Têtes à remplir, acteurs de leur formation, créateurs de connaissances, qui sont les étudiants ? Les neurosciences ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre leurs mécanismes d’apprentissage et donc de réussite. Entretien éclairant avec Pascale Toscani, docteur en psychologie cognitive responsable du Groupe de recherche en neuroéducation (GRENE) de l’UCO (Université catholique de l’Ouest).

 

La neuromania est-elle une bonne chose ?

Les neurosciences ont le vent en poupe, tant mieux pour les chercheurs dont les travaux ont la chance d’être entendu et lu du grand public. Mieux connaître le fonctionnement de son cerveau permet de mieux apprendre. Mais intégrer les neurosciences dans une pratique d’enseignement est un projet, un état d’esprit partagé entre enseignants, étudiants et l’institution ; une réflexion partagée sur la gestion de la connaissance et de l’apprentissage.

« Un étudiant n’a pas un entonnoir sur la tête dans lequel on déverse de la connaissance ! »

La connaissance justement est infinie ?

On estime qu’un étudiant sort de son master en maîtrisant 10 à 20 % de la connaissance de sa spécialité. Il approfondira les connaissances tout au long de sa vie. Un étudiant n’a pas un entonnoir sur la tête dans lequel on déverse de la connaissance ! Il est sur un trampoline en vue de sauter loin dans l’avenir. Il acquiert des connaissances pour mieux rebondir, pour développer sa manière de les penser. La connaissance est désormais accessible aujourd’hui à tous et partout. En outre, elle est tellement exponentielle qu’elle ne peut pas être acquise en quelques années de formation. C’est une réalité difficile à entendre pour certains professeurs soucieux de former au mieux les étudiants.

Quels concepts des neurosciences nous éclairent sur l’apprentissage ?

La plasticité du cerveau et la neurogénèse nous montrent que l’étudiant n’est pas un sujet fixe. Son cerveau est en constante évolution. Autre concept important : l’épigénétique (étude de l’expression des gènes). Nos gènes s’expriment (ou pas) tout au long de notre vie en fonction de l’environnement dans lequel nous évoluons. Ainsi, ni notre cerveau, ni notre constitution génétique ne sont figés. C’est pour cela que nous pouvons apprendre et nous modifier tout au long de la vie.

La conscience de ces mécanismes et la posture d’apprentissage importent-elles ?

Le cerveau est d’autant plus actif que l’étudiant est engagé dans son apprentissage. La conscience de sa plasticité cérébrale, sa posture de dynamisme intellectuel, psychique et cognitive, l’idée de ne jamais accepter de ne pas comprendre, sont autant de facteurs qui stimulent sa capacité d’apprentissage.

« Le cerveau va évoluer grâce à la plasticité cérébrale »

Ces avancées en neurobiologie induisent-elles une rupture épistémologique ?

Les bouleversements actuels sont sensibles au sens où ils sont entendus par le grand public. On a cessé de penser qu’apprendre c’est seulement intégrer des informations. Le concept d’éducabilité cognitive, s’est imposé et nous savons aujourd’hui que le cerveau peut évoluer tout au long de la vie, grâce à la plasticité cérébrale. Stanislas Dehaene parle de cerveau algorithmique, au sens où il contient, dès la naissance de l’enfant, un algorithme d’apprentissage statistique extrêmement sophistiqué. Le cerveau dispose, d’un jeu d’hypothèses hiérarchiques, qu’il projette sur le monde extérieur, et il sélectionne ces hypothèses en fonction de leur plausibilité au vu des expériences qu’il a faites ou des entrées qu’il reçoit. Cela modifie considérablement la représentation de l’apprentissage.

Pour apprendre il faut donc traiter l’information ?

