Pierre-Yves Lesaicherre, INSEAD 97, préside dans la Silicon Valley aux destinées de Philips Lumileds. Il décrit, avec passion, la stratégie gagnante du leader mondial de l’éclairage DEL (diodes electroluminescentes) à haute puissance.

 

Pierre-Yves Lesaicherre, (INSEAD 97), est CEO de Philips Lumileds, dont le siège se trouve à San José en Californie.

Pierre-Yves Lesaicherre, (INSEAD 97), est CEO de Philips Lumileds, dont le siège se trouve à San José en Californie.

Philips Lumileds, créée en 1999, à San José en Californie, est le pionnier de l’utilisation des solutions tout usage en matière d’éclairage à semi-conducteurs (automobiles, écrans d’ordinateurs et de télévisions, signalisation, éclairage d’appoint…)  Comment se décline votre gamme de produits et quelle est la répartition géographique du chiffre d’affaires de votre entreprise, qui compte 4000 employés ?

Philips Lumileds est une filiale à  100 % de Philips, issue de la joint-venture entre notre société mère et HP en 1999. Philips, qui était déjà leader sur le marché de l’éclairage classique, et qui avait donc décidé d’investir le marché du DEL, à partir d’une base existante, est devenu l’unique actionnaire en 2006. Nous opérons en réalité sur quatre marchés. Nous couvrons l’automobile (feux arrière, feux avant et feux de signalisation), le marché des caméras-flashs, c’est-à-dire le flash qui apparaît sur les smart-phones. Nous avons une part de marché très importante chez les leaders du smart phone tant aux Etats-Unis qu’en Asie.  Le troisième marché concerne le Display, avec les écrans d’ordinateurs fixes et mobiles, ainsi que les écrans de  télévision. 50 % de notre activité sont constitués par notre dernier marché, que constitue l’illumination au sens large : les lampes, avec l’éclairage intérieur, qui remplacent nos vieilles ampoules à incandescence (spots, tubes), c’est l’indoor. Et enfin l’outdoor, qui concerne les parkings, l’éclairage de rue, les bâtiments extérieurs etc… La plus grosse partie de nos ventes se situe en Asie. Les deux marchés, qui croissent le plus, sont la Chine et le Japon. Ce pays, suite à la catastrophe nucléaire, a considérablement investi dans le LED, qui constitue 45 % du marché de l’éclairage intérieur ! Quant à la Chine, ses gros besoins en infrastructures la font investir massivement dans l’éclairage extérieur de ses mégalopoles, comme Shanghaï, par exemple. Les Etats-Unis et l’Europe complètent, enfin, l’autre moitié de notre activité.

 

En quoi, vos produits LUXEON, constituent-ils une révolution dans notre quotidien, et quelles en sont les conséquences sur l’environnement ?

Philips a été la première entreprise au monde à fabriquer une ampoule LED de 10 watts, qui produit la même quantité de lumière de 800 lumens, qu’une ampoule incandescente classique de 60 watts. Le résultat de l’utilisation de la technologie LED, dans les lampes, est considérable : c’est une consommation d’énergie réduite par six, en comparaison d’une utilisation d’une ampoule traditionnelle. L’impact sur l’environnement est saisissant avec ce chiffre. Nous avons réalisé une enquête au sein de l’entreprise. Si toutes les ampoules de 60 W, aux Etats-Unis, étaient remplacées par des LED de 10W, cela équivaudrait à une réduction de l’émission de 20 millions de tonnes de carbone en moins, par an !

En tant que Français, parfaitement adapté au mode de vie de la Silicon Valley, considérez-vous votre « double culture », comme un atout dans votre management ?

