Si des extraterrestres devaient choisir un pays pour étudier l’avenir de l’humanité, nul doute qu’ils se pencheraient sur le cas du Japon. L’Empire du soleil levant est un pays ultra moderne qui ne cesse d’innover malgré une population vieillisante et une crise économique dont il n’arrive pas à sortir. Comment expliquer ces paradoxes ?

Portables avec des fonctions dernier cri, robots ressemblant étrangement à l’homme, bienvenue au Japon, du moins tel que l’on se l’imagine ! Pour beaucoup d’entre nous le Japon est le pays qui se rapproche le plus des romans de science-fiction. C’est là où la technologie évolue, où les robots sont développés. Et, effectivement, nous ne nous trompons pas : le Japon est l’un des pays où on l’on dépose le plus de brevets d’invention. C’est aussi le pays leader en termes d’électronique, automobile, machines-outils… Surtout le Japon produit plus de la moitié des robots. Ainsi dans la course à l’innovation mondiale le Japon garde une place de choix.

Pourtant d’un point de vue démographique le Japon est un pays sur le déclin. Les statistiques inquiètent : l’âge moyen de la population est de 42,3 ans et les plus de 65 ans représentent plus du quart de la population. La croissance démographique a été nulle en 2006 et 2007 (OCDE) et elle sera bientôt négative…
Ainsi les personnes « âgées » représentent une part très importante de la population japonaise. Les mentalités spécifiques à cette classe d’âge vont donc de plus en plus imprégner et influencer les orientations politiques et économiques du Japon. Or les personnes âgées sont plus « conservatrices » et réfractaires à l’innovation que les jeunes. L’innovation ne vient généralement pas de cette classe d’âge. De plus, on pense souvent (et cela est généralement vrai) que c’est un public qui adopte moins les dernières nouveautés technologiques. Avec un public réceptif à la nouveauté plus réduit l’incitation à innover est plus faible. On peut donc se poser des questions sur la croissance du Japon dans l’avenir.

Face à une population vieillissante un pays a deux choix : soit il relance les naissances en adoptant une politique nataliste, soit il fait appel à l’immigration pour combler le déficit de naissances. Or au Japon le taux de fécondité stagne à 1,3 (bien en dessous du seuil de renouvellement des générations) et la part des moins de 15 ans dans la population ne cesse de décliner. De plus, à cause des difficultés économiques et d’une vision de l’avenir pessimiste les jeunes n’ont pas un fort désir d’avoir des enfants. A moins d’un miracle le nombre de naissances au Japon a peu de chances d’augmenter.
Pour contrer son déclin démographique le Japon devrait donc faire appel à l’immigration. Or, là encore, ce n’est pas le cas. Parmi les pays développés, le Japon est celui qui compte la part la plus faible d’étrangers dans sa population (moins de 2 % de la population).
Le taux de migration nette est quasiment nul, voir négatif, ces dernières années. La population japonaise est très réticente au recours à l’immigration à grande échelle. Les immigrés sont mal acceptés et plutôt marginalisés. Certes, les choses commencent légèrement à bouger : des programmes d’accueil de migrants et saisonniers apparaissent et le nombre d’étrangers va augmenter.
Toutefois une question d’importance demeure : comment le Japon va-t-il faire face à une population vieillissante et déclinante avec tous les problèmes que cela implique (financement des retraites, gestion des personnes âgées et accroissement des dépenses de santé) ?
Par rapport à cela le Japon apporte une réponse originale : pour s’occuper des personnes âgées, utilisons les robots ! Le Japon a l’intention d’être le premier pays à les démocratiser en équipant chaque foyer d’un robot. L’idée est de développer des « partenaires » humanoïdes et des « assistants » robotiques. En 2025 ils devraient être pleinement intégrés à la vie quotidienne d’après la Japan Robot Association. Un robot assistant les personnes handicapées, Twendy One, a déjà été crée. Il peut lever et placer une personne sur un fauteuil roulant et cuisiner un petit-déjeuner ! L’avenir du Japon est donc dans les robots de compagnie !

Les robots seraient donc la solution aux problèmes des Japonais. Cependant peuvent-ils remplacer les hommes ? Le Japon ne se voilet- il pas la face en évitant ainsi d’aborder une réforme de la société japonaise plus que nécessaire pour sortir le pays de la crise ?

Ophélie Buisson, pour le Jump’ HEC