Dans un monde qui évolue de plus en plus vite, les diplômés ont besoin d’être plus agiles que jamais. Ainsi, les écoles misent sur l’hybridation au travers des partenariats parfois inattendus. Zoom sur les nouvelles compétences dont seront dotés les futurs managers et ingénieurs.

 

Business school et académie d’art dentaire, école d’ingénieurs et institut de cuisine… De plus en plus d’établissements de l’enseignement supérieur ont décidé de développer des partenariats avec des institutions dont les domaines d’activités semblent pourtant très éloignés. « Grâce à ces partenariats, nous formons des étudiants dont le bagage académique est plus complet. Ils sont dotés d’un petit plus qui fait la différence sur le marché du travail », explique Valérie Pasturel, Directrice du PGE de PSB Paris School of Business. En effet, le monde de l’entreprise est de plus en plus demandeur de ces profils atypiques, capables de réagir face à des situations complexes.

Des profils 100 % hybrides

Fini les compétences techniques. Aujourd’hui, les grandes écoles misent avant tout sur l’ouverture d’esprit. Une nécessité pour former des jeunes à travailler dans des entreprises de moins en moins silotées. L’Académie d’Art Dentaire Isabelle Dutel a ainsi saisi l’opportunité de travailler avec ISC Paris, pour doter ses étudiants de notions de management, de marketing et de finance. « Nous avons à cœur de transmettre des compétences managériales aux élèves, en plus de leur excellence technique. Ce sont des notions dont ils ont besoin, car nombre d’entre eux souhaitaient fonder leur propre entreprise. Cela permet également aux étudiants de l’ISC Paris d’échanger avec des jeunes d’horizons différents », commente Corinne Rougeau Mauger, Directrice du double diplôme ISC Paris-Académie d’Art Dentaire Isabelle Dutel.

La rencontre entre les étudiants d’univers différents, un point important pour les grandes écoles. Celles-ci ont compris que l’ouverture d’esprit de leurs élèves ne se réalisait pas uniquement à travers des doubles diplômes. C’est ainsi qu’est née l’Alliance ARTEM dès 1999. Celle-ci rassemble l’École Nationale Supérieure d’Art, l’ICN Business School et IMT Mines Nancy. Les directeurs des trois établissements expliquaient vouloir former les étudiants aux nouveaux besoins des entreprises : « aujourd’hui, les modèles académiques existants sont inadaptés aux nouvelles exigences du marché et aux aspirations de la société. Les trois Grandes Écoles françaises de l’alliance ARTEM veulent conjuguer leur imagination, leur énergie et leur envie d’entreprendre pour répondre au mieux aux enjeux majeurs de la société contemporaine. »

Des profils 100 % agiles

Agilité et transversalité deviennent LES qualités clés dont doivent être dotés tous les futurs managers et ingénieurs qui investiront le monde de l’entreprise demain. Des compétences que ces alliances entendent transmettre. « ARTEM se rassemble d’abord autour de ses étudiants pour favoriser chez eux de nouveaux comportements, adaptés à la complexité, à la transversalité, des pratiques et au besoin d’agilité, de mobilité et de réactivité́ de notre société́. (…) ARTEM vise à générer des profils variés, de futurs professionnels exercés à une transversalité créative et productive, qui apportent une réelle plus-value aux organisations socio-économiques dans lesquelles ils seront moteurs », complètent les directeurs des établissements de l’Alliance.

Double compétence

Les doubles diplômes ingénieur-manager sont déjà nombreux. Nous pouvons citer les partenariats entre Centrale Lille et l’EDHEC, ENSAE ParisTech et ESCP Europe, l’ENAC et TBS… Aujourd’hui, les écoles misent avant tout sur des alliances plus innovantes. Design, Art et métiers de la bouche ou manuels, comme l’artisanat, les partenariats sont plus divers que jamais !

Designe-moi un partenariat

Depuis plusieurs années, Audencia travaille avec l’École de Design de Nantes et Centrale Nantes pour proposer un Mastère Spécialisé® Marketing, Design et Création. « L’internationalisation des marchés, l’intensification de la concurrence, la banalisation des produits de grande consommation rendent nécessaire une démarche de création et d’innovation permanente pour affirmer des positionnements différenciateurs et générer de la valeur ajoutée. (…) Le caractère prospectif du Design comme réflexion sur la fonction, l’utilité et l’esthétique des produits de demain donne à ce programme une approche à la fois économique et culturelle, deux dimensions qui doivent dorénavant inspirer les managers », affirme la business school pour justifier cette alliance.

PSB Paris School of Business s’est également rapprochée de Strate École de Design. Ensemble, elles ont ouvert une école en agence au sein de la Manufacture Design de Saguez & Partners de Saint-Ouen. Durant cette formation de 5 mois, des intervenants d’horizons divers invitent les étudiants à réfléchir sur l’innovation sociale de proximité au travers le prisme du design. En 2018, les élèves de ce programme ont notamment planché sur le futur des kiosques à journaux de la ville de Saint-Maurice et celle de Massy.

