C’est une vague, un tsunami, un déluge. L’intelligence artificielle est partout et au moins sur toutes les lèvres à défaut d’être dans nos vies. Les robots progressent, toujours plus universels, toujours plus proches de nos performances. Les Fablabs concurrencent les usines, les makers les ingénieurs.

 

Dominique Sciamma, Directeur, Strate Ecole de Design

L’impression 3D est dans nos entreprises, et bientôt dans nos maisons. Les réseaux sociaux, les applis, les smartphones sont plus que nos compagnons, ils sont nos maîtres. Un nouveau monde s’impose, au travers de révolutions industrielles maintenant versionnées (3è et 4è dans la foulée), et que les Etats feignent de piloter à défaut de les comprendre. La question même du travail est remise en question, si ce n’est en cause, et l’on est alors en droit de se demander à quoi pourrait bien ressembler les métiers de demain si il n’y a plus de travail. Tout ceci est vrai et devrait nous pousser à prendre du recul, à analyser ce qui est plus qu’une révolution paradigmatique, mais une révolution anthropologique. A cesser de croire que la machine-système n’a pas changé et que notre salut collectif ne viendra que de son nouveau réglage, ou de l’abandon même de l’idée de travail et donc de métier.

Homo numericus

La révolution du numérique en est la cause, et les effets qu’elle engendre en deviennent d’autres. Abolition des frontières qui permet aux données, aux informations, aux savoirs, à la culture, de se diffuser largement et gratuitement, mais à l’argent aussi, aux objets, aux personnes. Un niveau d’éducation qui monte de manière spectaculaire, partout. Un prise de conscience mondiale des limites de la planète et donc du modèle qui en a permis la conquête comme son essorage.

A la sauce automate

Si la mécanisation du travail est à la base même de la révolution industrielle, l’automatisation en a été très vite une conséquence. Et cette automatisation n’a cessé de croitre depuis l’invention de l’ordinateur. Dès les années 60 des robots prenaient la place de certains ouvriers (Unimate), et la puissance exponentielle des puces électroniques et l’invasion informatique a constamment grignoté la place des opérateurs humains, les fameux cols bleus. Mais voilà que ce sont les cols blancs qui voient leur travail menacé, par des robots immatériels, des intelligences artificielles sans corps et distribuées. Avocats, journalistes, comptables, traders, tout autant de métiers qui se voient phagocyter par des automates brillants.

Comment parler alors de métiers du futur ? Comment ne pas penser que nous serons relégués soit à une contemplation oisive d’un monde qui nous aurait échappé, soit à un travail fastidieux de surveillance d’un système qui produirait pour nous, mais sans nous ?

Que nous restera-t-il ?

Que de belles choses évidemment !

La recherche fondamentale parce que la soif de comprendre, de progresser, d’explorer le monde ne saurait être ni assouvie, ni préemptée par les machines.

L’enseignement, parce que ce mouvement vers un savoir de haut niveau à destination du plus grand nombre ne peut que continuer.

La culture, plus que jamais, parce le temps gagné, depuis toujours, y a été largement consacré.

Le lien social, parce que l’urbanisation générale de la planète, la complexification du monde et la nécessité de la collaboration pour la lire, l’embrasser et l’expliquer nous impose plus que jamais de vivre ensemble, paisiblement.

L’attention aux autres donc, parce que même éduqué, ce monde restera forcément humain et aura son lot de blessés de meurtris, de victimes, de la vie et de l’histoire.

La politique réinventée, parce que ce sont des intelligences encore plus nombreuses et avides d’être parties prenantes qui peupleront cette planète.

Penser et faire

Que ferons-nous demain ? Nous créerons.

Nous créerons les conditions d’expériences de vie réussies pour nos pairs, quelle qu’elles soient : petites ou grandes, individuelles ou sociales, privées ou publiques, intimes ou professionnelles, matérielles ou immatérielles.

Nous devrons pour cela posséder les outils, les méthodes, les savoirs, mais surtout la volonté d’améliorer le sort de tous et de chacun, de lire le monde, et de le transformer, de penser et de faire.

Nous devrons tous être designers.

Belle perspective.

 

www.strate.design

dominique.sciamma.com

Bâtir l’Industrie du Futur implique le développement des Métiers du Futur !