Effectivement associer les deux mots
«finance» et « éthique » ou «responsable » pourrait pour beaucoup sembler étrange alors que nous vivons encore les effets d’une des plus grandes crises financières de l’histoire. Pourtant ce n’est pas complètement impossible. Il existe depuis longtemps sur les marchés financiers des acteurs qui cherchent autre chose que la stricte maximisation de leurs intérêts financiers. Ils ont souvent eu de fortes convictions religieuses, politiques ou économiques, et ont cherché à utiliser leur pouvoir financier pour influencer les pratiques des entreprises vers davantage de responsabilité en matière environnementale, sociale ou de gouvernance.

 

Mais une question de fond est alors souvent évoquée : cela est-il rentable ?
C’est une objection légitime. Tous les investisseurs – ne serait-ce que les épargnants individuels par exemple – ne peuvent renoncer à la rentabilité de leurs engagements. Cette question de la corrélation entre performance financière et extra-financière (ou ESG pour Environnement/ Social/Gouvernance) a donc fait l’objet de nombreux travaux académiques depuis des décennies. Ils donnent aujourd’hui des résultats très intéressants et surprenants à la fois pour les dirigeants d’entreprise et les acteurs des marchés financiers, qu’ils soient analystes, gérants ou simplement épargnants. Pour faire simple, la réponse est positive : ce n’est pas parce que l’on se préoccupe de performance ESG que l’on renonce forcément à la performance financière classique. Après tout est dans les conditions de mise en oeuvre opérationnelle.

 

Ces idées sont-elles répandues dans le monde de la finance ?
Oui, aujourd’hui elles se diffusent bien au-delà du cercle historique de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). De plus, le paysage national et international de cette finance qui se veut plus responsable est en pleine évolution. Il comprend aujourd’hui beaucoup d’acteurs de toute nature, qui constituent dans quelques pays, dont la France parmi les leaders mondiaux, un écosystème complet. Leur influence grandit rapidement et les fonds qu’ils gèrent ont déjà un poids réel sur l’économie.

 

Font-elles actuellement l’objet de recherches et d’enseignements dans les écoles et universités ?
Bien sûr, le thème de la RSE, qui est beaucoup plus connu, est aujourd’hui abordé dans de nombreux établissements et la Finance Responsable lui est souvent associée. De plus en plus d’écoles offrent des électifs dans le domaine, voire des cours obligatoires dans certaines filières. La recherche est aussi très active et le domaine est donc appelé à se développer. (1)

 

Est-ce un secteur qui offre de réels débouchés professionnels ?
Sans aucun doute ! Même si les acteurs strictement ISR sont en nombre limité, les actifs qu’ils gèrent sont en forte croissance. Et au-delà, les thématiques de la « Finance Responsable » font aujourd’hui l’objet d’un phénomène dit de « mainstreaming » : même les acteurs financiers traditionnels, qui ont souvent regardé cela avec un certain dédain, ne peuvent les négliger et s’y intéressent aujourd’hui. Car une bonne gestion des paramètres environnementaux, sociaux ou de gouvernance est aussi un facteur de compétitivité avéré. Motivé par la finance ou non, les concepts de la finance responsable devraient faire partie du bagage intellectuel de tout manager.

 

(1) Coordinateur du livre « ISR & Finance Responsable », Ellipses, Mars 2014. Associant les meilleurs experts académiques et praticiens, cet ouvrage offre un panorama des enjeux théoriques et opérationnels du domaine. Il pose les termes des débats critiques qui l’entourent et propose des voies d’amélioration pour l’avenir.

 

Par Nicolas Mottis Professeur
à l’ESSEC et Chercheur Associé à l’Ecole polytechnique