La ville minière de Potosi

Le hasard du voyage vous permet parfois de découvrir des lieux et forteresses oubliés par l’Histoire et qui pourtant à leur époque dominaient notre monde. C’est ici le cas de la Bolivie et de sa ville minière Potosi, dont les caves remplies d’argent auraient pu acheter n’importe quel pays européen au 17ème siècle. Et oui, la Bolivie au-delà d’avoir été un haut-lieu de la civilisation Incas a également hébergé pendant de longues années la ville la plus riche et prospère du monde, qui l’eut cru ? Mais le défaut de la prospérité est qu’elle est éphémère et capricieuse, et surtout qu’elle laisse derrière elle une nostalgie enivrante. C’est en tout cas l’impression que nous a laissé la ville de Potosi.

Cette ville, suspendue à plus de 4,000 mètres au-dessus des mers, est dominée par une montagne, le cerro rico, autrefois gorgée de richesses et qui demeure encore aujourd’hui la seule activité tangible de la région. Nous avons bien dit « autrefois » : l’argent y a pour ainsi dire disparu et seuls quelques métaux en voie de disparition demeurent. Ce sont pourtant plus de 15 000 mineurs qui viennent chaque jour occuper pendant des heures (et parfois des jours) les labyrinthes qu’abrite cette montagne sur plus de 14 niveaux.

Les conditions de travail ont-elles changé depuis le Germinal de Zola ? Pas vraiment ou tout du moins, pas à Potosi. Les hommes rampent et creusent au sein du cerro rico, avançant à coups de pioche et de dynamite. Ce sont ici plusieurs générations d’individus qui se sont succédées dans cette montagne, s’enfonçant de plus en plus profondément au risque de voir un jour celle-ci s’effondrer. C’est dans cette ambiance et ces circonstances que nous avons rencontré Victor Castro Lopez, ancien mineur aujourd’hui entrepreneur de cette folie douce.

 

Du statut de mineur au statut d’entrepreneur

Victor Castro Lopez était ce qu’on peut dire « destiné » à travailler dans les mines comme beaucoup d’habitants de Potosi : son père, ainsi que le père de son père étant mineurs, c’est tout logiquement qu’il suivit cette voie sans néanmoins de grandes convictions. Il faut dire que les accidents ne sont pas rares chez les mineurs et ce travail peut s’avérer mortel. Enfant, Victor s’était déjà posé la bonne question en constatant que pour devenir mineur, il fallait du matériel et que ce matériel, il fallait bien leur fournir ! C’est donc après deux années passées dans les mines avec ses aînés que Victor prit alors la décision de passer de l’autre côté de la barrière. 15 000 mineurs, c’est une sacrée communauté de travailleurs à équiper.

Il n’était cependant pas question pour Victor de vendre des pelles et des pioches, il souhaitait s’attaquer au « gratin » des mineurs en vendant du matériel de pointe : perceuses, scies électriques, karsher. Il estima alors à 100 000 dollars le capital nécessaire afin de commencer cette entreprise et acheter les premiers produits, une somme faramineuse surtout en Bolivie et encore plus pour un fils de mineur. Bien sûr, personne autour de Victor ne pouvait l’aider à ce point et il ne lui restait alors plus qu’une possibilité : convaincre une institution bancaire.

L’atout de Victor était de savoir de quoi il parlait : ayant été lui-même mineur, il connaissait exactement les besoins et problèmes actuels de ses anciens partenaires. Ayant toujours été prudent financièrement, il sut gagner peu à peu la confiance de sa banque qui un beau jour, lui octroya l’argent nécessaire à son entreprise. Soutenu moralement par sa femme, Victor Castro Lopez ouvrit ainsi il y a 5 ans une petite boutique sur rue, une véritable caserne d’alibabas pour mineurs où s’entassent les dernières machines Bosch, Gladiator ou Skil qui sont aujourd’hui pour lui des fournisseurs fidèles.

 

Des études juridiques pour s’assurer un avenir stable

Conscient que les richesses de la montagne ne sont pas éternelles et que celles-ci se tarissent de plus en plus vite, Victor ne compte pas s’arrêter là. Cette entreprise était pour lui avant tout un moyen de sortir des mines et de s’assurer un bon niveau de vie sans avoir à la mettre en jeu tous les jours. Plus encore, cette boutique lui permettait de poursuivre un rêve de jeunesse et d’entamer des études de droit. Et oui, en parallèle de son magasin, Victor suit des études afin de devenir avocat. Mais n’imaginez pas qu’il souhaite à travers ces études juridiques quitter son statut d’entrepreneur, bien au contraire ! En entrant dans le cercle des dirigeants d’entreprise de la ville de Potosi, cet ancien mineur a en effet constaté qu’il lui fallait avoir des connaissances juridiques s’il souhaitait se développer davantage. Après avoir rencontré les notables de la ville qui font aujourd’hui partis de son réseau, Victor a imaginé un avenir différent pour lui et son entreprise. Il prépare ainsi dès maintenant sa reconversion pour faire face au jour où les derniers trésors du cerro ne permettront plus aux mineurs de s’acheter des équipements onéreux. Son futur ne sera donc pas dans ce corps de travail mais dans le bâtiment et la construction, bien plus stable et sécuritaire à son goût mais qui nécessite une connaissance parfaite des lois en vigueur. Un enfant des mines devenu un entrepreneur averti !

 

Son plus gros challenge : débloquer auprès de sa banque les 100 000 dollars nécessaires à son projet

Ses conseils pour de futurs entrepreneurs :

• « Respeto y humilidad » : rester humble et respectueux auprès de ses proches, ses clients et ses concurrents

• « tener imaginacion » : voir toujours plus loin que les autres

• « tomar riesgos » : il faut savoir se lancer quitte à prendre des engagements risqués, comme avec des institutions bancaires