La Commission des Titres d’Ingénieurs a pour mission de contrôler et de maintenir la qualité des formations d’ingénieurs en France. Tour d’horizon de la commission mais aussi de l’évolution de la profession, avec Philippe Massé, président de la CTI.

Vous êtes depuis juillet 2012 Président de la CTI, quelles sont les principales missions de cette commission ?
La CTI est le seul organisme habilité à donner le droit à une école de délivrer le titre d’ « ingénieur diplômé ». C’est l’une des plus ancienne agence d’accréditation en Europe. Elle a été créée par la loi en 1934, parce qu’à cette époque, il se créait beaucoup d’écoles privées « techniques supérieures » de qualité très variable, la CTI a alors été chargée de les inspecter et d’habiliter celles qui satisfaisaient des critères de qualité. Et cette mission est toujours d’actualité !Structure paritaire, la CTI est composée de représentants des professionnels et de l’enseignement supérieur. Son cahier des charges est donc défini de manière collégial. Tous les six ans en moyenne, nous auditionnons l’ensemble des écoles françaises publiques et privées ainsi qu’une quinzaine d’établissements à l’étranger. Plusieurs aspects sont notés : qualité de l’encadrement, liens avec les entreprises, budget, labels, nombre de boursiers et d’étudiants recrutés sur concours CPGE, temps de formation assurés par des professionnels, etc.

 

En quoi le profil et le rôle des ingénieurs a-t-il changé ?
Oubliée l’image d’Épinal des ingénieurs les mains dans le cambouis, on est plus proche aujourd’hui du professionnel aux gestes précis et minutieux qui s’attaque à objets de haute technologie toujours plus complexes. Si l’ingénieur change, c’est parce qu’il suit l’évolution de la société : désormais, les technologies sont embarquées dans la plupart des objets de notre quotidien et ils sont d’une telle complexité qu’ils nécessitent l’intervention d’experts, pour les concevoir, les fabriquer, les entretenir, etc. L’ingénieur est ainsi devenu une figure incontournable. En entreprise, il l’est également de plus en plus. Logique, puisque les débouchés se sont diversifiés : les ingénieurs n’évoluent plus seulement dans la R&D ou l’informatique mais aussi dans le marketing, le  commerce, les  ressources humaines, etc.

 

Les écoles d’ingénieurs échappent-elles au mouvement de restructuration de l’enseignement supérieur ?
Non, elles ont initié, depuis plusieurs années, une vague de regroupements (fusions, fédéralisme, …) qui touchent peu à peu l’ensemble du territoire. Nous appuyons cette stratégie mais restons vigilants sur les modalités et les objectifs de ces rapprochements. La synergie doit se faire sur un partage de valeurs communes et des enjeux précis. Beaucoup espèrent en mutualisant leurs moyens et en atteignant une taille critique, avoir une plus grande visibilité et donc une meilleure attractivité, notamment à l’international. Une stratégie pertinente. Au-delà de la taille, la pluridisciplinarité acquise permet également de concevoir des formations transversales et d’avoir des compétences plus pointues dans certains domaines.

 

Quels sont les atouts de la fonction pour séduire les futurs jeunes diplômés ?
L’atout principal est sans conteste, l’employabilité. Elle est quasi immédiate ! La filière ingénieure est une formation antichômage, même en période de crise. Non seulement, les jeunes diplômés de grandes écoles et d’universités sont assurés de trouver un emploi dans leur spécialité, mais en plus, grâce à leur formation généraliste, ils pourront tout au long de leur carrière, passer d’un domaine à un autre. En effet, on estime qu’un ingénieur change environ sept fois de métier. Autre atout de la fonction, elle offre de réelles perspectives de carrière à l’international. Actuellement, 15 % des ingénieurs français travaillent ainsi à l’étranger.

 

Comment expliquez-vous l’attractivité internationale des ingénieurs français ?
Leur bonne réputation tient en partie aux spécificités de leur formation « à la française ». Contrairement à d’autres pays, à l’origine, la formation d’ingénieur a été créée par ceux qui avaient besoin de ce genre de compétences et non par une institution globale. Il n’y a pas en France, de diplôme national d’ingénieur mais des diplômes d’instituts. Résultat, les formations, les approches pédagogiques sont variées, ce qui correspond bien à la réalité du métier d’ingénieur, de plus en plus divers. En outre, cette diversité entretient un certain dynamisme, une créativité, qui permet de s’adapter à l’évolution de la société, des technologies et des entreprises. Nous nous méfions d’ailleurs beaucoup de l’hyper-spécialisation.Les connaissances généralistes en sciences et techniques des ingénieurs français sont très appréciées des recruteurs étrangers, tout comme leur capacité à organiser leur pensée, à aborder tout nouveau sujet, car elles leur permettent de s’adapter. Cette flexibilité, accompagnée parfois d’une meilleure connaissance de l’entreprise (grâce aux nombreux stages) peut faire de l’ingénieur français, le profil idéal.

 

On compte encore peu de femmes ingénieurs. Comment les séduire ?
Aussi nombreuses soient-elles en filière scientifique, les jeunes filles s’orientent massivement vers la santé ou la biologie. Selon les derniers chiffres de l’Observatoire des Ingénieurs (enquête 2012), les femmes ingénieurs ne seraient que 17 %. Mais des progrès sont néanmoins visibles puisque les chiffres grimpent à 26 % pour les moins de 30 ans. Une plus grande présence féminine va devenir incontournable, tant leur implication dans la société est importante. Les écoles et les entreprises l’ont bien compris. Elles font intervenir des femmes, cadres, opérationnels … dans les salons, les forums écoles pour montrer qu’une carrière au féminin est possible.

 

Cela fait 20 ans que les premiers apprentis ingénieurs sont arrivés dans  les écoles et les entreprises.  Où en est-on aujourd’hui ?
Aujourd’hui, les apprentis sont près de 12 000 en formation, soit 15 % des élèves ingénieurs. Quasiment toutes les écoles ont leur dispositif et près de 180 spécialités sont accessibles. Un succès que confirme la dernière enquête de l’Observatoire des Ingénieurs, qui souligne que loin d’être une  formation au rabais, cette voie permet aux jeunes diplômés de s’insérer encore plus facilement sur le marché du travail que les autres étudiants. Sur les dix dernières années, 41 % des apprentis ont été recrutés en CDI, contre 33 % pour les étudiants « classiques ». Cela encourage à poursuivre les efforts, d’autant plus que cela nous permet de diversifier notre recrutement, d’ouvrir plus largement la fonction ingénieur. Cela dit l’apprentissage a un certain coût car il demande un en encadrement spécifique, une gestion de périodes de transition études/emploi, des investissements de déplacement, etc.

 

C.D.