Méthode Lego, jeux de rôles, « serious games »… notre petit village gaulois fait de la résistance à la vague mondiale des formations par… le jeu ! Plus impliqués, les participants y apprennent pourtant plus vite et plus durablement. Petit tour d’horizon de l’exception française…

Dites à un chef d’entreprise français qu’en renversant deux boîtes de Legos par terre et en jouant tous ensemble avec ces petits cubes de couleurs vous allez régler son problème à l’international et attendez sa réaction… Pourtant, rien là de nouveau : que le jeu est l’outil pédagogique le plus efficace, les études le proclament depuis longtemps : si au sortir d’une transmission « magistrale » les participants retiennent 10 % du contenu, le jeu, à travers l’implication active des participants, permet de grimper à 30 %. CQFD.

 

La France, mauvaise joueuse
Seulement voilà, ainsi que le rappelle cet enseignant anglais : « Au pays de Descartes, apprendre reste synonyme de « scolaire ». Autrement, cela ne fait pas sérieux. Et pourtant… » Et pourtant, la méthode Lego « serious play » a fait ses preuves partout dans le monde, sauf en France où un unique cabinet de formation, Reliances, en a fait son outil de référence. Le concept est simple : quel que soit le problème auquel est soumise une entreprise, chacun de ses acteurs détient un fragment (une pièce) de la solution. Alors, forcément : en rassemblant toutes les pièces !… « Ce jeu mis au point par le MIT à la demande de Lego permet de mixer réflexion individuelle et construction collective, explique Patrice Lerouge, fondateur de Reliances. C’est collaboratif, ludique et… fulgurant ! Tous les problèmes éclosent le premier jour et dès le second, une solution émerge qui fait l’unanimité. » La méthode a conquis le monde entier… Sauf la France donc.

 

Vivement la relève !
Heureusement, il est certains secteurs où les résultats importent davantage que la méthode. Aussi voit-on déjà fleurir les « business-games » dans la plupart des écoles de management. Une excellente chose selon Valérie Boudier, docteur en sciences de l’information et auteur du livre « Serious Game : Révolution Pédagogique »* : « Le jeu est un extraordinaire accélérateur d’expérience. Or pour intégrer un enseignement, il faut en vivre l’expérience, futelle virtuelle. » Une expérience ou « XP » que la génération élevée au lait des jeux vidéo introduit désormais en entreprise via les serious games dédiés au e-learning et même… dans les écoles ! Où ces « plus jeunes » retournent enseigner. « Même particulièrement rigide, notre système éducatif ne peut se permettre de rester fermé à une telle évolution », conclut Valérie Boudier elle-même créatrice de la société KTM Advance qui oeuvre sur des projets avec… HEC Paris, l’EDHEC et Centrale…
Alléluia !

 

*éditions Hermès-Lavoisier

 

Petit tour du monde des « serious games »
Si Leverage, le « jeu des affaires » inspiré du Monopoly, cartonne dans 40 pays, Espagne et Belgique en pincent pour le e-learning tandis que Japonais et Chinois, focalisés sur le « team building », cassent, pour les premiers, leur pesante raideur hiérarchique au « Hadak No Psukiai » (« Se mettre à nu » où il s’agit en effet de se baigner ensemble… tout nu !) tandis que les seconds multiplient les dérivés du jeu en ligne « Bang ». Mais ce sont les Russes qui emportent la palme avec leur « Dialog in the dark » : enfermés dans le noir, les dirigeants doivent accomplir une mission tandis que s’abattent sur eux mille imprévus. Coopération, créativité et gestion du stress au rendezvous !

 

JB