DEUX EXPERTS DÉCRYPTENT POUR NOUS LA PLACE DES COMPÉTENCES ÉMOTIONNELLES CHEZ LE DIRIGEANT DANS SES DÉCISIONS ET SON MANAGEMENT. L’IMAGE DU DIRIGEANT FROID ET CALCULATEUR EN PREND UN COUP !

 

Patrick Minod © Léa Elbaz

Patrick Minod © Léa Elbaz

 

Patrick Minod, intervenant en grandes écoles, artiste et conseil de dirigeants.

 

Vous accompagnez notamment des responsables à incarner un ‘‘ personnage de dirigeant ”, quel est l’objectif ?
Il est essentiel que le dirigeant projette une image forte. Qu’il le veuille ou non, il incarne l’entreprise et les collaborateurs placent d’importantes attentes en lui. Le leader est un exemple, il fournit un modèle dans sa manière de parler, d’écouter, de bouger. Il est un catalyseur qui donne du sens. Ce « personnage de dirigeant » valorise ce qu’est profondément le responsable, ses valeurs, sa conscience afin qu’il les place au service de l’entreprise, d’un projet qui le dépasse en tant que personne. Un dirigeant qui a trouvé et exprime son identité propre, apporte un éclairage différent, de l’émotion et de la consistance à son rôle.

 

A quoi lui sert l’émotion ?
Elle conditionne sa capacité à percevoir les autres et lui-même ainsi que l’entreprise en tant que système. Or, lorsque l’on est attentif à soi, on est en mesure de redonner du sens. L’émotion place aussi en capacité de prendre du recul. Elle permet d’être empathique, de se mettre à la place de l’autre, de l’écouter. Elle sert à s’appuyer sur l’intuition. Je compare cela à l’art de la fugue qui alterne lignes principales et contrepoints. C’est dans ces interstices que se créent les opportunités. Le dirigeant les capte par intuition. Il catalyse les choses par son écoute, intègre les dissonances, orchestre pour produire une musique et lui donner une âme.
www.patrickminod.fr
www.bruitsdecume.fr

 

 

 

Christophe Haag © Martine Leroy

Christophe Haag © Martine Leroy

Christophe Haag, enseignant-chercheur à EMLYON Business School. Il travaille sur le rôle de l’intelligence émotionnelle (IE) chez le dirigeant. Il prépare la sortie de plusieurs ouvrages, App et MOOC sur ce thème, mariant témoignages et analyses scientifiques.

 

En quoi l’IE est-elle source de performance chez le dirigeant ?
On sait scientifiquement que les personnes à fort QE sont moins stressées que les autres, avec tout le bénéfice sur leur santé morale et physique que cela implique. Or, la santé du dirigeant est un élement essentiel à sa performance et à celle de son entreprise. Lorsque la tension économique est forte, savoir gérer ses émotions, le stress pour bien appréhender les risques, sont des facteurs cruciaux dans la prise de décision.

 

Qu’est-ce que l’IE ?
L’IE, c’est être dans l’équilibre, c’est réguler ses émotions. On peut aussi parler d’intelligence adaptative. Personne ne peut refouler ses émotions en permanence et sur la durée, elles finissent par s’exprimer parfois dramatiquement (burn-out, incident cardiaque, AVC…). L’IE s’avère cruciale chez le dirigeant car il est sur-stimulé, sur-sollicité au plan émotionnel de par ses responsabilités et son exposition. Son rythme est extrêmement soutenu, il navigue dans un univers mouvant, est harcelé par une saturation de messages. Il est soumis à l’urgence et à la complexité. Il vit des événements intenses. Cette tension génère des effets qu’il doit être en mesure de gérer. Il est en outre entouré de gens dont il ne sait pas vraiment ce qu’ils pensent, il doute de leur sincérité. Cela demande un effort psychique.

 

A quoi sert concrètement l’IE pour décider ?
L’IE est un véritable scan à enjeux, elle s’appuie sur le GPS intérieur du dirigeant. Elle est une forme d’intuition, d’adaptativité. L’IE retranscrit la vérité d’un instant T, permet de capter l’information, de lire les émotions des autres, de les assimiler, d’en comprendre les causes et de faire des choix. La régulation permet de bien vivre ses émotions, de ne pas en être prisonnier, et surtout de passer à l’action.

 

Que fait le dirigeant doté d’IE en matière de management ?
ll sait distiller de l’émotion, créer un album photos de souvenirs collectifs. Il sait célébrer, prolonger la dynamique d’une émotion. Il crée du liant entre individus en s’appuyant sur les émotions collectives. Il sait rendre l’émotion fonctionnelle et positive.

 

A. D-F