Professeur d’économie (Paris VIII ) et chroniqueur (France Culture), Olivier Pastré est aussi passionné dans ses engagements que tempéré dans ses jugements. Dénonçant « l’insupportable fatalisme français », il démontre « en 18 leçons » dans son dernier ouvrage que notre situation économique est loin d’être catastrophique. Tant s’en faut…

Olivier Pastré

Olivier Pastré

Tout va bien, vraiment ?…
Mondialement, nous avons échappé au pire. L’industrie financière a failli s’effondrer sous le poids de ses excès et entraîner le monde entier avec elle. Mais elle s’est rétablie et a été remise au pas, même si l’on n’est pas toujours allé assez loin dans la régulation bancaire. Néanmoins, l’inflation est maîtrisée et le pire des maux, le protectionnisme, a été évité. La coopération l’a emporté sur le conflit et depuis la fin 2012, la zone euro est sécurisée. Globalement, le monde est de nouveau en croissance, le train de l’économie américaine est remis sur les rails et les principaux moteurs de l’économie, les BRICS (Brésil, Russie, Inde et Chine), certes durement touchés, ont retrouvé le chemin de la croissance.

 

« Aucun pays en Europe n’a une démographie aussi porteuse d’avenir
que notre pays »

Et la France ne serait pas si mal lotie ?…
Aucun pays en Europe n’a une démographie aussi porteuse d’espoir que notre pays : 13 enfants pour 1 000 habitants contre 8,3 en Allemagne par exemple. Or, une démographie dynamique génère une hausse de la « croissance potentielle » positive et puis, les Français sont des fourmis besogneuses, le taux d’épargne des ménages est de 17 % contre 13 % en moyenne dans les pays européens, le niveau des taux d’intérêt, bon indicateur de l’attractivité d’un pays, n’a jamais été aussi bas : moins de 2 % pour les emprunts à long terme. Aujourd’hui, la France est le 5e pays d’accueil de l’épargne mondiale et la 3e destination des flux d’investissement direct, plus de 20 000 entreprises étrangères sont implantés chez nous tandis que le nombre d’entreprises françaises exportatrices a, lui, augmenté de 3 % en 2012 et que notre pays se classe 3e pour son nombre d’entreprises « poids lourds » génératrice de profit ; même classement au top des entreprises innovantes. Ce, alors même que les inégalités sont, en France, de 15 % inférieures à la moyenne européenne et que notre imposition n’est pas la plus élevée contrairement à ce que l’on dit.

 

Et le « ou presque », alors ; ce qu’il faut changer ?
Notre génération a longtemps vécu à crédit et fait porter aujourd’hui sur les jeunes un lourd fardeau. Ce pourquoi il faut poursuivre les réformes ; celle de l’Etat et puis cette liste de réformes désormais bien connues, certes difficiles mais indispensables et auxquelles les Français, contrairement à ce qu’on dit, ne sont pas opposés. A mon sens : stabilisation du cadre réglementaire, réparation de l’ascenseur social, renforcement des contre-pouvoirs et pédagogie sont les quatre piliers dure nouveau sur lesquels baser son action. Mais il faudrait pour cela en finir avec cet irresponsable fatalisme français. Malheureusement, le « tout va mal » fait vendre les journaux et sert la carrière d’hommes politiques qui peuvent alors se poser en « sauveurs ». Il est grand temps que les jeunes réagissent et mettent les vieux dehors !

 

« Tout va bien (ou presque) » (éditions Fayard)
La preuve en 18 leçons. Dans cet ouvrage extrêmement salutaire, Olivier Pastré et Jean-Marc Sylvestre (économistes et journaliste à i-Télé), expliquent qu’en dépit d’une situation économique et sociale inquiétante, nous vivons dans un pays merveilleux qui dispose d’atouts considérables pour peu que l’on veuille bien se donner la peine de regarder le verre à moitié plein et non pas uniquement le verre à moitié vide, comme nous y incitent quotidiennement politiques et médias. Arrêtons de diaboliser les entreprises, réformons ce qui dysfonctionne et sortons de ce pessimisme typiquement français (champions du monde !) qui mine notre confiance et nous empêche de valoriser nos multiples talents.

 

J.B.