Beaucoup d’écoles d’ingénieurs demandent à leurs étudiants de réaliser en première année un stage obligatoire sur chantier ou en usine : c’est le cas de Centrale Paris et de Centrale Lyon, de l’ENSCI, de l’ESTACA, de Supélec, ou encore de l’INSA Rouen ou des Arts et Métiers ParisTech. Plus timides, quelques écoles de commerce commencent elles aussi à s’inspirer de ces pratiques, comme l’IPAG ou l’ESSEC. Deux  étudiants de chaque bord ont partagé leurs enseignements sur ces expériences.

 

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Claire est étudiante à Centrale Paris. Comme tous les élèves de l’école, sa première année s’achève par un stage ouvrier de six semaines… Pas de vacances d’été, donc, mais une expérience d’un tout autre genre sur un chantier de Demathieu
et Barde, en plein cœur du 20e parisien. Coffrage, ferraillage, bétonnage, maçonnerie, elle n’a pas le temps de s’ennuyer, et enchaîne les tâches de gros œuvre. «  J’ai eu la chance de tomber dans une équipe très sympa : ma plusgrosse appréhension au début, c’était d’arriver comme fille ouvrière. J’étais quasiment la seule femme sur le chantier, et mes collègues ont été très protecteurs. Ils faisaient attention à ne pas me donner de choses trop lourdes à porter et m’ont aidée à m’intégrer. »
Outre la prise de conscience de la pénibilité du travail, partagée par tous les étudiants en stage ouvrier, Claire confirme que cette expérience lui a permis de mieux comprendre les ouvriers eux-mêmes et leur façon de travailler : « C’était une première façon moins stressante de les aborder si on veut être à la tête d’un chantier plus tard. On voit comment ils parlent de leur chef entre eux, par exemple ! » A ce niveau, l’importance du contact humain sur les chantiers a marqué son esprit : pour certains ouvrier, travailler pour un chef de chantier  apprécié influe radicalement sur la motivation, confie-t-elle. Mais Claire précise que les expériences en chantier et en usine sont radicalement différentes : « Je crois qu’il y a un côté plus gratifiant dans le secteur de la construction : ceux qui sont au bas de l’échelle sont aussi importants que les autres dans la qualité du travail final. Les ouvriers sont assez fiers de ce qu’ils font. Ceux qui travaillent bien peuvent aussi évoluer vers des postes plus intéressants et moins physiques, comme conducteur de grue. »

En école de commerce, Pauline, elle, démarre son stage quelques mois à peine après avoir intégré l’école. Parmi la liste exhaustive d’entreprises proposées, c’est dans une association de collecte et de redistribution de nourriture qu’elle décide de passer trois semaines : « On était dans les entrepôts et onrecevait des cartons de nourriture tout juste périmée : on rangeait et triait en fonction des dates de péremption, et on déchargeait les camions toute la journée ».
Première surprise pour la jeune fille : aucune explication ni mesure de sécurité n’est donnée aux étudiants quant à la manière de porter les colis sans se faire mal au dos. Seule fille de l’entrepôt, la précaution de lui faire porter des charges moins lourdes que ses homologues masculins n’est prise pour autant. « Il y a des moments durs où tu as l’impression que personne n’est reconnaissant pour le travail que tu fournis. Les ouvriers qui travaillaient avec nous étaient impressionnants : ils étaient tellement plus rapides ! »

Si Claire et Pauline reconnaissent l’intérêt de cette expérience, chacune émet pourtant quelques réserves. Pour Claire, un stage de quatre semaines au lieu de six aurait été largement suffisant : « Et encore, j’avais la chance d’être en chantier ! En usine, les gens ont trouvé ça très très long… » Pauline, elle, a fait directement les frais de ses mauvaises conditions de travail : deux jours avant la fin, elle contracte une tendinite à l’épaule après avoir porté un colis trop lourd.

Oui au détour par l’usine, donc, qui sans conteste est source d’enseignement. Mais peut-être serait-il bon de valider certaines règles de sécurité élémentaires avant d’y envoyer tête baissée les étudiants ?

 

Propos recueillis par Alizée Gau