Un semi au revoir. Bernard Belletante a convié la presse une dernière fois en tant que président du directoire d’emlyon business school. A compter du 1er avril 2019, il devient vice-président du conseil de surveillance. Avec plus particulièrement en charge la conception et la construction du nouveau bâtiment d’emlyon à Gerland en 2022, incarnation ultime de sa stratégie early makers. Il passe le flambeau à Tawhid Chtioui, artisan d’emlyon africa et de son campus casablancais.

 

Fier de son bilan

Il y a 5 ans, Bernard Belletante lançait son plan stratégique Nouveaux Territoires 2020. Paris, Saint-Etienne, Shanghai, Casablanca, cet été l’Inde, en 2023 l’Amérique Latine et même un bureau au Canada, le déploiement de la fabrique d’early makers s’est fait à grande vitesse sous la houlette de son instigateur. Il a également développé l’activité de l’institution de 53 à 112M€, repassé son résultat net dans le vert (5.6 M€) alors même que cessaient les subventions de la CCI. « Lors de la clôture de nos comptes, le CA a applaudi, je n‘avais jamais vu cela ! » Il a aussi formé une nouvelle équipe pour porter et pousser sa stratégie disruptive. « Je suis très fier de mes équipes, d’avoir créé 112 emplois, et de notre rigueur financière. »

Pour revivre en images et en analyse les inaugurations des campus de Shanghai et de Casablanca, c’est à lire ici et ici

Belletante Arena

Cette capacité financière est mise au service d’un grand projet de campus en centre-ville sur lequel planche avec bonheur Bernard Belletante. « En 2022, nous ouvrirons à Gerland un mall des intelligences, un lieu totalement inédit, un hub ouvert et reconnecté à la ville, et propre à délivrer une pédagogie disruptive. Il sera notre emblème comme certains clubs ont leur stade. » Pas de chichis architecturaux, mais un budget de 100 M€ consacré aux aménagements intérieurs. Gerland sera l’incarnation ultime de l’idée même de la stratégie early maker : intégrer dans le processus éducatif le fait que tous les savoirs soient désormais accessibles et s’appuyer sur la puissance de calcul et l’IA pour ultra personnaliser les cursus et les profils.

Se transformer ou disparaître

emlyon a changé de gouvernance et de statut pour poursuivre sa croissance. « Sans cela nous disparaîtrions » affirme sans détour le futur vice-président. Il est persuadé que les « écoles de management telles que nous les connaissons auront disparu dans 10 ans. Nous devons nous positionner sur la business mediation, et ainsi amener au marché dans une logique de projets des médecins, des ingénieurs, des technologues. La révolution numérique nous rappelle que nous devons être au service de l’industrie, du droit, de la médecine… Le manager pur n’existera plus, il faut l’hybrider, mettre en exergue son intelligence émotionnelle, ses capacités à négocier, à tester, à emmener des équipes, à mobiliser l’intelligence collective, qui le différencient de l’IA ».

emlyon business school, la fabrique d’early makers tourne à plein régime !

Si déjà emlyon mise fortement sur les technologies, l’IA et la data science, tout autant que la promotion du QE de ses étudiants, il faut aller plus loin. C’est ce diagnostic que Bernard Belletante a posé sur la table de son CA pour motiver la nécessité d’innover, de changer, de penser un nouveau type d’établissement.

De l’argent pour accélérer

« La CCI nous a longtemps soutenus, mettant 100 M€ dans emlyon entre 2000 et 2014. Mais aujourd’hui, elle ne peut plus financer notre indispensable croissance. » Pour financer les changements à venir et l’accélération, Bernard Belletante décrit 4 types d’actionnaires susceptibles d’entrer au capital de la holding de la SA, early maker group.

Actionnaire de référence : porteur de sens et des valeurs, aujourd’hui majoritaire, la CCI de Lyon
Actionnaires d’engagement : les alumni et les collaborateurs
Actionnaires de croissance : ils s’engagent à financer l’école sur le moyen et le long terme, et se rémunèrent sur la valeur prise par l’école
Actionnaires d’enracinement : les entreprises dont le siège est à Lyon et partenaires historiques de l’école

Le défi : rédiger un pacte d’actionnaires aussi béton qu’attractif pour assurer la croissance saine et durable de l’institution. « Nous prenons un risque maîtrisé » affirme Bernard Belletante. « Et nous sommes déjà de fait dans une logique partenariale, ajoute Tawhid Chtioui. Nous travaillons avec de nombreuses parties prenantes, diverses dans leurs attentes et contraintes. Et cela nous savons déjà gérer. Une logique d’ailleurs aussi exacerbée dans le cadre de notre globalisation. »

Ancrage territorial

Et si Bernard Belletante souhaite une longue vie à emlyon business school, c’est aussi car il croit « en l’importance de préserver des formations de qualité dans les territoires, face à la parisianisation des écoles de management. Il en va de notre responsabilité de nourrir les tissus économiques locaux ». emlyon business school vient d’ailleurs de créer avec bpi france un cursus dédié aux ETI et PME.

Passeur et développeur

« A un certain âge on devient un passeur, il ne faut pas faire le tour de trop, et passer le ballon » estime Bernard Belletante. Et le relais, c’est à Tawhid Chtioui qu’il le passe. Les deux hommes collaborent depuis deux ans, et le premier restera aux côtés de second pour une passation en douceur. « Tawhid est quelqu’un d’innovant, c’est un développeur qui sait changer les choses. Il l’a prouvé en montant notre campus de Casablanca, en faisant un hub vers l’Afrique. Le CA m’a suivi à 100 % dans ce choix. »

« Monter le campus de Casablanca a été un terrain de test extraordinaire, raconte le futur Dean et président du directoire Tawhid Chtioui. Nous sommes devenus grâce à cela beaucoup plus agiles et innovants. C’est cet esprit que je veux porter à la tête d’emlyon. Le tout dans une logique de connexion entre nos campus et hubs à travers le monde. »