Chaque année la MIT Review récompense des inventeurs de moins de 35 ans du monde entier. La 3e édition française des prix Innovators Under 35 France a distingué  10 lauréats en avril, et dotés d’eux d’entre eux de prix spéciaux. Nous les avons rencontrés et ils nous ont bluffés. Attention, inspiration garantie !

 

Nicolas Huchet © Thomas Mortier Sept 2014 Main Inmoov CC by SA

Nicolas Huchet © Thomas Mortier Sept 2014 Main Inmoov CC by SA

Nicolas Huchet, l’homme qui rêve de réparer les hommes

Nicolas Huchet, 31 ans, a été distingué pour sa prothèse bionique BionicoHand en technologies Open Source. Il a créé et préside l’association My Human Kit.

Nicolas n’est pas issu du monde de la technologie, recevoir le prix de la MIT Review ne signifie pas grand-chose au départ pour lui. « Je ne l’ai pas vécu comme un accomplissement car ça a été inattendu. Je n’étais pas très à l’aise, ce n’est pas mon milieu. C’est plus tard, dans la réaction des gens, que j’ai compris l’importance de ce prix. Il est en effet un levier puissant pour mener à bien mes projets et accéder à un réseau incroyable. »

Un projet collaboratif au service du plus grand nombre
Le projet de Nicolas avait été médiatisé dès fin 2013. Depuis 3 ans les choses vont très vite pour celui qui n’aime pas qu’on le qualifie d’inventeur. « Ma seule motivation est de faire profiter au plus grand nombre de ce que j’ai découvert. » Nicolas a découvert le monde des makers et des FabLab. C’est dans la collaboration, l’Open Source et l’invention partagée qu’il a trouvé de nouvelles perspectives. Il y a même engagé une troisième vie.

Revanche sur la vie
Nicolas a perdu sa main droite dans un accident du travail alors qu’il était âgé de seulement 18 ans. « Les années suivant l’accident ont été très difficiles. J’étais en colère et frustré. » Durant 10 ans, il cumule les petits jobs et obtient un diplôme d’ingénieur du son. « J’ai aussi voyagé. Je cherchais des palliatifs, je voulais être heureux, me venger en osant ce que je n’avais jamais osé auparavant. »
En 2012, il découvre une prothèse pleine de capteurs et dont l’ensemble des doigts bouge. « Le problème c’est qu’elle coûte 40 000 € ! Je voulais évoluer et cela m’était inaccessible. »

« Je fais partie de ces gens qui voudraient que le monde aille bien ! »
Sa troisième vie commence alors qu’il pousse les portes du FabLab de Rennes lors des JPO. « J’ai tout de suite demandé comment fonctionnaient les imprimantes 3D avec l’idée d’imprimer une main. Les makers ont été sensibles à mon projet. » Il rencontre Hugues Aubin et ensemble ils impriment une main en plastique et la dotent de capteurs musculaires en Open Source pour contrôler la prothèse via une carte Arduine. Ils fabriquent une main bionique à bas coût, Bionicohand. « Des tas de personnes sont venues aider. J’aime cet esprit, car mon souhait est d’aider les autres. Je fais partie de ces gens qui voudraient que le monde aille bien ! » La prothèse bionique DIY a intégré le Musée de l’Homme à Paris pour sa réouverture en octobre 2015 !

Réparer les hommes
En 2014, Nicolas fonde l’association My Human Kit dans la lignée de Bionicohand. Sa vocation est d’utiliser la fabrication numérique pour proposer des solutions alternatives à bas coût en Open Source. « Dans 2 ans nous aurons 5 prototypes de prothèses et aides techniques testées et validées : main bionique, fauteuil roulant, gant sonar, prothèse auditive, outil de sensation musicale pour malentendants. Mon rêve est de répéter l’histoire de Bionicohand pour autant de personnes qui ont des handicaps et voudraient les réparer. »
My Human Kit a fait partie des 10 finalistes sélectionnés parmi 280 associations de la 1ere édition française du Google Impact Challenge. « Nous avons reçu 200 000 € et un accompagnement. » Nicolas s’est reconstruit, il a créé son propre emploi et a repris confiance, et ce n’est qu’un début !
http://bionico.org/

 

 

Xavier Duportet

Xavier Duportet

Xavier Duportet invente une arme de destruction massive contre les bactéries virulentes

Xavier Duportet, 27 ans, co-fondateur d’Eligo Bioscience avec David Bikard au sein de l’Institut Pasteur, met au point des antibiotiques intelligents, capables de distinguer les bactéries nuisibles à celles utiles à notre système immunologique.

