Les berges du lac Naivasha

A deux heures de Matatu (qui n’est pas une ville mais le minibus local) de Nairobi, nous arrivons sur la place centrale de la ville de Naivasha où s’entassent Matatus, taxis, Boda Boda et vendeurs ambulants en quête de quelques clients. De là, nous nous dirigeons vers les berges du lac Navaisha où un campement nous attend. Le trajet est alors anodin ! Sur les rebords de la route, des centres barricadés issus de la culture hollandaise, où se cultivent des fleurs et surtout des roses destinées aux marchés occidentaux. Mais ce qui est surprenant, c’est qu’entre ces centres se menant sûrement une guerre secrète, se trouvent des petits villages faits de tôles et de bois où les ânes, les volailles et les hommes cohabitent. Curieux nous nous arrêtons pour déjeuner dans un de ces villages. Dans la seule cantine du lieu (où votre plat vous coûte un prix dérisoire), nous déjeunons au milieu des locaux regardant le football. Notre voisin de table est alors Ben Denaka, marchand ambulant qui, par le plus grand des hasards, tient boutique au campement où nous nous rendons.

 

Un trajet de 8 heures par jour

Assis tous les trois sur des souches d’arbre, Ben nous raconte son histoire dans l’intimité du camp. Cet homme de 35 ans travaillait auparavant à la ville pour quelques shillings (150 KES par jour, comprenez 1,20€) afin de pouvoir subvenir à ses besoins, à ceux de sa femme et de ses enfants. Afin d’économiser son maigre salaire, Ben se refusait de prendre les transports et partait ainsi tous les jours à pied jusqu’à la ville. Un trajet d’à peu près 8 heures aller et retour quotidien dans un pays où le climat ne connait que des extrêmes. Une existence difficile pour Ben et sa famille, où les bénéfices n’étaient pas à la hauteur des sacrifices. Il y a de cela trois ans, il décide donc de quitter son travail (sans aucune indemnité bien entendu) et de suivre l’exemple de son oncle : un « business man » de son village possédant maintenant plusieurs boutiques sur rue.

« Make a living »

Un seul objectif pour Ben : subvenir à ses besoins, ni plus, ni moins ! Afin d’atteindre cet objectif et encouragé par sa femme, il entend profiter des touristes venus observer la faune et la flore kenyanne dans les parcs entourant le lac Naivasha. Comme beaucoup de ses semblables, il décide se lancer dans la vente de produits issus de l’artisanat local tels que des bracelets, armes massai, peintures et sculptures dont certaines sont ses propres œuvres. Poussé par sa femme qui le soutient dans cette voie, Ben fait le tour des camps entourant le lac afin de trouver une place où tenir boutique et c’est au Fisherman Camp que celui-ci trouvera son lieu de travail. Du lundi au dimanche, de 8h à 18h, Ben tient son « Curio Shop » à l’entrée du camp entre plusieurs marchands tels que lui et vend ses produits aux touristes avides de petites babioles africaines.

Un avenir prometteur

Malgré ses difficultés à vendre ses produits face à la compétition au coude à coude et à une clientèle irrégulière, Ben reste optimiste quant à l’avenir ! Et pour cause, dorénavant celui-ci ainsi que sa famille vivent enfin convenablement dans le village voisin. Il vient au travail en transport et a su construire son réseau de fournisseurs. Ben entrevoit même (un jour, pas tout de suite) d’acheter une voiture afin de pouvoir faire le tour des sculpteurs aux alentours pour y chercher des pièces rares. Ainsi cet homme qui jadis se refusait tout transport, faisait ses huit heures de marche par jour afin de gagner à peine de quoi subvenir à ses besoins est aujourd’hui un entrepreneur qui songe à investir dans sa propre voiture afin de pérenniser son affaire. Comme quoi, l’entrepreneuriat a du bon !