Je réside aux Etats-Unis depuis quinze ans, et j’y suis né, avant de repartir en France, où j’ai poursuivi mes études à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, avant de travailler au Japon, dont je parle la langue, pendant cinq ans. Il y a deux choses importantes que je tiens à souligner : ma formation scientifique française constitue un atout, souvent ignoré par les Français eux-mêmes. Les gens de la Silicon Valley apprécient la rigueur scientifique des Français, alliée à la discipline et à la capacité à beaucoup travailler, qui nous a été très tôt inculquée, lorsqu’on intègre les grandes écoles à travers les classes préparatoires, dès l’âge de 18-20 ans. Le deuxième point concerne ma connaissance du monde de fonctionnement de la Silicon Valley, centré essentiellement sur l’innovation.Les gens ont des idées, s’adaptent très rapidement, et sont créatifs. Il existe un environnement multiculturel dans le travail, comme nulle part ailleurs au monde. Je compte dans mon équipe de management des Français , des Allemands, des Indiens, où la philosophie de l’entreprise consiste en permanence à s’adapter, moi, comme mes collaborateurs du reste.

En quoi votre formation à l’INSEAD, particulièrement tournée sur l’international, a influencé votre parcours professionnel ?

Il faut déjà afficher un parcours orienté sur l’international, quand on postule à intégrer l’INSEAD. L’Institut définit à mon sens trois critères très importants dans son « recrutement ».
1/Le cursus universitaire, la grande école par laquelle vous êtes passé.
2/ Quelle direction professionnelle avez-vous épousée ? Est-ce que vous avez déjà démontré des aptitudes claires de leadership, au cours de vos activités passées, afin de devenir un dirigeant. 3/Votre  exposition professionnelle à l’international, en parlant nécessairement trois langues. Je répondais donc aux critères, de par ma formation d’ingénieur, et mon passage au management de NEC au Japon, pendant cinq ans. Je n’aurais clairement pas été engagé chez Philips, si je n’avais pas fait l’INSEAD. En plus de cela, l’INSEAD m’a apporté une formation « business » de top-niveau, avec un focus sur la stratégie et l’international, la rigueur des techniques de management et de négociations, l’analyse dans la compétition, très appréciable. Ma formation à l’INSEAD m’a véritablement préparé à ma fonction actuelle de CEO (Chief Executive Officer).

En quoi une orientation professionnelle à l’étranger, est-elle bénéfique pour des futurs diplômés ?

Un passage à l’étranger ouvre beaucoup l’esprit. Cela permet de connaître les différents mécanismes et les modes de fonctionnement du business, dans diverses régions. Cela vous confronte à d’autres cultures, et cela vous oblige à devenir plus flexible et à s’adapter plus rapidement. La réalité est qu’il n’y a pas de secteurs de l’économie, qui ne sont pas actuellement, ou qui ne seront pas exposés à l’international, à l’avenir. Il est quasiment impossible d’ignorer la dimension internationale du monde des affaires. Je recommande très fortement, à des jeunes diplômés, de faire des stages hors de France, ou d’accomplir le début de leur carrière à l’étranger. Les premières années sont celles où on peut faire des erreurs, tenter des choses, où on est jeune et pas toujours marié, donc forcément plus disponible et plus mobile.

Quelles sont les aspects de la personnalité et les qualités nécessaires chez un candidat, susceptible de vous rejoindre à Philips Lumileds, que vous appréciez ?

On est très attaché aux valeurs de Philips, notre maison mère. Mais nous sommes surtout une société de la Silicon Valley, issue de l’esprit « start up ». Quand on engage quelqu’un, on veut qu’il soit le meilleur dans sa fonction, que ce soit dans la vente, les ressources humaines , la logistique, la finance… En ce qui concerne les jeunes diplômés, qui n’ont pas encore fait leurs armes, nous regardons les personnes qui ont une compréhension de la technologie et du marché, avec un esprit d’équipe, ouvert et positif. J’aime que les gens fassent partie de la solution, et pas seulement du problème, quand ils viennent me voir !

 

A.B.

 

Contact
http://www.philipslumileds.com/about-us/careers