Samarkand, Boukhara, Khiva… Noms mythiques qui ont fait rêver plus d’un voyageur au fil des siècles. Au coeur de l’Asie centrale et de la légendaire route de la Soie, l’Ouzbékistan mérite la découverte. Dépaysement assuré !

 

Samarkand - place du Registan

Samarkand - place du Registan

Lorsque vous annoncez votre prochain voyage en Ouzbékistan, les réactions vont inévitablement de « Ouzbé quoi ? » à « Pourquoi ce choix ? » Et pourtant… Avec le Kazakhstan, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan, le pays est l’une des cinq républiques d’Asie centrale devenues indépendantes en 1991 lors de la dissolution de l’URSS , le seul à avoir une frontière commune avec les quatre Syr-Daria, tous deux reliés à la tristement célèbre mer d’Aral, ce grand lac salé dont la superficie ne cesse de diminuer, irrigation nécessaire à la production de coton en masse oblige…

 

La route de la Soie
Itinéraire mythique entre l’Occident et la Chine, la route de la Soie passait notamment par Samarkand et Boukhara. Longtemps, les Chinois furent les seuls à détenir le secret de fabrication de la précieuse étoffe qui, dès le milieu du premier millénaire avant J.C., attira les voyageurs occidentaux. Et ne cessa de les fasciner, à l’instar de Marco Polo au 13e siècle… Il faut imaginer ces longues caravanes d’hommes et de chameaux, chargés de précieuses marchandises, la soie ne représentait qu’une petite partie du commerce effectué sur cette route, faisant halte dans des caravansérails, dont certains sont aujourd’hui devenus des hôtels ou des restaurants touristiques très dépaysants… Au 15e siècle, cette route fut supplantée par la voie maritime et progressivement abandonnée. Toutefois, au-delà des relations commerciales, elle avait aussi favorisé les échanges religieux, intellectuels et artistiques…

 

Une région convoitée par les conquérants
Carrefour de civilisation s’il en est, l’Ouzbékistan n’a cessé d’intégrer des éléments de culture et de religion véhiculés par les voyageurs, apports au fil des siècles ayant façonné l’Ouzbékistan actuel ! Nomades ou sédentaires furent touchés par le bouddhisme, le manichéisme, le zoroastrisme, le nestorianisme, l’islam… territoire de l’actuel pays, puis, dans la deuxième moitié du 19e siècle, ce sont les Russes qui s’emparent des grandes villes d’Asie centrale. En 1924, l’Ouzbékistan intègre les nouvelles Républiques socialistes soviétiques d’Asie centrale, jusqu’à son indépendance en 1991. Aujourd’hui, monuments, rites, cuisine, thé et vodka… témoignent de la diversité de ces apports successifs, même si l’islam et les survivances de l’époque russe semblent prédominer dans cette jeune nation. De nombreux conquérants sont passés dans cette région, parmi lesquels Alexandre le Grand ou Gengis Khan, mais celui auquel le pays voue une véritable admiration est Timur Lang, plus connu en Occident sous le nom de Tamerlan. Guerrier intrépide, il instaura au 14e siècle, par la force et la terreur, un immense Empire turco-mongol et fit de Samarkand un grand centre intellectuel et artistique. Aujourd’hui, sur les grandes places publiques du pays, sa statue a détrôné celle de Lénine ou de Karl Marx…

 

À chaque ville, ses monuments !
Dépaysement assuré dès l’arrivée à Tachkent, la capitale de plus de 2 millions d’habitants, largement reconstruite après le tremblement de terre de 1966. Larges avenues, espaces verts nombreux, métro richement décoré de marbre… Au bazar Chorsu, au coeur de la vieille ville, les stands regorgent d’épices, de fruits secs, de carottes jaunes finement découpées, de pains décorés… Et déjà l’accueil ouzbek qui ne se démentira jamais durant tout le voyage ! Une population souvent joyeuse adorant photographier les touristes occidentaux… À Tachkent on peut tout à la fois se promener sur l’immense place de l’Indépendance, qui rappelle la période soviétique, et admirer le Coran du calife Osman rédigé au 8e siècle, le plus ancien connu au monde. Mais déjà, le train nous emmène, et lors du petit-déjeuner, offert avec le sourire, on rêve que la SNCF s’inspire du service ouzbek…

