DGA un jour, DGA toujours ? Expression de la valorisation d’une expertise ou incarnation d’un « super secrétaire général », la fonction de directeur général adjoint est-elle le tremplin idéal vers la direction générale ou une fin en soi ? Portrait d’un manager de la transversalité.  

 

La fonction de DGA donne du poids ! Pour Pascale Levet, Professeur associée en RH à l’iaelyon School of Management, elle est souvent « un signe politique fort permettant de valoriser une expertise maîtresse dans la stratégie de l’entreprise ». Ainsi, « il n’est pas rare que le DGA soit un directeur métier auquel on ajoute cette fonction statutaire et symbolique. Le titre vient alors légitimer l’importance d’une fonction historique ou émergente dans l’organisation. C’est aussi une marque de confiance envers un dirigeant dans sa capacité à penser au-delà de sa fonction et à incarner une perspective corporate », précise Maria Giuseppina Bruna, professeure de Management et Directrice de la chaire Entreprise Inclusive à l’IPAG Business School.

 Un éternel second ?

Quelle que soit son expertise métier, le DGA fait face aux mêmes défis que le DG (transversalité, appréhension systémique, dépassement d’une approche en silos et en divisions, capacité à anticiper les grands défis, agilité, anticipation, réactivité, flexibilité…) mais sur un périmètre restreint. « Il impulse à ses équipes une approche globale et une conception holistique de l’entreprise. Il est en charge, avec la direction générale, de porter une réflexion stratégique sur le moyen et le long terme et de porter les réformes liées à son périmètre ou à son expérience », ajoute-t-elle. Il peut aussi être au cœur des évolutions sociétales dans le cadre d’une conduite du changement. Il joue alors le rôle de « top ambassadeur du changement ».

 Le « bac à sable » de la DG

La direction générale adjointe : une fabrique à dirigeants ? Sans aucun doute ! « Etre DGA c’est s’exercer à la transversalité typique de la direction générale dans un environnement où la conduite de projets, la mobilisation des informations de plusieurs niveaux et la complexité des sujets se font dans l’espace très particulier du CoDir. C’est un formidable espace d’apprentissage », indique Pascale Levet. Mais est-ce à dire que le DGA prendra systématiquement la place du DG ? « Dans une petite structure, il peut être nommé dans le cadre d’un plan de succession du DG. Dans une structure plus importante en revanche, le DGA court toujours le risque d’être considéré comme l’éternel bras droit. »

DGA pourquoi pas moi ?

Plus exactement, « DGA pourquoi pas moi…demain ? », demande Maria Giuseppina Bruna. Car, sauf situations particulières (TPE ou entrepreneuriat, expertise métier rarissime), il est très rare d’être nommé DGA en début de carrière. « Le DGA c’est comme un ministre d’Etat : c’est un directeur doté d’un cœur de métier important à qui on confère une reconnaissance statutaire. » Si on peut être DG sans être passé par la case DGA, force est de constater que cela constitue un bon tremplin pour celles et ceux qui se destinent à la tête d’une entreprise.  « Cette fonction oblige à sortir de son sœur de métier. Elle enseigne la globalité, l’agilité et l’intelligence de la coopération. Finalement le DGA est un « bon accoucheur des idées d’autrui », un animateur, un gestionnaire de talents, un négociateur en chef », conclue la professeure.

 Trop de DGA tue le DGA Marqueur fort pour un métier opérationnel ou fonctionnel, la fonction de DGA peut aussi « introduire un degré de complexité qui embolise la stratégie. En créant de la transversalité à tous les étages, l’organisation devient ficelée à des exigences métiers, fonctionnelles et à des process qui se transforment en cages », prévient Pascale Levet.