Des ciseaux moléculaires destructeurs de mauvaises bactéries
Docteur en biologie synthétique, Xavier est diplômé du MIT et de l’INRIA. Il met au point une nouvelle génération d’antibiotiques, des eligobiotiques. « Ils vont tuer les bactéries selon leur code génétique en le scannant. S’ils trouvent des séquences d’un gène de virulence, ils détruisent la bactérie, agissant tels des ciseaux moléculaires. » Le chercheur cible plusieurs maladies présentant des résistances aux antibiotiques actuels comme Crohn et l’acné. « Notre idée est de faire sauter des verrous scientifiques, d’apporter des solutions là où elles n’existent pas encore. » Il prévoit des essais cliniques d’ici à deux ans et une mise sur le marché du traitement dans huit ans.

Une vocation précoce
Xavier a toujours eu envie d’exercer le métier de chercheur en génétique. Il réalise son premier stage à l’âge de 12 ans ! Il étudie la modification génétique des vers à soie et rencontre un chercheur qui l’inspirera énormément.
Il mène ses travaux de thèse avec David Bikard au sein du laboratoire Rockefeller du MIT, une thèse co-délivrée avec l’INRIA. « Nos expériences ont fonctionné et nous avons décidé de nous lancer. Inventer c’est bien, transformer ses idées en quelque chose d’utile pour changer le monde, voilà ce qui me motive ! » Les deux chercheurs ont choisi la France pour lancer leur société, où ils ont aussi été lauréats du Concours mondial de l’innovation en 2013 avec une dotation de 200 000€. Etre abrité à l’Institut Pasteur est un autre atout indéniable.

Des recherches pour sauver des vies
Xavier est très heureux d’avoir reçu le prix de la MIT Review, « mais je ne fais pas des recherches pour recevoir des prix, mais parce que j’y crois ! » Il avait déjà levé 2M€ pour sa société. Ce prix lui a donné de la visibilité auprès de nouveaux business angels. « Ce prix va nous aider pour la suite. C’est une belle reconnaissance pour nos travaux et personnelle. Le projet en est à ses débuts, on n’en est pas encore à sauver des vies ! »

Aider ceux qui veulent changer le monde
Xavier a co-fondé en 2011 le Hello Tomorrow Challenge, un concours mondial de création d’entreprises innovantes fort d’un réseau de 15 000 personnes dans 98 pays. « La compétition 2014-2015 a suscité 5 000 candidatures. C’est formidable pour un activiste de la création d’entreprise comme moi. » 3 000 personnes se sont pressées lors de la 2e édition en 2015 à Paris.
Le grand prix est doté de 100 000€ et les lauréats de chacune des 6 catégories reçoivent 15 000€. Le challenge leur offre également un mentorat et une visibilité internationale. « Notre ambition est de promouvoir ceux qui transforment la science en produits et de les aider à accélérer le mouvement. »
http://eligo-bioscience.com/
http://hello-tomorrow.org/blog/

ITW express
Votre définition de la réussite dans la recherche ?
« Juste être curieux et s’entourer de gens plus intelligents que soi ! »
Votre posture clé de chercheur ?
« Etre optimiste, car 95 % de nos travaux sont un échec. Il faut donc être convaincu qu’on trouvera. »
Votre plus grand plaisir ?
« Trouver bien sûr ! »
Un regret ?
« Avoir quitté la paillasse pour ma mission de chef d’entreprise. Mais pour l’instant c’est dans ce rôle que je suis utile alors que nous avons besoin de fonds, de tisser des partenariats pour aller jusqu’aux essais cliniques et à la mise sur le marché. »
Votre ambition ?
« Etre utile et changer le monde »

 

A.D-F