A l’ère du digital, le PDG tient plus que jamais le rôle de chef d’orchestre. La tête résolument tournée vers les nouvelles technologies, il doit faire en sorte de déployer leurs usages innovants dans toutes les strates de son entreprise. Développement technologique, management des collaborateurs, gestion de la relation clients et des fournisseurs, création de valeurs… C’est bien d’une véritable révolution dont il s’agit.

 

Aucun pan de l’entreprise ne peut aujourd’hui passer à côté de la transformation numérique : dans un contexte digital mondialisé, c’est même devenu un véritable enjeu stratégique. L’actuelle mutation numérique exige des qualités nouvelles pour les dirigeants 4.0, qualités que l’on pourrait résumer dans le concept  très à la mode d’ « agilité », qui recoupe à la fois faculté d’adaptation, priorisation de l’innovation, gestion de l’incertitude et flexibilité…

Changer la culture de l’entreprise, une question de survie

Car dans une économie 4.0, le PDG doit avant tout s’adapter et être perméable à la culture digitale omniprésente. Sans être un spécialiste des algorithmes, du big data ou du machine learning, il doit percevoir ce qui se cache derrière les avancées technologiques et quels sont les vrais enjeux pour son entreprise, afin de lui permettre de conserver sa place sur le marché. Lors du récent Watson Summit organisé par IBM, Virginie Fauvel, membre du Comité Exécutif d’Allianz France en charge de l’Unité Digital et Market management, expliquait ainsi : « La responsabilité des dirigeants est de faire en sorte que leurs compagnies soient encore présentes dans les 10 à 30 prochaines années. Nous savons ce qui va arriver, et à quelle vitesse. Effectuer sa révolution digitale est devenue une nécessité pour tous ». Peter Zemsky, Professeur de Stratégie et d’Innovation titulaire de la chaire Eli Lilly de l’INSEAD, est du même avis : « La révolution digitale actuelle peut être considérée comme une forme de révolution industrielle qui, en son temps, a fait chuter le coût de l’énergie comme des biens manufacturés. Ce que nous voyons aujourd’hui,  c’est que le coût du stockage, de l’analyse et de la communication des données s’est amoindri et est devenu pratiquement nul. Les incidences de cette révolution vont avoir des répercussions sur le business et sur la société pendant encore plusieurs décades ».

Mobiliser l’ensemble des collaborateurs

Être lucide sur l’évolution de la chaîne de valeurs nécessite une vision prospective afin de déterminer où emmener les équipes et comment les impliquer dans le mouvement. « Nous ne sommes plus à l’heure du micromanaging. Le PDG doit impulser la bonne direction mais aussi faire comprendre à ses collaborateurs pourquoi et comment le changement est nécessaire » continue Peter Zemsky. Or, tous peuvent participer à la création de valeurs dans ce nouveau contexte digital, pas seulement les plus jeunes. Il y a donc un gros enjeu RH pour le PDG 4.0, l’entreprise du futur n’étant pas qu’une simple agrégation de technologies. Bien au contraire. L’entreprise 4.0 se caractérise par l’implication de tout le personnel, l’apprentissage permanent et une interactivité de tous les instants. Face aux mutations technologiques, les collaborateurs doivent s’approprier en temps réel les nouvelles technologies mises à leur disposition et c’est au PDG de les accompagner et d’anticiper le plus en amont possible les forces et compétences nouvelles dont il aura besoin demain.

