En cette rentrée 2016, Mines Alès déploie une refonte de ses processus éducatifs. Les étudiants ont été invités à co-construire une réforme pédagogique visant justement à favoriser leur participation active à leurs apprentissages via le mentorat et les projets. Par Ariane Despierres-Féry

 

Objectif de la réforme : mettre en place un système pédagogique permettant de contextualiser les enseignements et d’exploiter et développer l’intelligence collective.

2 maîtres mots : participation et implication

Mines Alès a misé sur 15 ans d’expérience en entrepreneuriat et en pédagogie active pour rénover ses processus éducatifs. L’originalité tient d’abord dans la mise au point de la réforme : étudiants et professeurs ont été consultés pour imaginer les outils pédagogiques qui doivent permettre de rendre les élèves plus actifs dans leurs cursus et apprentissages. « L’implication forte de nos élèves dans leur cursus donne une âme à notre établissement » explique son directeur Bruno Goubet.

Le directeur a attribué des ressources financières à la réforme, réaménagé des salles de classe pour favoriser l’interaction, donné du temps aux élèves et professeurs pour mener leurs groupes de travail durant un an.

Bruno Goubet, directeur de MInes Alès ©Florent Gardin

Bruno Goubet, directeur de MInes Alès ©Florent Gardin

2 outils phares : le monitorat et le projet personnel entrepreneuriat

Au-delà des outils de pédagogie active déjà en place à l’école : simulateurs, apprentissages par projets et par problèmes, pédagogies inversées, la réforme comporte une refonte complète :

  • Des méthodologies d’enseignement : out le cours magistral sur un mode uniquement transmissif, in les petits groupes interactifs et la réflexion via l’apport de différents angles de vue
  • Des outils pédagogiques pour favoriser l’implication des élèves dans leurs apprentissages
  • L’enjeu : former les meilleurs professionnels possibles, ceux qui seront en mesure de redéfinir un problème, d’imaginer les solutions innovantes qui répondront aux problèmes de demain

« Mines Alès a l’ambition de former des professionnels certes, mais doublés de citoyens à l’esprit créatif, curieux, critique, libre et ouvert » insiste Bruno Goubet.

L’engagement des élèves dans le monitorat et les projets est validé dans leurs cursus.

Mentorat entre pairs

« La clé de voute du système est le monitorat, souligne Bruno Goubet. Nous identifions des élèves volontaires qui vont avoir une action particulière dans le cursus pédagogique. » Les moniteurs, des élèves à l’aise dans la discipline où ils vont exercer, sont formés par leurs professeurs pour accompagner des camarades en difficulté et désireux de progresser.

Mentorat ©MinesAles

Mentorat ©MinesAles

« Ils peuvent aider durant des cours, des TD, en langue nos étudiants internationaux, pour créer de nouveaux supports pédagogiques. » Le mentorat est pour l’instant pratiqué en mathématiques, informatique, thermodynamique, mécanique des fluides, mécanique.

Une autre manière d’expliquer le cours

« Je suis le mentorat en mécanique, raconte Camille Barneaud, une matière dans laquelle j’ai des difficultés. J’ai du mal dans les cours en amphi. Etre aidé en TD par un élève m’a permis de bien progresser. Il n’a pas le même point de vue et la même manière d’expliquer qu’un professeur. Cela fonctionne bien, car c’est spontané à la fois venant du moniteur et de celui qui sollicite son aide. »

Projet personnel entrepreneuriat

Ce projet est conçu tel un fil rouge qui irrigue l’ensemble de la scolarité de chacun des élèves. Il inclut les missions de terrain confiées par des industriels. Si les élèves ont un projet précis, ils peuvent aller jusqu’à la réalisation d’un prototype, la création d’une entreprise et l’intégration de l’incubateur.

« Ce projet fil rouge permet de raconter une histoire aux élèves tout au long de leur cursus, précise Michel Ferlut, directeur des études. Nous suscitons leur intérêt en faisant le lien entre leur projet et les notions dont ils ont besoin pour le mener à bien. Par exemple entre un système mécanique à dimensionner et une hydrolienne. » Les enseignements rythment la réalisation du projet.

Sortir des enseignements théoriques

Thibault Atché qui a mené le groupe de travail étudiant sur la pédagogie par projet apprécie « beaucoup le fait que nous ayons une pédagogique qui ressemble à ce que nous ferons une fois ingénieurs. Après la prépa nous avons soif de mettre en œuvre nos connaissances. Nous voulons être ingénieurs et aspirons à sortir des enseignent théoriques. Cette pédagogie nous rend plus autonomes dans notre démarche d’aller chercher l’information, accompagnés par le professeur. Nous retenons mieux les apprentissages. »

Des élèves du groupe de travail sur la réforme pédagogique de Mines Alès, de g. à d. : Thibault Atché, Pauline Lamoureux et Camille Barneaud.

Des élèves du groupe de travail sur la réforme pédagogique de Mines Alès, de g. à d. : Thibault Atché, Pauline Lamoureux et Camille Barneaud.

3 questions à Pauline Lamoureux

(double diplôme ingénieur/architecte avec l’université de Liège), étudiante chef de projet réforme pédagogique

Pourquoi avoir souhaité gérer le groupe de travail des étudiants sur la réforme ?

Alain Bize, responsable de la réforme, est venu un jour en amphi demander à une vingtaine d’étudiants de former un groupe de travail pour réfléchir aux évolutions pédagogiques nécessaires dans leur cursus. J’avais envie de m’investir dans mon école, et surtout j’avais des choses à dire sur la pédagogie, le cursus. C’était une occasion formidable de m’exprimer, et de faire avancer les choses. Jamais je n’aurais imaginé que l’école nous demande de nous positionner sur des choses aussi fondamentales que la pédagogie et le cursus. C’est une marque de confiance et de considération des étudiants.

Quelles propositions ont fait les élèves ?

On nous a demandé de faire nos propositions de méthodes pédagogiques pour donner envie aux élèves du tronc commun de 18 mois, d’aller en cours, de s’investir, de participer. Nous avons souligné plusieurs choses :

  • Un besoin de plus de proximité avec les enseignants
  • Un schéma classique cours/TD trop proche des cours de la prépa
  • L’envie d’apprendre autrement, surtout par projets
  • L’idée du mentorat entre pairs est venue des étudiants

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

J’ai été très heureuse. Cela a été une expérience humaine très forte. J’ai aimé gérer un groupe projet, développer des relations et échanges avec nos professeurs et l’administration. Elle m’a donné confiance et facilité l’apprentissage de réflexes managériaux et d’organisation. C’est évidemment motivant et gratifiant de s’impliquer dans son école et de voir que nos propositions ont été retenues et se traduisent concrètement dans la scolarité.

http://www.mines-ales.fr/