Le numérique n’apporte pas que des outils techniques. Il induit également une réflexion sur l’impact des technologies et de leurs usages sur la manière de travailler, de manager, et dont les entreprises gèrent cette transition. Stéphanie Bacquere et Marie-Noéline Viguier, co-fondatrices de la société Nod-A et Maurice Thévenet, professeur à l’ESSEC Business School, délégué général de la FNEGE, nous éclairent. Par Maximilien Arengi

 

Un nouveau mode de pensée

Le numérique apporte de nouvelles pratiques dans le travail. C’est ce sur quoi travaille la société Nod-A : « Il est compliqué de sortir du modèle pyramidal. Les patrons ont du mal à imaginer cette transformation numérique autrement que par un management top-down. Or, le fonctionnement numérique, c’est réseau, compétence et collaboration » résument les fondatrices.

 

Un modèle emprunté à celui des hackers

Les deux dirigeantes de Nod-A ont écrit un livre sur leur approche : « Makestorming, le guide du corporate hacking » paru en juin 2016 aux éditions Diateino. Elles y décrivent comment la révolution va se faire : « Les diplômes, le niveau hiérarchique, l’âge, l’apparence seront moins importants. Ce qui comptera, ce sont les compétences, les connaissances et la capacité à travailler ensemble des individus, comme avec les hackers. »

 

Une approche par projet

Nod-A aborde la transformation des entreprises via une approche par projet ; une manière de montrer concrètement quel est l’apport du numérique. « Les gens en ont assez des plans de transformation et il y a un besoin de les rassurer. Nous organisons donc des workshops, appelés sprints, sur des enjeux opérationnels. Ils sont fondés sur des projets concrets et visent à les faire travailler différemment. »

 

Triple évolution dans les métiers du management

De son côté Maurice Thévenet identifie trois évolutions dans les entreprises et notamment dans les métiers du management :

  • « Le numérique transforme les modes de communication. Cette transformation est permanente car elle s’inscrit dans le temps et est universelle.
  • Le numérique permet également d’automatiser des tâches importantes qui étaient de la responsabilité des managers.
  • Enfin, le recrutement et la GRH sont également transformés par la généralisation du numérique, avec notamment le recrutement sur les réseaux sociaux ou l’évaluation des performances en continu. »

 

L’hyper-connexion : un problème de société ?

Maurice Thévenet considère l’hyper-connexion plus comme un problème de société qu’un problème en entreprise : « Le numérique rend floue la frontière entre deux mondes auparavant séparés : le monde du travail et le monde personnel. L’interpénétration de ces deux mondes est mutuelle. On oublie trop souvent que la vie personnelle déborde aussi sur la vie professionnelle. »

 

La théorie du Boa

En ce qui concerne la question du numérique au travail, Maurice Thévenet développe la théorie du Boa : « Les débats autour des technologies et de leurs impacts en entreprise s’apparentent à la digestion du boa. Comme la proie du boa en début de digestion, on distingue très bien les débats en début de processus. Les entreprises digèrent finalement les évolutions et les débats qui ont présidé à leur intégration ne sont plus visibles ; comme lorsque le boa a totalement digéré sa proie. »

 

Avec ce nouveau modèle, tout le monde y gagne : « La nouvelle approche du numérique ne va pas remplacer le salarié, elle va permettre de voir comment il peut faire plus intelligemment son travail. Cela en ne se demandant plus « comment » réaliser une tâche, mais « pourquoi ». Si la tâche n’a pas d’intérêt, alors il peut déplacer sa puissance de travail vers une tâche qui a du sens. Avec ce nouveau modèle, tout le monde y gagne ». Stéphanie Bacquere et Marie-Noéline Viguier, co-fondatrices de la société Nod-A.

 

Liens :

http://www.essec.edu/fr/

http://makestorming.com