire ou de défaite des Bleus ; d’autres ont dû évoquer le souvenir d’un match triomphant ou humiliant.  Ultérieurement, les individus ayant été mis face à une défaite ont opté pour une nourriture grasse et sucrée, à l’inverse des témoins  d’une victoire qui consommaient plus volontairement des aliments sains.

 

Défaite salée sans fatalité
Impossible de se maintenir sur la balance si l’on descend d’une division ? Que les plus malencontreux supporters se rassurent, la consommation abusive de pizzas et de chocolat n’est pas  systématique. Dans la douloureuse optique d’une défaite, Pierre Chandon recommande de songer à des éléments positifs tels  que la famille, les amis, les valeurs… une méthode appelée « self- affirmation » qui gommerait presque tous les effets négatifs d’un mauvais score. Souhaitons tout de même que notre XV tricolore nous offre une Coupe du Monde 2015 haute en couleurs, pour un combat qui se jouera autant sur le plan sportif qu’alimentaire.  Retrouvez l’intégralité de l’étude sur le site de la revue scientifique Psychological Science.

 

Manon Dubois