Après l’explosion de son cours pendant l’automne 2013, le bitcoin avait quitté le devant de la scène. Pourtant, son cours était reparti à la hausse en juin 2016 (50 % de sa valeur en dollar depuis janvier)… Pour s’effondrer le 3 aout suite à un piratage informatique à Hong Kong ! L’affaire a fait finalement peu de bruit : passé le choc la découverte des cryptomonnaies en 2013, le grand public regarde maintenant le phénomène avec circonspection. Or, le paysage des moyens de paiement change rapidement et le bitcoin incarne cette évolution dont les effets sont encore à venir ; la technique évolue et les usages monétaires sont emprunts d’inertie. – Par Virginie Monvoisin, professeur associé, Grenoble Ecole de Management

 

 

LA MULTIPLICITÉ DES MONNAIES NUMÉRIQUES : VERS DE NOUVELLES PRATIQUES MONÉTAIRES

En réalité, la révolution des monnaies numériques est annoncée depuis la fin des années 90. L’engouement était alors général : La monnaie sera électronique ! Elle concerne tout instrument permettant de stocker des actifs monétaires détenus sous forme électronique, comme par exemple les porte-monnaie électronique (PME). En France certaines banques lancèrent leur PME (Monéo) mais cela se solda par un échec. Et plus lentement que prévu, le principe s’est peu à peu installé. Aujourd’hui, la monnaie électronique s’enrichit d’autres supports : système de carte chargée d’unités monétaires (le badge d’entreprise pour la cantine), portefeuille virtuel (Google Wallet pour des paiements sur le net) ou paiement par téléphones mobiles comme dans de nombreux pays. Au Kenya, 90 % des adultes utilisent le M-Pesa (une monnaie mobile) et au Japon, près de 50 % de la population utilise leur téléphone pour leurs transactions. En outre, Apple, Facebook et Google développent leur propre PME et les opérateurs de téléphonie mobile souhaiteraient imposer la monnaie mobile.

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LA REMISE EN CAUSE DES SYSTÈMES BANCAIRES TRADITIONNELS ?

Depuis 2010, de nouvelles monnaies se sont ajoutées aux monnaies électroniques, les monnaies virtuelles, enrichissant la galaxie des monnaies numériques. Elles sont émises par un protocole informatique et destinées à une communauté. Elles désignent les cryptomonnaies (comme le bitcoin) ou les monnaies internes à un jeu uniquement (comme World of Warcraft Gold). Ici, aucune autorité politique ou monétaire n’intervient.

 

CELA SIGNIFIE-T-IL QUE LE SYSTÈME BANCAIRE TRADITIONNEL SERAIT DÉPASSÉ ?

Les géants du net et les opérateurs de téléphonie vont-ils devenir les nouveaux acteurs du système monétaire ? Rien n’est moins sûr. D’une part, les usages monétaires reposent essentiellement sur la confiance ; dans des systèmes monétaires stables, tout nouvel instrument est perçu avec défiance, les risques liés à ces monnaies numériques étant encore mal évalués par le grand public (et sont bien réels !).
D’autre part, le système bancaire n’entend pas laisser des parts de marché ; les banques sont conscientes de la demande de sécurité et d’institutionnalisation des consommateurs. De fait, la bataille des monnaies numériques est engagée. Les banques deviennent parties prenantes dans les systèmes de monnaies mobiles, les différents PME et s’intéressent à la technologie du bitcoin, le blockchain, qui permet le stockage et la transmission d’informations sécurisée.

Ainsi, si les usages monétaires vont certainement changer à l’avenir, il n’est pas certain que les acteurs du système de paiement se renouvellent. Les banques n’ont pas l’intention d’abandonner leurs prérogatives en la matière.

 

Contact : virginie.monvoisin@grenoble-em.com