Lors de la table ronde de présentation du livre anniversaire des 40 ans de l’entrée des filles à Polytechnique, deux polytechniciennes ont évoqué un milieu à part et particulièrement marqué par les stéréotypes et l’inégalité de genre, la politique. Leurs témoignages.

Karine Berger (93), députée PS des Hautes-Alpes, secrétaire nationale à l’économie

Karine Berger (93), députée PS des Hautes-Alpes, secrétaire nationale à l’économie

Karine Berger (93), députée PS des Hautes-Alpes, secrétaire nationale à l’économie.
« 40 ans, c’est hier au regard de l’histoire de l’Ecole polytechnique. La bataille ne fait que commencer ! Le nombre de femmes reste bas et stagne depuis 20 ans. Et ce n’est pas sans lien avec le déficit d’exercice du pouvoir des femmes dans la société. Si les femmes ont gagné leur place dans les lieux de la recherche scientifique, on est loin du compte dès lors qu’il s’agit d’utiliser des compétences scientifiques ou mathématiques à la conquête des grands groupes, de la direction des entreprises. Il en va de notre responsabilité de dire et redire que cela est inacceptable. Et c’est encore pire dans le monde politique. La capacité à être considérées à égalité, à avoir légitimité et respect politiques, à imposer notre leadership politique, sont difficiles à acquérir, y compris pour les plus diplômées. Ce n’est pas une question de compétences. C’est pourquoi je suis favorable aux mécanismes de parité. Il y a toujours une bonne excuse pour expliquer pourquoi les choses ne fonctionnent pas ! »

 

Deux chiffres
qui en disent long.
1972 : 7 femmes entrent à l’Ecole polytechnique, 2013 : 58 femmes (françaises) dans la promotion

Nathalie Kosciusko-Morizet (92), ancienne ministre, députée UMP de l’Essonne et candidate à la Mairie de Paris
« Le premier jour de mon arrivée à l’Assemblée Nationale, j’étais accompagnée par mon assistant parlementaire, un jeune homme. Les huissiers le saluaient systématiquement d’un « Bonjour Monsieur le député », impossible pour eux d’imaginer qu’un député puisse être femme et en plus jeune. Il est nécessaire d’être consciente des difficultés et de mener le combat. Lors du bicentenaire de l’Ecole nous avons évoqué les progrès et les combats menés par les générations précédentes. Lorsque je considère depuis 20 ans ce à quoi elles ont été confrontées, je pense qu’elles ont rencontré des difficultés pour contrer les discriminations salariales, d’évolution de carrière comme les plus ordinaires ; parce qu’elles n’étaient pas préparées ! Le combat féministe a pris d’autres formes et il reste nécessaire. Il faut être très combatives, indépendantes quitte à passer pour solitaires, ne pas penser que la persuasion suffira. Le système cherche à nous diluer, car nous le mettons en cause, au défi. Par nature un système s’auto-reproduit, se défend contre ce qui ne lui ressemble pas. Les stéréotypes sont toujours à l’oeuvre. La politique est un milieu dur, concurrentiel entre hommes, il ne s’agit donc pas d’ajouter l’autre moitié de l’humanité et surtout pas de la coopter ! Dans les mouvements de jeunesse, il y a parité à droite comme à gauche. Les femmes disparaissent à 25 ans pour réapparaitre après 40 après avoir fondé une famille sur les listes électorales municipales. Elles sont cantonnées au rôle où elles sont attendues, collectif. Elles doivent se battre lorsqu’elles sont jeunes, se dire qu’elles n’auront pas plusieurs vies successives mais plusieurs en parallèle. En politique, soit on exprime quelque chose soi-même soit on est dans le sillage d’un autre, on entre à son service. Entrer dans une logique de numéro un est difficile, peu de femmes acceptent les risques de l’autonomie et la solitude et la brutalité qui l’accompagnent. »

 

A. D-F