L’histoire de l’École Polytechnique a toujours été intimement liée à celle de la France. Elle suit les soubresauts du pays, l’accompagnant au travers de ses diplômés dans le progrès de la société. Marie-Christine Thooris, documentaliste du Centre de ressources historiques, nous a fait partager les moments fondateurs d’un établissement qui vit une profonde mutation avec la formation du Plateau de Saclay.

Marie-Christine Thooris, documentaliste chargée du Centre de Ressources Historiques, bibliothèque de l’Ecole Polytechnique

Marie-Christine Thooris, documentaliste chargée du Centre de Ressources Historiques, bibliothèque de l’Ecole Polytechnique

Pour la patrie, les sciences et la gloire
Créée par la Convention en 1794, l’École a pour vocation de fournir à la jeune république des cadres scientifiques et techniques. D’abord baptisée École centrale des travaux publics, elle devient en 1795 « l’École Polytechnique ». C’est Napoléon qui lui donne son statut militaire en 1804 et sa devise : « Pour la patrie, les sciences et la gloire ».

A la pointe des sciences et technologies, hier …
La tradition d’excellence de l’établissement se concrétise dès les premières années au travers des supports d’enseignement. « Ils font partie d’une collection constituée à partir des confiscations révolutionnaires et enrichie au fil du temps, explique Mme Thooris. Des ouvrages, des objets témoins de l’évolution des sciences et des techniques font partie des collections comme le microscope de Magny provenant de l’Académie royale des sciences interdite en 1793 ou l’appareil à deux globes de verre utilisé par Gay-Lussac pour déterminer sa loi sur la dilatation des gaz. »

… comme aujourd’hui
En 2011, avec ses 22 laboratoires, tous UMR avec le CNRS, le centre de recherche travaille aux frontières de la connaissance, sur les grands enjeux interdisciplinaires scientifiques, technologiques et sociétaux. Les élèves réalisent un stage de recherche et sont 28 % en 2009 à poursuivre en thèse. Les partenaires industriels contribuent au développement des programmes au travers de 20 Chaires d’enseignement et de recherche.

… et demain
Membre de ParisTech, l’X est aussi l’un des moteurs du projet du campus de Saclay, qu’elle porte avec 20 partenaires académiques et scientifiques. En 2020, le Plateau comptera 20 000 chercheurs, 6 500 doctorants et 12 000 enseignants-chercheurs.

X, vous avez dit X ?
D’où vient le surnom de l’École et des Polytechniciens ? L’X, surnom de l’École Polytechnique et des Polytechniciens, correspond à l’X l’inconnue de l’équation mathématique. On retrouve ce symbole sur le blason de l’École : Les deux canons croisés sur la cuirasse, rappel qu’autrefois les X servaient dans l’artillerie.

Une mission clairement définie depuis 1794
Former de futurs responsables de haut niveau, à forte culture scientifique, voués à jouer un rôle moteur dans le progrès de la société par les postes qu’ils occuperont dans la recherche, dans les corps civils et militaires de l’État et au sein d’entreprises privées. L’École forme en 2011 des femmes et des hommes responsables, capables de mener des activités complexes et innovantes, pour répondre aux défis de la société du XXIe siècle.

L'appareil à deux globes de verre de Gay Lussac

L'appareil à deux globes de verre de Gay Lussac

Des X dans tous les secteurs
On retrouve des Polytechniciens dans de nombreuses avancées technologiques : le développement de l’énergie nucléaire, la conquête de l’espace, la télématique, les nouveaux moyens de transport. Ils sont aussi présents dans les organismes de recherche scientifique et participent activement à des activités industrielles et de services, sans oublier la politique, la culture et le sport.

Une histoire militaire chahutée
Réputée militaire, l’X a pourtant connu plusieurs alternances civiles ? En 1804, à cause de l’indiscipline des élèves, Napoléon décide de leur donner un statut militaire et de les encaserner. Ils fournissent, durant la campagne d’Égypte, un travail d’études et d’analyse. En 1814, ils participent à la défense de Paris assiégée par les troupes de la coalition. Durant la Restauration, Monge et Hassenfratz, enseignants de la première heure, sont démis de leur fonction et toute l’École est licenciée. En 1817, l’X est réorganisée par une ordonnance de Louis XVIII, les cours reprennent et elle reperd son statut militaire. En 1830, les élèves, pour la plupart hostiles à Charles X, prennent parti pour les révolutionnaires. Louis-Philippe redonnera le statut militaire.
L’École vit jusqu’en 1919 au rythme de la guerre durant laquelle 800 polytechniciens sont morts. Après l’armistice de 1940, elle redevient civile mais 250 X auront sacrifié leur vie durant les campagnes, 60 sont morts en déportation, 33 sont « compagnons de la Libération ». En 1944, retour au statut militaire avant de devenir en 1970 établissement public sous la tutelle du ministère de la Défense. Les jeunes filles entrent à l’École en 1972.

A. D-F

Pour aller plus loin : www.polytechnique.edu
www.bibliotheque.polytechnique.edu/accueil/patrimoine/