Un demi-siècle avant les candidats de Pékin Express qui pratiquent sans le savoir sa règle du jeu du « un dollar par jour, pas d’hôtel et stop à tout va »,  André Brugiroux a sillonné la planète en tous sens à la poursuite de son rêve d’enfant. Et au-delà…

S’il est parfois arrivé à André Brugiroux de dérouler son sac de couchage dans les endroits les plus improbables, cet aristocrate de la route n’a jamais négligé d’enfiler son pyjama avant de s’endormir… d’un sommeil aussi léger que son sac à dos. « Je ne suis pas une tête brûlée ; simplement, j’ai pris un jour pour devise cette réplique de Don Quichotte : « Tu trembles, carcasse, mais si tu savais où je te mène, tu tremblerais plus encore ! ».Quel vent intérieur a donc poussé sa vie durant sur les chemins buissonniers cet homme qui vient de fêter ses 70 ans sur l’île de Socotra, au large du Yémen ? « Une insatiable curiosité du monde et de ses habitants, qui m’habite depuis que je suis gamin. »Flash-back : ses études à l’école hôtelière achevées, André quitte la France à 18 ans. Nous sommes en 1955 et faute d’individus à désigner, le terme « routard » n’a pas encore été inventé. Brugiroux s’y emploie qui parcourt l’Europe pour faire siennes les langues de Shakespeare, Dante, Cervantes et Goethe. Dans quel but ? « Je n’aurai su le formuler consciemment, mais il y avait cette phrase que je me répétai enfant, comme un mantra : « tous les pays du monde… »

 

En route !
Comme on lui refuse d’entrer en URSS,  André file au Canada où il accumule un précieux pécule en travaillant en tant que traducteur.  Comme Saint Antoine au désert, la Tentation se plante alors devant lui et lui susurre ses merveilles à l’oreille. « On me nommait directeur, avec salaire en conséquence ! » Agrippé à son autre tympan, un petit génie psalmodie : « tous les pays du monde… »André solde son compte et taille la route plein sud. En voiture tout d’abord, puis, rapidement, en stop.C’est là qu’il découvre sa règle du jeu personnelle. « Je faisais le bilan de ma traversée du Brésil : 30 jours pour 30 $ dépensés. Avec 1 $ par jour, en ne dormant jamais à l’hôtel et en me déplaçant en stop, je pouvais tenir longtemps. » Une dysenterie félonne le stoppe net au Pakistan, son… 135e pays ! Il perd 12 kilos avant de céder à la raison du plus faible : rapatriement en urgence après… 17 années sur la route.

« Une vie sabbatique »
Regardant aujourd’hui la télévision, André pose un œil magnanime sur la course effrénée des candidats de Pékin Express. « Un Euro par jour, pas d’hôtel, du stop, ils ont vraiment piqué toutes mes idées ! » Les avantages de la formule Brugiroux ? « A voyager si modestement, je suis obligé d’aller vers l’Autre. » S’il parle au présent, c’est qu’une fois requinqué, « le plus grand voyageur vivant » mit un point d’honneur à exaucer son rêve d’enfant : 30 ans, 7 emprisonnements et 2 déportations plus tard (il fut accusé d’être guérillero, espion, pirate de l’air…), c’est chose faite. Et bien faite, puisqu’en plus des 193 nations de l’ONU, André élargit entre temps son projet à tous les « territoires géographiques » ; « si la Polynésie est administrée par la France ; il ne s’agit en aucune façon d’une même entité. »C’est ainsi que s’octroyant « une vie sabbatique », l’infatigable pèlerin atteignit au Mustang en 2004,son dernier horizon « officiel », le 249e. Et se choisit d’autres motifs de continuer à bourlinguer !

 

Carnets de route
Prenant le relais de « La terre est un seul pays » (Géorama), récit du premier tour du monde effectué entre 1955 et 1973, « Une vie sur la route » (même éditeur)
nous emporte aux côtés d’André Brugiroux de 1974 à nos jours.
Sans oublier : http://andre.brugiroux.free.fr

 

JB