Apprendre c’est traiter de l’information ! C’est se confronter au réel, c’est prendre conscience de ses représentations de la connaissance, c’est donc bien plus que simplement intégrer ce que dit l’enseignant. Nous apprenons à partir d’hypothèses plausibles pour le cerveau, que le monde réel, celui auquel nous nous confrontons, valide ou pas. Si l’on ne réfléchit pas à ce que l’on apprend, on prend le risque d’intégrer de mauvaises informations, de mauvaises stratégies, que le cerveau peut considérer comme justes. Se rendre compte que l’on s’est trompé, c’est aussi apprendre, peut-être que c’est surtout apprendre.

« Le professeur n’est pas un supermarché intellectuel ! »

Quid de la dimension éthique et philosophique de l’usage des neurosciences pour un professeur ?

Elles nous mettent face à la manière dont nous considérons l’apprentissage chez nos étudiants : soit une technique pour remplir des têtes, soit une autre pour faire participer les étudiants à la création de la connaissance. Il y a une question éthique derrière cela : la connaissance n’est-elle pas avant tout quelque chose qui se partage ? Il est parfois plus facile de transmettre, ce qui pourrait donner aux étudiants l’impression que l’enseignant détient une forme de supermarché intellectuel. Il  est de ma responsabilité de professeur que mes étudiants comprennent ce que je leur enseigne. Leur faire comprendre que l’apprentissage est illimité, leur proposer des modes d’apprentissage variés permet de faciliter l’apprentissage pour tous, qu’ils entrent ou non dans le moule universitaire. Enseigner a des retombées économiques, sociales, éthiques. Faire réussir nos étudiants, c’est leur permettre, entre autre, de se projeter vers l’avenir, de trouver leur place dans la société professionnelle avec la certitude d’y jouer un rôle important.

Pascale Toscani a coordonné l’ouvrage Les Neurosciences de l’éducation. De la théorie à la pratique, paru aux éditions Chronique sociale, 2017.

 

Réussite des étudiants en premier cycle, enfin l’espoir ?

La réussite des étudiants était au cœur de la réforme du premier cycle de l’enseignement supérieur. Comment peut-on accepter qu’entre 40 et 60 % des étudiants échouent en Licence ? En a-t-on réellement fini avec un système de sélection par l’échec ? La Ministre Vidal a d’énormes chantiers devant elle pour mener une triple réforme aussi profonde que nécessaire. Il lui faut à la fois réformer l’accès au supérieur et un système d’orientation déficitaire et injuste ; soutenir les universités dans l’évolution de leur offre de formation et leurs dispositifs d’accompagnement afin de favoriser la réussite des étudiants, de plus en plus nombreux, dans leur grande diversité. Il en va de leur avenir, de celui du pays et d’une certaine vision de la société. Rapport Filâtre sur la réforme du 1er cycle, publié le 19 octobre 2017

Devenir un étudiant stratégique pour réussir sa 1e année

Après un premier opus sur la réussite en 1e année dans les formations scientifiques, Mireille Houart (docteur en sciences à l’université de Namur) publie en août 2017, Réussir sa première année d’études supérieures chez Deboeck supérieur. Tous les leviers et astuces sont passés en revue pour organiser son travail, gérer son temps, comprendre les attentes des professeurs, se motiver dans la durée, faire face au stress, présenter un examen, évaluer ses méthodes pour progresser.
Elle propose aussi des méthodologies pratiques pour la prise de notes, la participation active aux cours magistraux et TD, la lecture active pour s’approprier les textes, les révisions et la création de supports de cours et outils d’études, la mémorisation d’importants contenus.

L’ouvrage dévoile aussi une vingtaine de pièges à éviter comme :
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Regarder le corrigé des exercices sur les réseaux : la compétence de résolution ne s’acquiert pas ainsi
* Penser que le professeur récite son syllabus ou lit des diapositives : il fournit des informations précieuses à l’oral
* Ne pas parvenir à se concentrer : le meilleur moyen de ne pas décrocher est d’être actif dans l’appropriation de sa matière