« JEUNE, C’EST PRESQUE DEVENU UNE INSULTE ! ». FONDATRICE DE WOMEN’UP, ASSOCIATION QUI SE REVENDIQUE COMME LA PREMIÈRE CRÉÉE PAR ET POUR LA GÉNÉRATION Y ET DE THE BOSON PROJECT, CABINET DE CONSEIL VÉRITABLE LABORATOIRE DE DÉVELOPPEMENT DU CAPITAL HUMAIN, EMMANUELLE DUEZ VEUT METTRE KO LES CLICHÉS SUR CETTE GÉNÉRATION QUI A TANT À APPORTER À L’ENTREPRISE ET AU LEADERSHIP DE DEMAIN. RENCONTRE.

 

EMMANUELLE DUEZ

EMMANUELLE DUEZ

 

Promoteurs de nouveaux rapports à l’entreprise ?
Si on évoque beaucoup la Génération Y par son rapport différent avec l’entreprise, pour Emmanuelle Duez, « il s’agit moins d’un sujet d’âge qu’un symptôme de la transformation du monde. Les sujets Y ou Z, au sens des armées de générations qui ont du mal à entrer dans le moule traditionnel de l’entreprise, ne seraient-ils pas les premiers bébés d’un monde qui a radicalement changé, notamment via le numérique, et qui engendre des digital natives qui n’imaginent pas leur aventure dans l’entreprise, le business et le management comme leurs ainés car venant d’un monde transparent, ouvert, interconnecté, fluide, transversal et donc aux antipodes de l’entreprise traditionnelle ? » On s’adresserait alors à une génération bébé de la précarité pour qui l’entreprise ne promet plus de se projeter à long terme. « Cette vision court-termiste implique une revalorisation du rôle de l’entreprise en tant qu’épanouisseur des individus : pour m’engager dans une boite aujourd’hui, il faut que j’y trouve du sens et que je kiffe chaque jour. »

 

Hermétiques au leadership ?
Mais qu’en est-il du leadership ? « Cette génération a besoin de cadres de pensée et de sens pour s’engager. Or, le gardien du sens, de la cohérence et de la congruence de l’entreprise, c’est le chef d’entreprise, bien plus que le manager qui est le gardien du bien-être de l’équipe. Le leader a alors un rôle fondamental car il est le gardien de l’alignement entre les valeurs et la stratégie de l’entreprise, de l’adéquation entre sa promesse et la réalité. » Les jeunes générations ont donc besoin d’un leader mais d’un leader d’un genre nouveau. « On constate 2 ruptures majeures. La fin du mythe du super héros : on sait que le leader n’est plus un homme providentiel, on crédibilise de fait de nouveaux attributs de leadership comme l’empathie, la fragilité, la transparence et on le reconnait d’avantage pour sa capacité à dire la vérité et ses limites. » Par ailleurs, pour cette génération éminemment collaborative, ce leader ne peut plus être seul. On entre dans l’ère du share leadership où « seules des teams de leaders sont en capacité d’appréhender la complexité du monde. »

 

Prêts pour ce nouveau modèle ?
Est-ce à dire que les jeunes leaders d’aujourd’hui appliquent déjà ce leadership d’un genre nouveau ? « Nous ne vivons pas une rupture mais une transformation du leadership qui ne peut exister sans expérience. Alors que The Boson Project travaille plutôt avec les entreprises du CAC 40, nous rencontrons de plus en plus de jeunes start-up qui ont eu tendance à reproduire les vieux modèles qu’elles ont vus ou appris. La différence avec leurs ainées c’est qu’elles entendent cette petite cloche dans leur tête qui leur dit de faire autrement. »

 

Porteurs d’économie positive ?
Ces nouveaux leaders seraient donc porteurs d’une économie plus responsable ? Pas si sûr. « Comme toute génération, celle-ci a vu émerger de nouveaux business models comme l’économie collaborative. Mais même si les règles sont différentes, des entreprises comme BlaBlaCar, Airbnb et Uber restent profondément capitalistiques. Mon souhait serait que plus d’entreprises prennent en considération dans leur objet social (c’est à dire au tout début de l’acte entrepreneurial) cet impact social. L’entrepreneuriat social n’est pas un sujet d’idéologie, de philosophie ou de militantisme, c’est un sujet de responsabilité. Mais avant même de désigner la génération des 20/30 ans comme un trésor de transformation, encore faudrait-il que les patrons, les managers, les parents, la société civile, les leaders économiques et politiques regardent avec bienveillance ce mouvement générationnel », conclut-elle.

 

CW.