Si les paris sportifs ne déchainent pas (encore ?) les passions en France, la loi de 2010 a au moins permis de mettre ce goût du jeu au service du sport comme de l’économie légale. Sans toutefois régler tous les problèmes techniques et en en créant un autre, humain. Survol d’un bilan contrasté…

Trois ans après la légalisation des paris sportifs en ligne, quel bilan est-il possible d’établir ? Tout d’abord, que comparés aux Anglais ou aux Italiens, les Français ne sont pas de « grands joueurs » de ce côté. « Contrairement aux courses ou aux jeux de cartes, parier sur le sport n’appartient pas à notre culture, rappelle Jean-François Vilotte, président de l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux En Ligne) et grand spécialiste de la question. Avant d’ajouter : mais ils y prennent goût puisque le marché ne cesse de croître : + 20 % en 2012 et, a priori, + 10 % en 2013 où ils devraient dépasser les 800 millions d’euros ». Le grand avantage de cette légalisation, c’est bien sûr d’avoir régulé un marché jusque-là 100 % illégal ET parasitaire. 1,8 % des recettes sont désormais directement affectées au Centre National de Développement du Sport (plus de 10 millions d’euros l’an dernier !) et la part des paris illégaux ne s’élève plus, en France, qu’à environ 15 %. Mais, de ce côté, les paris étant dématérialisés donc apatrides, le chiffre n’a qu’une valeur toute relative (voir encadré).

 

Mettre en valeur de nouveaux sports
Non, au nombre des gains réels obtenus, outre la structuration du marché autour de 4 opérateurs principaux (PMU, Bwin, Betclic, etc. ils sont 9 en tout), citons la mise en avant de sports peu médiatisés mais qui plaisent aux parieurs, comme le basket (n° 3 des paris) ou encore la natation. Citons également l’accompagnement apporté au supporteurisme, élément important du sport (la majorité des parieurs sont, d’abord, des supporters), les 30 millions d’euros investis par les opérateurs de paris en publicité, partenariat et sponsoring, les 1500 emplois créés par ces mêmes opérateurs ainsi que la naissance d’un nouveau métier : côteur ! (sorte d’actuaire remplaçant les stocks options par des pénaltys). Quant aux paris truqués, ils représentent l’exception et des affaires comme celle des frères Karabatic au hand-ball en 2012 ont plutôt servi la cause en renforçant l’attention portée aux possibles arrangements. Car, paradoxalement, ainsi que l’explique Jean-François Vilotte, le dernier bénéfice lié aux paris tient au fait « qu’ils permettent de mettre en lumière nombre de pratiques douteuses et arrangements n’ayant pas les paris pour origine et qui passaient inaperçus jusque-là ». Même si, comme le rappelait récemment la ministre en charge des Sports : « Il est plus facile de tricher pour perdre que pour gagner », il est désormais un peu moins facile de perdre « pour de faux ».

 

Le côté obscur des paris
Le premier vrai problème des paris en ligne, c’est bien sûr, leur dématérialisation. Qu’importe une loi française lorsque l’on opère depuis l’étranger ?… Quand l’arithmétique légale (5 % seulement !) se chiffre en millions, l’illégale fonctionne, elle, à coups de milliards : 140 estimés pour un marché contrôlé par une authentique mafia qui l’utilise, entre autres, pour blanchir l’argent de la drogue. D’où la motivation de l’Europe* à internationaliser la législation et aboutir à un texte dès 2014.Le second problème, c’est l’addiction. Là où celle liée aux jeux de hasard concernaient les CSP –, l’addiction aux paris sportifs touchent en priorité, selon l’étude réalisée au printemps dernier par le gouvernement, les… jeunes diplômés (!), puis les cadres supérieurs et, de plus en plus, les femmes. 600.000 personnes en souffrance et incapables d’arrêter, pour lesquelles, crise ou pas, le gouvernement a été contraint d’augmenter le Fonds d’Aide aux Victimes. Quand le jeu n’en est plus un…
*hors Malte qui retire des paris 30 % de son PIB !

 

JB