Spécial président(e)s

 

Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, ancien élève de l’Ecole nationale d’administration et diplômé de Sciences Po Paris, a pris les rênes de l’économie française avec la volonté de la redresser dans un contexte européen et mondial chaotique. Comment peut-il s’y prendre et quelles sont les limites possibles à sa politique ?

 

L’action, rien que l’action, toujours l’action !
Sur son blog, Pierre Moscovici précise que seule compte l’action : « Je parle plus aux Français que je ne parle de moi, et j’agis en conséquence. », dans le cadre d’une idéologie socialiste tempérée. « Nous avons fait, définitivement, fermement, le choix du réformisme de gauche, de la transformation sociale-démocrate. »

Reste ensuite à entrer dans le vif du sujet d’une économie en très mauvais état. Il suffit pour s’en convaincre de tracer les paramètres économiques du carré magique de Kaldor qui se résume actuellement à un segment de droite ! En effet, le chômage a explosé, dépassant les 11 %, la croissance est en berne, la récession à notre porte, le commerce extérieur continue de flirter avec les déficits record à plusieurs dizaines de milliards d’euros… et seule l’inflation paraît maîtrisée.

 

La croissance en ligne de mire
La bataille pour la croissance qui permettrait de résoudre pratiquement tous les problèmes économiques et financiers que nous connaissons, et sur laquelle reposent les espérances du Gouvernement d’améliorer la vie des Français, paraît difficile à gagner. Elle repose sur plusieurs vecteurs nationaux, européens et mondiaux sur lesquels le Gouvernement ne peut pas toujours agir. De plus, l’INSEE estime que l’année 2013 sera sans aucun élan de croissance et que l’économie continuera à détruire des emplois au premier semestre. Toutefois, l’institut ne prévoit pas de récession d’ici à juin.

Malgré ces prévisions pessimistes de l’INSEE, de l’OCDE, du FMI et de différentes expertises économiques, Pierre Moscovici se veut optimiste tout en demeurant réaliste, « Je maintiens à 0,8 % la prévision de croissance pour 2013… tout en étant conscient que la situation est difficile… j’ai toujours dit que c’était une prévision volontariste, mais je suis volontariste parce que j’ai confiance en la zone euro, parce que j’ai confiance en l’économie française. »

 

La problématique de notre économie
Le problème consiste à savoir d’où viendra cette croissance ? Car il paraît difficile d’accroître notre production alors que la demande ne sera pas au rendez-vous avec un commerce extérieur très déficitaire dans une Europe en crise qui, avec plus de 60 % d’échanges, constitue notre principal partenaire, avec une réduction drastique des dépenses publiques et sociales, une augmentation de l’épargne qui réduit d’autant les dépenses de consommation, une stagnation du pouvoir d’achat par manque de hausse des salaires des secteurs privé et public, une diminution des investissements de la part des entreprises, une augmentation du chômage et par suite une baisse des revenus de certains ménages, un report de décisions d’achat de produits importants (voitures, équipement ménager) et un marché immobilier au ralenti dans un contexte mondial peu propice. Comme il le reconnaît « Il y a encore de très fortes incertitudes sur l’économie mondiale « … dans le cadre d’une désindustrialisation qui ne faiblit pas, de délocalisations intempestives et d’une concurrence déloyale avec les pays en développement dont les salaires et charges sociales sont très faibles et les dépenses environnementales quasiment inexistantes, sans oublier l’euro fort qui réduit nos possibilités d’exportation hors UE, même s’il permet d’acheter moins cher énergie et matières premières. Conscient de tous ces problèmes, le ministre a également évoqué « un rendez-vous en avril, lorsque le gouvernement français devra présenter un programme de stabilité européen, pour se prononcer sur les prévisions de croissance de l’année à venir. »

 

Des réformes de bon augure ?
Pierre Moscovici ne baisse pas les bras pour autant. Il lance toute une série de réformes structurelles susceptibles d’améliorer nos résultats économiques en rééquilibrant l’imposition des entreprises en faveur des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI), et avec la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) capable de redonner aux entreprises les moyens d’un repositionnement offensif durable dans la concurrence internationale. Il souhaite également améliorer la gestion des finances publiques « La France vise l’année prochaine un déficit public de 3 % et la réduction de sa dette à partir de 2014. » Suite à la crise bancaire de 2008, une réforme des banques est en préparation afin « de remettre la finance au service de l’économie réelle et de protéger les dépôts des particuliers. » Il ne faut pas oublier ses actions sur le terrain (PSA Finances, DEXIA, le CIF, la baisse du prix des carburants…).

Affaire à suivre !

 

Patrick Simon