Symphonie d’alliances artistiques

Au-delà du design, l’art prend une part de plus en plus importante au sein des grandes écoles. Avec CHEL[S], le Collège des Hautes Études – Lyon Science[s], l’École Centrale de Lyon, Sciences Po Lyon, le Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon (CNSMD), l’École Normale Supérieure de Lyon et VetAgro se sont réunis en 2013 pour créer « un espace de convergence des compétences ».

Objectif ouverture

Chacun des étudiants de niveau master des 5 établissements peut librement assister à des cours d’une autre école. Ainsi de nombreux étudiants choisissent le CNSMD pour suivre une formation complémentaire spécialisée dans l’art. L’objectif ? L’ouverture d’esprit, « afin de préparer leurs étudiants à la prise de décision dans un environnement complexe et enrichir leurs parcours », précise le CHEL[S]. Parmi les modules : Discours politique, Arts et Société, Abord de l’animal, La nature en ville, physicochimie des surfaces, etc. PSB Paris School of Business offre également une ouverture vers l’art à ses étudiants au travers un partenariat avec les Cours Florent. Sur les deux premières années du PGE, les élèves peuvent se former à l’acting pour le théâtre ou pour le cinéma. « Grâce à ce partenariat, les étudiants apprennent à avoir confiance en eux. Les Cours Florent leur permettent de se connaître, de connaître les autres et de s’entraîner à s’exprimer. », explique Valérie Pasturel. Autant d’atouts indispensables pour les futurs managers !

Des partenariats aux petits oignons

Les métiers de la bouche sont également de plus en plus plébiscités. En 2017, Centrale Lyon s’est rapproché de l’Institut Paul Bocuse. L’objectif de ce partenariat est d’initier les élèves ingénieurs aux arts culinaires, mais les atouts sont nombreux pour les deux institutions. « Ce partenariat s’articule autour de quatre axes :

  • L’amélioration de la restauration universitaire. L’École Centrale servira de terrain d’expérimentation pour les élèves de l’Institut
  • La création d’une cuisine-école
  • L’accompagnement de projets de recherche. Une équipe de chercheurs travaille actuellement sur la tribologie et la notion de toucher et de goûts, notamment sur tout ce qui est attrait aux aspérités du vin. D’autres projets sont en cours sur la robotique et la digitalisation dans la restauration
  • Des réflexions communes sur les pédagogies, notamment sur l’entrepreneuriat et le design thinking », indique Catherine Daumas, Chef du projet de développement stratégique.

 

Et les business school sont également invitées au buffet des partenariats avec les écoles qui forment aux arts culinaires ! En effet, Grenoble École de Management a créé un double-diplôme avec l’école hôtelière Ferrières. L’ambition ? Proposer des cursus qui allient passion et management. Si GEM a choisi cette école, c’est pour s’associer à un établissement d’excellence en gastronomie, luxe et hôtellerie afin de répondre aux besoins en termes de management dans ces industries. Ce double-diplôme comporte également un atout pour la business school : renforcer son expertise dans les secteurs de la gastronomie et du luxe.

Répondre à la quête de sens des étudiants

Certaines écoles vont plus loin dans leurs partenariats atypiques, à l’image de l’INSEEC School of Business & Economics qui travaille depuis 10 ans avec l’armée. « Notre partenariat avec Saint-Cyr a permis de former 52 élèves de notre école en tant qu’officiers et réservistes. Douze ont fait le choix de rester définitivement dans l’armée de terre. L’atout de cette formation pour Saint-Cyr, c’est d’acculturer leurs élèves à des individus d’horizons divers. Au travers cette formation, la défense recrute également des talents vers lesquels ils ne se seraient jamais dirigés. Ce stage forme nos étudiants à la gestion de femmes et d’hommes en situation de crise. C’est une expérience rare et exceptionnelle », affirme Daniel Ambry, responsable des stages à l’INSEEC School of Business & Economics. Autant d’outils qui permettent aux futurs managers de mieux gérer le stress au travail. Centrale Lyon, quant à elle, a récemment réalisé un partenariat avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Une manière d’offrir aux étudiants des compétences artisanales, mais également de permettre aux artisans de bénéficier des ressources de l’école pour réaliser des projets. L’établissement met même à disposition ses élèves pour accompagner les artisans dans la construction et le déploiement de leurs innovations. « Je pensais que nos élèves ingénieurs se tourneraient vers l’artisanat d’art. C’est une agréable surprise de constater qu’ils s’orientent vers les métiers très manuels : souder, modeler, coudre… », observe Catherine Daumas. « Nos élèves sont en quête de sens dans ce qu’ils font. Ils ont besoin d’être dans le concret », complète la chef du projet de développement stratégique de Centrale Lyon. Ainsi, si ces partenariats atypiques fleurissent autant aujourd’hui, c’est pour répondre aux attentes des nouvelles générations, plus que jamais attentives au sens de leurs actions.