Samarkand ! Impossible de ne pas ressentir d’émotion en embrassant du regard la majestueuse place du Registan. Bordée de trois medersa, ces écoles coraniques où l’on enseignait aussi l’astronomie, les mathématiques et autres sciences et arts. Mais déjà, dans cette ville surnommée la perle de l’Orient, d’autres beautés nous attendent, d’autres medersa et mosquées aux coupoles d’un bleu turquoise inégalé, des minarets élancés, la nécropole de Chah-e Zendeh, riche de onze mausolées édifiés au cours des siècles pour les membres des dynasties régnantes. Partout, des plafonds et des façades richement décorés, une explosion de mosaïques et de majoliques… C’est en pensant qu’on ne verra rien de plus beau qu’on découvre Boukhara et de nouvelles splendeurs, comme le mausolée des Samanides. Érigé vers 907, c’est le plus ancien mausolée musulman d’Asie centrale. Fait d’un ensemble de briques de dimensions et de volumes différents, qui seraient cimentées au jaune d’oeuf et au lait de chamelle, sa porte est surplombée d’un cercle dans un carré, le symbole zoroastrien de l’éternité. Caractéristiques aussi, la citadelle, résidence des émirs jusque 1920, le grand bassin du centre-ville, bordé de monuments, dont le caravansérail des derviches pèlerins ou encore l’ensemble Poi Kalon, l’étonnante Tchor Minor aux quatre minarets bleus. Ruelle après ruelle, sans oublier celles du typique quartier juif, on arrive sous les coupoles, des bâtiments marchands du 16e siècle, où l’on aimera marchander tapis, suzanis, ces tissus brodés typiques du pays, marionnettes de papier mâché ou autres miniatures peintes représentant des scènes des Mille et une nuits…
Khiva
se mérite ! Plus de 8 heures d’autocar depuis Boukhara à travers le désert du Kyzil Koum (signifiant sable rouge), qui couvre à lui seul les 2/3 du pays, pour atteindre la cité classée au patrimoine mondial de l’Unesco ! Grâce à une belle rénovation, Ichan Kala, la ville intérieure, ceinte de 2 200 m de murailles de pisé, du haut desquelles on peut jouir d’une vue superbe, offre le même visage qu’il y a plus de 2 500 ans… Un vrai musée à ciel ouvert ! Ici aussi les coupoles et minarets font lever les yeux et les visites des medersa et des mosquées, comme celle qui compte 123 piliers en bois, tous différents, font oublier ce long voyage. À l’intérieur du palais, le harem, où vivait le khan, ses quatre femmes et ses innombrables concubines… Dehors, dans le dédale vendeurs de toques en astrakan ou de châles en poil de chameau tenteront de vous convaincre de dépenser vos derniers soums…

 

Samarkand, nécropole de Chah-e Zendeh, femmes en pélerinage

Samarkand, nécropole de Chah-e Zendeh, femmes en pélerinage

Femmes en Ouzbékistan
Partout sur les sites touristiques, des groupes de femmes visitent les lieux saints et se font expliquer par un guide la riche histoire de leur pays. Les plus âgées arborent le costume traditionnel, pantalon recouvert d’une robe longue et ample et petit foulard. Leurs cadettes, vêtues de manière plus classique, se promènent en famille, avec des enfants, toujours tirés à quatre épingles… Durant des années, la politique communiste a fait de l’éducation sa priorité, garçons et filles fréquentaient les mêmes écoles, avant de connaître les mêmes conditions de travail dans les usines. Depuis l’indépendance et le retour en grâce de la religion, les règles sont plus marquées. Ainsi, une femme encore célibataire à un âge « raisonnable » subit une forte pression familiale et sociale. Après le mariage, consécration d’années d’économies de la part des parents, le couple vit avec la famille de l’époux, la jeune femme ne peut travailler sans l’accord de son mari et ne peut pas sortir seule… Dans la capitale, toutefois, certains jeunes couples adoptent un mode de vie plus occidental, même si partout, les « aksakal » (mot signifiant barbe blanche) président les conseils de quartier et donnent leur avis, respecté, sur tous les sujets, publics comme privés. Autre image qui s’imprègne, celle de ces femmes qui balayent sans cesse (les villes et rues sont exceptionnellement propres), entretiennent les jardins publics et même travaillent dur dans les champs, la mécanisation n’en étant qu’à ses débuts. Certaines d’entre elles font tourner la maison pendant que le mari est parti travailler en Russie. Images contrastées qui rendent bien difficile tout pronostic quant à l’évolution de la condition féminine en Ouzbékistan…

 

Françoise Felice