Jean Jouzel fait partie de ces scientifiques passionnés mus par le désir, voire la mission, de transmettre au grand public. Climatologue et glaciologue, la portée de ses découvertes est universelle alors que le l’Humanité fait face à l’un de ses plus grands défis, le changement climatique. Jean Jouzel a été distingué par les prix les plus prestigieux : Médaille d’Or du CNRS, Prix Nobel de la Paix, Prix Vetlesen.

 

A quoi servent les prix dans la carrière d’un chercheur ?

Je ne sais pas si cela « sert » à quelque chose. Ils donnent surtout de la visibilité, de la légitimité, aident à décrocher des financements. Ce qui compte ce n’est pas le prix, c’est la reconnaissance de son travail. Un chercheur mène ses travaux pour la découverte et la transmission, pas de manière opportuniste.

 

« Ces prix récompensent mon engagement de toujours dans la science. Cela est évidemment très gratifiant »

 

Avez-vous reçu vos différents prix dans le même état d’esprit ?

J’ai été particulièrement heureux lorsque j’ai reçu mon premier prix important, la Médaille d’Or du CNRS. J’étais tellement surpris que lorsque la présidente m’a téléphoné, je lui ai demandé si elle ne s’était pas trompée car je travaillais au CEA ! J’ai été très fier à titre collectif du Prix Nobel de la Paix. Le prix Vetlesen est la récompense majeure dans mon domaine. Il représente donc quelque chose à part dans ma vie de chercheur. Il est décerné tous les 3 ans et concerne potentiellement des milliers de personnes. Jamais je n’aurais pu rêver le recevoir ! J’ai également été très heureux du Prix du Prince de Monaco, car je suis très engagé à partager les avancées scientifiques.

 

« Les glaces polaires sont telles des archives de l’évolution du climat »

 

De quelles découvertes êtes-vous à l’origine ?

Nous avons fait le lien entre gaz à effet de serre et climats du passé via l’analyse des glaces polaires. Elles sont telles des archives nous informant sur l’évolution du climat et de la composition de l’atmosphère à travers le temps. Elles nous ont permis de comprendre les mécanismes impliqués dans l’évolution du climat. Nous avons ainsi éclairé d’un jour nouveau les variations climatiques en faisant le lien entre température et concentration en dioxyde de carbone. Nos premiers forages nous ont permis de remonter à 30 000 ans. Grâce à l’évolution des techniques nous sommes allés à 160 000 ans et avons observé un lien clair entre GES et changement climatique. Nous avons franchi une autre étape à 400 000 ans avec l’analyse des carottes de glace du lac Vostok. Enfin, dans le cadre du projet européen Epica, nous sommes remontés jusqu’à 800 000 ans avec l’analyse de glaces profondes du dôme Concordia.

 

Travailler sur un domaine de portée universelle, qu’est-ce que cela change ?

Vos concitoyens, les pouvoirs publics, vous portent un intérêt. C’est aussi pour cela que mes articles sont très cités. Cela dit, certains refusent encore la remise en cause de nos modes de vie induite par le changement climatique. J’ai publié fin novembre Pour éviter un choc climatique et politique avec Philippe Larrouturou chez Odile Jacob. Je ne peux pas m’arrêter à la découverte scientifique en tant que citoyen.

 

Une vie de recherches récompensée

Chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CNRS/CEA/UVSQ), directeur de recherches au CEA, membre du CESE, Jean Jouzel a été VP du groupe scientifique du GIEC. Il est auteur ou co-auteur de près de 400 publications, notamment dans Nature et Science. Le nombre de leurs citations approche les 25 000.

Parmi ses prix :

1997 : Médaille Milankovitech, European Geophysical Society

2002 : Médaille d’Or du CNRS avec Claude Lorius

2007 : Prix Nobel de la Paix avec le GIEC et Al Gore

2012 : Prix de la Fondation Prince Albert II de Monaco

2012 : Prix de la Fondation Vetlesen avec Susan Solomon (considéré comme le Nobel des sciences de la Terre et de l’univers)