Depuis cette année, le collégium Lorraine INP et le collégium santé de l’université de Lorraine mettent en place pour la rentrée 2016 une passerelle d’un nouveau genre afin de permettre aux étudiants ayant échoué de peu aux concours de fin de PACES, de se réorienter vers un parcours d’ingénieur. Yves GRANJON, directeur du collégium Lorraine INP qui rassemble les 11 écoles d’ingénieurs de l’université de Lorraine, pour plus de 6 000 élèves, s’exprime sur le sujet.

 

POURQUOI AVOIR VOULU METTRE EN PLACE UNE PASSERELLE SPÉCIFIQUE POUR LES ÉTUDIANTS DE PACES DÉSIREUX DE SE RÉORIENTER VERS UN PARCOURS D’INGÉNIEUR ?

Pour trois raisons. Tout d’abord, je milite depuis toujours pour qu’un étudiant entrant à l’université puisse y suivre un parcours le conduisant le plus loin possible, selon ses aptitudes, ses goûts, son projet personnel. Parallèlement, nous devons prendre en compte, chez chaque étudiant, le droit à l’erreur, l’échec au cours de ses premières années d’études supérieures et donc, être capable d’offrir à tous tout le champ des possibles en termes de réorientation. Les chemins peuvent ne pas être linéaires et il faut être capable, collectivement, de prendre en compte cet état de fait. La seconde raison est liée au fort taux d’échec en fin de PACES. Avec plus de 2 000 étudiants pour moins de 700 places, toutes filières médicales confondues, un grand nombre de jeunes se retrouvent en situation d’échec après deux ans et il y a parmi ce public, des étudiants qui sont à la fois travailleurs, qui avaient obtenu un baccalauréat S dans d’excellentes conditions et qui ont une appétence pour les sciences. Il nous faut structurer l’offre de formations post PACES, la rendre lisible, susciter l’intérêt et le rebond et surtout, permettre aux étudiants de se réorienter dans de bonnes conditions, c’est-à-dire, avec le maximum de chances de succès. Enfin, l’université de Lorraine a la particularité de rassembler toutes les disciplines : santé, IUTs, sciences humaines, droit, gestion, sciences, écoles d’ingénieurs. Organiser les passerelles nous est facile. C’est aussi, dans la démarche qui est la nôtre, un devoir.

QUEL EST L’INTÉRÊT POUR VOS ÉCOLES D’INGÉNIEURS ?

Vous le savez certainement, la France et d’une manière plus générale, les pays développés, manquent d’ingénieurs. Nous avons l’ambition d’augmenter nos flux de diplômés (1 800 par an actuellement). Nous voulons accueillir dans nos écoles tous les élèves qui en formulent le souhait et qui en ont les capacités, quelle que soit la voie d’accès. Pour nous, cette passerelle est aussi l’occasion d’attirer de bons étudiants.

EN QUOI CETTE PASSERELLE EST-ELLE ORIGINALE ?

Nous proposons aux étudiants une année complète de préparation intensive en maths, physique, anglais avec des options chimie et biologie qui leur permet d’intégrer une troisième année d’école en 5 ans ou une première année d’école en 3 ans. Nous avons aussi intégré dans leur parcours de PACES, un module optionnel de sciences de l’ingénieur afin de leur faire découvrir la discipline.

N’AVEZ-VOUS PAS PEUR QUE CETTE ANNÉE SOIT TROP DENSE POUR LES ÉTUDIANTS ?

Nous voulons attirer des étudiants qui ont raté de peu les concours de médecine, dentaire, pharmacie, etc. Ils sont a priori travailleurs et pour la plupart d’entre eux, étaient bon en maths et en sciences au lycée. Nous ne partons donc pas de zéro. Ce sera sans doute dense mais in fine, la possibilité qui leur est donnée de ne pas repartir sur deux années de prépa est une réelle opportunité. Je suis certain que cette passerelle sera attractive.

COMBIEN D’ÉTUDIANTS VOULEZ-VOUS PRÉPARER AU SEIN DE CETTE PASSERELLE ?

Nous voulons démarrer à la rentrée prochaine avec un groupe de 20 étudiants. A terme, nous envisageons des flux d’une cinquantaine.

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Par Yves Granjon,
Professeur à l’université de Lorraine Directeur du collégium Lorraine INP
(11 écoles d’ingénieurs pour plus de 6 000 élèves.)