Alors que le microcrédit connait un succès grandissant, de plus en plus  d’articles de journaux et d’experts pointent l’absence de résultats prouvant  son efficacité sociale, d’où un besoin croissant de technicité dans le monde de l’économie solidaire…

Remplissage d'un questionnaire PAT avec des bénéficiaires de X-MicroFinance, au Guatemala

Remplissage d'un questionnaire PAT avec des bénéficiaires de X-MicroFinance, au Guatemala

Quels sont les objectifs  d’un IMF ?
Les IMF ont besoin d’être remboursés comme toute institution financière. Ils  doivent donc assurer un équilibre précaire, inédit, entre performance financière et  utilité sociale. Selon Florent Bédécarrats [1],  » ce secteur [du microcrédit] est influencé par des critères de mesures communs, qui ont avant tout été  financiers, induisant un risque de dérive de la microfinance par rapport à ses fonctions de développement « . Ainsi, il est nécessaire non seulement d’adapter les outils de mesure de la performance  financière mais aussi de développer des  critères d’analyse de l’impact social des IMF.

Comment évaluer les risques financiers ?
Les IMF doivent d’évaluer le risque des prêts émis pour garantir un taux moyen de  remboursement élevé. Ce risque est intrinsèquement fort, du fait que les activités des bénéficiaires sont précaires, très sujettes  aux aléas politico-économiques et climatiques. De plus, les recours légaux peuvent être inexistants (et peu souhaitables car ne répondant pas à l’objectif d’efficacité sociale). Une attention particulière doit donc être  portée aux règles de l’emprunt. Par exemple, imposer les débuts des remboursements dès les premières semaines est considéré comme un gage de sécurité alors que cela peut étouffer les bénéficiaires et nuire à la réussite de leur projet. Quant aux critères d’investissement, ils sont plus proches de ceux des Business Angels que des banques de dépôts : forte imprévisibilité  et nécessité de s’intéresser au bénéficiaire.

Comment évaluer la  performance sociale d’un IMF ?
Afin de rendre les activités des IMF plus transparentes et de connaître leur impact  social véritable, des outils d’évaluation  ont été récemment développés. Les Poverty Assessment Tools (PAT), par exemple, constituent le fruit d’études économétriques menées par USAID [2] permettant de retenir les critères d’évaluation du niveau de vie  les plus pertinents (hygiène, consommation, scolarité…). D’autres outils d’évaluation comme Cerise et les profils Mix market voient le jour. Cependant, les résultats sont mitigés  et controversés. Le Monde Diplomatique [3] dénonce les dérives du microcrédit et ses  résultats  » insignifiants  » alors que le Forum Convergences 2015 [4] fait du microcrédit  un acteur majeur de la finance responsable. Il faut affiner ces critères pour mieux tenir compte de la diversité des profils des bénéficiaires et s’adapter aux IMF.

Quelles formations dans l’enseignement  supérieur ?
L’évaluation des performances  sociales et financières fait appel à  des compétences proches de celles déjà utilisées dans les banques ou les assurances : l’économétrie et les  statistiques sont toujours les ingrédients fondamentaux de l’actuariat.  En se formant dans les grandes écoles et universités (Polytechnique, ENSAE, Dauphine, etc.), les étudiants acquièrent les outils mathématiques utiles pour faire carrière dans la finance responsable.

Des formations adaptées et le développement de nouveaux critères devraient  permettre d’en savoir plus sur l’action et  les résultats des IMF. Des études proposent déjà de ne pas opposer réduction de la  pauvreté et viabilité, mais de considérer  plutôt qu’elles se complètent [5].

Sources :
[1] Florent Bédécarrats, Evaluer la microfinance, entre utilité sociale et performances financières, Revue Française de Socio-Economie 2010-2 (n°6)
[2] USAID.gov
[3] Du microcrédit aux “subprime” pour les pauvres, Monde Diplomatique, 09/2013
[4] Baromètre Convergences 2015
[5] lamicrofinance.org

 

Par Cédric Vallée (promotion X2012) pour X-MicroFinance

 

Contact : www.xmicrofinance.org