Société familiale française indépendante, Pétrofrance est devenue aujourd’hui une entreprise de prestation de services spécialisée dans le stockage de produits chimiques et pétroliers liquides. Rencontre avec Philippe Nahmias (Mines Nancy 70), Directeur général délégué de Pétrofrance.- Par Fanny Bijaoui

 

Pétrofrance est d’abord une histoire familiale. Comment est-elle née ?

Fondée par mes deux oncles et mon père au début des années 1930, la société a exercé tous les métiers liés au pétrole, à l’exception du raffinage. Au départ, elle disposait d’une licence d’importation de pétrole brut et de produits pétroliers puis d’une licence de distribution de ses produits en France. Elle importait du pétrole et des produits raffinés au moyen de ses propres navires et livrait des produits raffinés en gros. Par la suite, l’entreprise a créé un réseau de stations-service sous la marque AVIA et contrôlé 2 % du marché français des carburants, avec des filiales en Suisse, en Italie et au Maroc. Après la crise de Suez en 1956, les actionnaires se sont retirés du transport maritime et ont privilégié l’exploration-production de pétrole en créant Pétrorep. Nous leur devons la découverte du premier gisement de pétrole dans le bassin parisien en 1958 à Coulommes. La vente des stations-service françaises au milieu des années 1960 a contribué à la naissance du réseau ELF (« Les Points Rouges arrivent… »). Elle a permis au groupe de développer ses activités d’exploration production d’hydrocarbures, notamment au Canada, et facilité une diversification dans le stockage et la pétrochimie. En 2002, après le décès des fondateurs, ma sœur, mon frère et moi, avons créé une nouvelle Pétrofrance désormais concentrée dans le stockage de produits chimiques et de produits pétroliers, implantée dans les principaux ports espagnols (TEPSA), tout en conservant une petite activité de production de pétrole et de gaz en France et en Italie.

Vue aérienne des installations de TEPSA (100% Pétrofrance) à Barcelone

Vue aérienne des installations de TEPSA (100% Pétrofrance) à Barcelone

Étiez-vous destiné à travailler dans ce secteur ?

J’ai toujours été intéressé par les ressources naturelles, plutôt l’eau que le pétrole d’ailleurs. Après les Mines Nancy, je suis parti à l’Université Stanford en Californie où j’ai obtenu un diplôme de génie civil spécialisé en ressources en eau. J’ai intégré Bechtel, la plus grande société d’ingénierie du monde, où j’ai travaillé sur un projet d’irrigation en Algérie. De retour en France, après mon service militaire, j’ai travaillé chez Total pendant quatre ans principalement sur l’exploration production en Indonésie, avant de rejoindre l’entreprise familiale en 1981. Un décor inédit pour moi, dans la mesure où, à l’inverse d’une grande entreprise où vous êtes encouragé ou sanctionné par la hiérarchie dont vous dépendez, le groupe familial impose une plus grande solitude face aux décisions et des responsabilités beaucoup plus lourdes, dans les domaines les plus variés.

Intéressez-vous aux secteurs de l’industrie et de l’artisanat qui offrent des débouchés passionnants

Que vous a apporté votre diplôme de l’Université de Stanford ?

Ce qui m’a passionné dans l’expérience américaine, c’est de me retrouver dans un univers nouveau avec des codisciples issus d’horizons divers qui avaient suivi des formations différentes. Dans ma carrière professionnelle, ce qui m’a le plus servi c’est d’une part la maîtrise de l’anglais, d’autre part la capacité à communiquer avec des gens qui, pour toutes sortes de raisons, dont en particulier le niveau de formation, n’avaient pas la même approche des problèmes. La communication est essentielle dans le monde professionnel, quels que soient le domaine choisi et le niveau de responsabilité exercé.

Un conseil aux Mineurs ?

Les Mineurs ont une formation qui leur permet de choisir, parmi un éventail très large, leur secteur d’activité, tout particulièrement dans l’industrie, trop souvent délaissée au profit des services financiers. Les Mines restent une filière d’excellence pour mener une brillante carrière. Mais pour réussir, il faut accepter de travailler dur. On ne peut pas se contenter de 35 heures par semaine. Je pencherai plutôt pour 70 heures, en tout cas en début de carrière !

 

Chiffres clés Pétrofrance
Espagne
160 collaborateurs
45 M € CA
France
20 collaborateurs
3,5 M € CA

 

Contact :  philippe.nahmias@petrofrance.com