Le numérique permet le développement d’outils pédagogiques innovants. Désormais, l’apprentissage traditionnel est bousculé par l’utilisation de nouvelles technologies comme la réalité virtuelle ou Facebook Live. Le numérique induit aussi un état d’esprit, de nouvelles postures qui poussent les établissements à repenser les espaces où travaillent les étudiants. Par Maximilien Arengi

 

GEMBis : le bâtiment de GEM où toutes les expérimentations technologiques sont possibles

 

GEM a développé le bâtiment GEMBis, en collaboration avec Grenoble INP et avec le soutien de l’IRT Nanoelec. Il fournit aux étudiants une offre pédagogique basée sur des plateformes numériques, mais également des plateformes physiques où l’on peut manipuler des solutions technologiques.

L’apprentissage au sein d’espaces phygitaux

GEM propose un apprentissage augmenté par le phygital (physique+digital). Sylvie Blanco, directrice de GEMBis, nous explique l’intérêt de cette approche : « Avec GEMBis, nous proposons une plateforme où il n’y aura pas que du numérique ou du physique, ce qui permet de faire vivre les situations les plus authentiques aux étudiants. Ils découvrent et manipulent les technologies parce qu’elles sont disponibles. Ils apprennent quelle est leur valeur ajoutée, ce que font et ne font pas ces technologies. Ainsi, les étudiants sont bien préparés, car ils vivent des situations qui seront similaires à celles du monde du travail demain, ils les façonnent même. »

Du numérique à l’éthique

GEM s’attache à ce que le numérique soit intégré de manière éthique et durable aux différents cursus de formation. « Nous apprenons à intégrer la technologie avec sagesse pratique, et créons ainsi des connaissances et des savoir-faire pertinents. Nous sommes aussi responsables de la façon dont les technologies sont intégrées dans la formation. Il faut également que tous les étudiants aient une base éthique dans leur apprentissage par et des technologies. »

À la croisée entre co-innovation, co-conception et co-expérimentation

GEMBis propose en outre à des entreprises de travailler en collaboration avec les experts de l’école et avec les étudiants, sur des projets réels liés au monde connecté ou à l’internet des objets. « Certaines entreprises souhaitent co-innover avec nous. Elles disposent de technologies qu’elles veulent tester et challenger auprès de nos étudiants. D’autres, viennent co-concevoir un parcours pour apprendre à leurs employés comment intégrer de nouveaux espaces ou les nouvelles technologies. D’autres encore, entendent co-expérimenter avec nous leurs problématiques liées au digital. »

Sylvie Blanco (c) Agence Prisme - Pierre Jayet

Sylvie Blanco (c) Agence Prisme – Pierre Jayet

 

Quand NEOMA Business School utilise la réalité virtuelle immersive comme outil pédagogique

 

Une éducation basée sur l’expérience

NEOMA Business School s’appuie sur la réalité virtuelle immersive pour déployer une pédagogie alternative. Alain Goudey, professeur de marketing et co-fondateur de l’Institut de Recherche SPoC, qui a participé à l’élaboration de cet outil nous explique : « cette technologie apporte un éventail assez important de situations pertinentes au plan pédagogique et permet aux étudiants d’acquérir de nouvelles compétences. Chaque apprenant a son propre vécu des différentes situations. L’expérience est très marquante et sont désireux de travailler plus souvent avec cet outil. »

Une mise en situation professionnelle

Cette technologie permet aux étudiants de visiter de manière non linéaire un magasin virtuel. Ils apportent ensuite un diagnostic critique et proposent des pistes d’améliorations et d’innovations. « L’enjeu de cette technologie est de venir en complément de l’expérience plus classique du stage. Cet outil leur permet de mieux gérer des situations pertinentes : en identifiant des problèmes concrets lors de l’immersion virtuelle, et d’y réfléchir tout de suite après en classe. Cela favorise un aller-retour rapide entre la pratique et le recul théorique. »

Une technologie nécessaire

Alain Goudey voit l’arrivée de cet outil à NEOMA Business School comme nécessaire pour développer de nouvelles méthodes pédagogiques : « aujourd’hui, il y a une évolution extrêmement importante du métier de professeur qui n’est plus le seul dépositaire des connaissances. Les entreprises et les apprenants ont des demandes et des besoins de plus en plus liés aux technologies. Néanmoins, notre cœur de métier c’est l’apprentissage, la technologie n’est qu’un outil qui permet de le faire différemment. »

 

Casques © NEOMA Business School

Casques © NEOMA Business School

 

Silence, ça tourne !

Après avoir développé plusieurs MOOCs, Paris 1 Panthéon-Sorbonne a diffusé le cours de Bruno Dondero, professeur à l’École de Droit de la Sorbonne, directeur du CAVEJ et de Sorbonne-Affaires/Finances, en Facebook Live, le 12 septembre 2016. L’ambition est de permettre aux étudiants de réécouter le cours et de le diffuser aux personnes qui ne sont pas présentes : un premier test empreint de succès puisqu’il y a eu pas moins de 24 000 vues, avec des commentaires envoyés depuis l’Asie, l’Afrique ou les Amériques. L’aventure pédagogique continue avec la création d’un Facebook Live institutionnel et d’un compte YouTube afin d’archiver les vidéos qui seront réalisées dans diverses disciplines.

 

Trois questions à Thierry Picq, directeur académique et co-directeur du Creativity & Learning Hub d’emlyon business school

 

Quelle ambition pédagogique fonde l’intégration du numérique à l’école ?

Pour nous, le digital est un levier d’accélération de l’efficacité de l’apprentissage pour apprendre plus, mieux et différemment. Notre ambition est de répondre à de nouveaux besoins avec la transformation des pratiques. Les industries se transforment avec le digital. Il n’y a pas de raisons pour que l’éducation reste à côté de cette vague.

Quelles traductions concrètes à emlyon ?

Notre learning management system est une plateforme d’apprentissage où les étudiants ont accès à toutes les ressources pédagogiques, y compris à l’aide d’applications pour smartphone. Nous utilisons la robotique pour proposer des cours à distance aux étudiants qui ne peuvent pas être présents.

Le digital, c’est aussi doter nos étudiants des nouvelles compétences dont les entreprises ont besoin : utiliser les réseaux sociaux de façon professionnelle dans le marketing, comprendre le monde du big data, chercher la bonne information dans une masse d’information ? C’est une nouvelle façon d’aborder le business, d’aborder la relation client, de recruter. Le digital c’est aussi de l’agilité, comment faire vite, se transformer et refaire, sur le principe du test and learn.

A l’avenir, nous tendrons vers la personnalisation de la formation : l’idée est de suivre le parcours d’apprentissage des élèves. Si un étudiant est plus faible dans un domaine, le logiciel lui proposera d’autres cours pour progresser. Il pourra travailler n’importe où depuis son smartphone.

Parlez-nous du Learning Hub ?

C’est la nouvelle bibliothèque. Mais plus que cela, c’est un lieu de vie composé de grands espaces modulaires et connectés. Un lieu où l’on peut travailler en équipe. La lumière et le son ont été étudiés. Un lieu convivial où les étudiants peuvent parler fort, écrire sur les murs, travailler en groupe, s’allonger, dormir, ou s’isoler pour travailler au calme. Il y a aussi une salle de jeux vidéo. Depuis l’arrivée du Learning Hub, nous constatons que les étudiants restent plus volontiers sur le campus après leurs cours.

Thierry Picq, directeur académique et co-directeur du Creativity & Learning Hub d’emlyon business school

Thierry Picq, directeur académique et co-directeur du Creativity & Learning Hub d’emlyon business school