Revoir la relation aux clients et fournisseurs

Certes, le pilotage n’est plus hiérarchique mais latéral, pour permettre à l’agilité et aux innovations de s’exprimer dans l’entreprise. Mais ce que le PDG insuffle en interne à ses collaborateurs doit aussi se retrouver auprès de ses clients et de ses fournisseurs, qui interagissent de plus en plus avec l’entreprise dans un environnement hyper-connecté. La gestion de la relation client notamment, fortement remise en cause par l’usage des réseaux sociaux, voit ses fondamentaux bouleversés depuis plusieurs années. « Il y a un réel devoir de transparence et de réactivité vis-à-vis du monde extérieur, dans un contexte mouvant, globalisé et hautement concurrentiel » estime ainsi Matteo Guerra, directeur associé de Page Executive (en haut à droite sur la photo). « Remettre le client au centre » est donc devenu un des mots d’ordre du PDG 4.0, qui s’entoure de toutes les technologies et les compétences à leur disposition pour y parvenir… Quant aux fournisseurs, ils deviennent des partenaires stratégiques d’une nouvelle dimension, garants de l’efficacité de la chaîne et du respect des promesses faites aux clients. Sans cesse confrontées à la concurrence accrue des startups qui peuvent « uberiser » à tout moment leur modèle économique, les dirigeants 4.0 sont d’ailleurs de plus en plus amenées à monter des partenariats avec de jeunes pousses innovantes. Et Matteo Guerra de conclure : « Le leader de l’entreprise 4.0 devra adopter une posture nouvelle, moins égocentrique. Celle d’un leader à la fois inspirant et porteur du changement, capable de s’effacer devant un collectif fait de ressources diverses et créateur non plus uniquement de richesses, mais de valeur et de sens pour les collaborateurs ».

Le chiffre : 60 % des métiers d’aujourd’hui n’existeront plus dans vingt ans. 60 % des métiers de demain n’existent pas encore actuellement.

Un duo de choc avec les RH : Savoir embarquer les équipes est devenu d’autant plus primordial que la révolution digitale coupe progressivement les niveaux hiérarchiques. Epaulé dans sa stratégie par sa direction Ressources Humaines, c’est au PDG 4.0 qu’incombe la tâche de redéfinir le rôle des collaborateurs et de les impliquer dans cette révolution. L’accompagnement au changement mené par les RH est un des facteurs clés de succès des transformations digitales. Cela passe notamment par la mise en place de modules de formation destinés tant aux managers qu’aux opérationnels. Mais aussi par la refonte de l’organisation du travail, pour favoriser de nouvelles façons de travailler ensemble en tirant parti des technologies.

2 questions à Geneviève Lefebvre, HEC Montreal, Directeur de projet au CEFRIO (en haut à gauche sur la photo)
 « Le premier rôle doit être donné au PDG, et non à la technologie»

Quels sont les défis du PDG 4.0 ? En matière d’Industrie 4.0, la question des technologies de l’information et de la communication devient de plus en plus stratégique, car un nombre exponentiel d’opportunités et de projets technologiques sont en jeu. Le PDG doit impérativement se familiariser avec ces nouveaux enjeux et définir sa propre vision et sa feuille de route de passage au 4.0. Il doit être conscient qu’il devra peut-être investir dans des projets dont le retour sur investissement sera parfois difficile à calculer. L’efficacité découlant de l’intégration des outils numériques, de la centralisation des données ou de l’optimisation des process étant moins simple à démontrer que l’ajout d’une machine dans un atelier de production.

Qu’en est-il pour les dirigeants de PME ? Si les PME négligent parfois de prendre le virage numérique lorsqu’elles gagneraient à le faire, c’est souvent car elles sont prises dans le feu de l’action et qu’elles donnent la priorité aux nouvelles demandes de leurs clients. Mais souvent, c’est aussi parce que les dirigeants sont rebutés par ce qu’ils connaissent mal ou par ce qui les éloigne de leur zone de confort. Le manque d’intérêt les amène parfois à laisser à d’autres, notamment aux responsables des TIC, le devoir de s’en occuper. Pourtant, ces projets sont des projets d’entreprise, ils doivent être portés par une vision d’affaires et soutenus par une équipe. Plus encore, ces projets doivent avoir un ambassadeur et le meilleur ambassadeur… c’est le dirigeant. Il doit être l’acteur de la transformation. En son absence, il n’y aura que des projets qui prendront la poussière sur une tablette ou qui ne développeront pas de compétences en l’interne. Pour réussir le passage au 4.0, le premier rôle doit être donné au PDG, et non à la technologie.

* CEFRIO: organisme de transfert mandaté par le Gouvernement du Québec pour accompagner des entreprises dans leur transformation digitale. Le CEFRIO est actif auprès de 200 entreprises qui investissent activement en TIC